• le fond de l'air est jaune collectif bibliolingus

    Le fond de l’air est jaune
    Comprendre une révolte inédite
    Collectif
    Seuil
    2019

     

    « Beau comme une insurrection impure »

    Face au déluge de désinformation et à la répression policière inouïe, il m’a paru essentiel de consacrer une chronique au mouvement des gilets jaunes qui bouscule les représentations et les codes des mouvements sociaux précédents. À ce jour, j’ai participé à la majorité des manifestations ayant eu lieu à Paris, et comme tant d’autres j’ai ressenti tout autant l’exaltation collective que l’horreur de la violence d’État. J’ai choisi de m’appuyer sur les articles réunis par des chercheur·ses en décembre 2018 dans l’ouvrage Le fond de l’air est jaune, l’un des premiers livres consacrés aux gilets jaunes, pour vous proposer ma propre analyse des événements. Bonne lecture !

    « C’est la goutte noire qui fait déborder le réservoir »

    Comme souvent dans l’histoire populaire, c’est une mesure fiscale qui a donné naissance au soulèvement des « gilets jaunes ». On l’aurait presque oublié, car depuis le 17 novembre 2018 les gilets jaunes remettent en cause l’ensemble des mesures antisociales de Macron, précédées par trente ans de néolibéralisme. Comme le dit Samuel Hayat, « [le mouvement des gilets jaunes] n’est pas tant le signe d’une révolution que d’un sursaut, face à un véritable délabrement des institutions du gouvernement représentatif1. » Derrière notre slogan le plus unificateur, « Macron démission » (que France 3 a voulu gommer au montage), c’est la légitimité du président de la République qui est en jeu, mais surtout celle d’un système qui a cru essorer impunément le peuple jusqu’à la dernière goutte. C’est cette radicalité, au sens de « prendre le problème à la racine », qui est impressionnante pour nous qui attendions ce sursaut depuis des années, et pour celleux qui aiment trop leurs œillères pour prendre conscience du désastre du monde. Les violences sociales, économiques, politiques sont telles que, comme le dit Sophie Wahnick, « quand ça pète, on ne peut trouver ça complètement illogique ou illégitime2 ».

    « C’est jaune, c’est moche, ça ne va avec rien, mais ça peut vous sauver la vie »

    Parmi les différents symboles qui émergent, celui du gilet jaune est particulièrement viral et bien trouvé, d’abord parce que la plupart des gens le possèdent puisqu’il a été imposé dans les voitures par une loi européenne, ensuite parce qu’il répond à la volonté politique de devenir visible. À mesure que les riches deviennent plus riches et plus décomplexé·es, les pauvres deviennent plus pauvres et plus invisibles.

    « Ne nous regardez pas, rejoignez-nous ! »

    Je ne m’avancerai pas à définir le profil des gilets jaunes, parce qu’il me semble que les nommer contribuerait à l’enfermer, le figer et à le rendre exclusif. Les premières études identifient des classes « populaires » et « moyennes » : personnes au salaire modeste, professions dites intermédiaires, retraité·es, commerçant·es, étudiant·es, chômeur·ses… De tous temps, les femmes ont participé aux luttes sociales, mais à présent on explique en quoi nous sommes les cibles des mesures antisociales et inégalitaires.

    Ce mouvement est national, décentralisé, apartisan, horizontal. C’est une classe sociale qui prend conscience d’elle-même, à la manière marxiste, et qui, par l’intelligence collective et la concertation, tente de s’autonomiser, de s’organiser, de tracer les lignes des convergences et les fondements du ralliement. Ce mouvement cherche à créer une démocratie horizontale, refusant la récupération (puis la trahison) avec les institutions et les syndicats. S’il y a des figures publiques qui émergent, c’est surtout, comme dit Peter Gerlderloos (dans Comment la non-violence protège l’État dont je vous parlerai bientôt) que « l’Histoire montre que si un mouvement n’a pas de chef, l’État lui en inventera un » afin de pouvoir le manipuler, le canaliser. Les ronds-points et les lieux de rassemblement montrent une repolitisation, une réappropriation de l’espace public, qui a commencé par la réappropriation de la parole sur Facebook. Certes, ce réseau social est un formidable outil du rassemblement, mais il porte en lui le germe du totalitarisme, car nous sommes clairement vulnérables aux algorithmes qui pourraient, sur décision économique ou politique, se substituer aux concertations démocratiques.

    « Pas facho mais fâché »

    Plus que pour d’autres mouvements, car les enjeux sont de taille, la bataille de l’information dans les deux « camps » est phénoménale, avec par ailleurs, rappelons-le, une partie de la population qui continue à s’en foutre, quoi qu’il advienne.

    Le gouvernement ne répond que par la violence sociale, verbale et la répression policière, avec la complicité des médias mainstream qui épousent doctement l’idéologie libérale. Et pour cause ! Comme dans d’autres pays libéraux, la grande majorité des médias français est détenue par des milliardaires qui, par le système de censure et des partenariats publicitaires, contrôlent l’information, et cette concentration médiatique a été d’autant plus flagrante lorsque Macron a été littéralement porté à l’Élysée par ces médias qui n’avaient d’yeux que pour lui. La presse indépendante est sans cesse menacée par la restriction de la liberté d’expression. De fait, chaque semaine, c’est le même manège : responsables politiques, expert·es en rien et éditorialistes s’en donnent à cœur joie pour tenter de diviser et discréditer le mouvement. On a eu droit à toutes sortes d’attaques malhonnêtes et de mensonges pour dissuader les gens de se rallier aux gilets jaunes, comme la présence des « chemises brunes ». Certes, l’extrême droite minoritaire tente de gagner le mouvement, mais rappelons que le gouvernement incarne une forme de fascisme qui ne dit pas son nom !

    « Ne rien dire, c’est consentir »

    Chaque semaine, les médias mainstream s’empressent de faire le point : le mouvement s’essouffle-t-il ? (…Ou est-il radicalement réprimé ?) Car dans le logiciel de lecture néolibéral anti-démocratique, il ne doit pas en être autrement, et la méfiance envers les médias est de plus en plus grande. Avec la tyrannie du quantitatif et du sensationnel, les discours et les images n’ont que deux finalités : dissoudre l’empathie naturelle et occuper du temps d’antenne pour ne pas analyser les revendications légitimes. Mais voilà la réalité : nous sommes des millions à soutenir les gilets jaunes, et malgré la violence d’État nous sommes toujours des milliers dans les rues chaque semaine. Et une partie des journalistes commence enfin à remettre en question la manière d’exercer leur métier et à s’interroger sur le sens de déontologie...

    Chaque semaine, les médias passent en boucle les images de violence urbaine, mais uniquement celle des manifestant·es, des « casseur·ses », jamais celle des CRS qui nous tabassent, nous gazent et nous mutilent. Comme dans toutes les luttes sociales, les médias raffolent des micro-trottoirs, pas chers à produire, qui véhiculent toujours le même message : les « honnêtes gens n’aspirant qu’à vivre tranquillement » (comprendre : qui obéissent, travaillent et consomment sans faire de politique) ne peuvent plus circuler librement à cause des manifestant·es qui se plaignent pour rien.

    Les fake news fusent dans tous les sens. On a fait croire que la tombe du soldat inconnu de l’Arc de triomphe avait été saccagée le 1er décembre 2018 et qu’une statue avait été brisée. Rappelons, à toutes fins utiles, que ce monument est l’un des nombreux érigés en l’honneur de la guerre (tout comme le Sacré Cœur qui célèbre l’écrasement de la Commune de Paris…) et que la statue était une moulure. On a même tenté de faire croire, afin de nourrir la peur et de légitimer la violence policière, que les CRS étaient en réel danger de mort par la présence d’assassin·es dans les cortèges. Or, les faits montrent que ce sont les gilets jaunes qui risquent leur vie chaque semaine.

    « J’ai mal à ma démocratie »

    Outre la répression policière, Macron met en scène un « grand débat national » qui relève de la supercherie intellectuelle. Après l’émission « Balance ton post », animée par Cyril Hanouna et la secrétaire d’État Marlène Schiappa, digne du journal parodique Le Gorafi, le gouvernement évince la Commission nationale du débat public, pourtant garante d’un minimum de règles démocratiques, et met en œuvre une scandaleuse campagne de communication nationale.

    « Que fait la police ? Ça crève les yeux ! »

    Face à nos revendications, la seule véritable réponse est le déchaînement de la violence policière. Semaine après semaine, les CRS quadrillent militairement les villes, comme c’est le cas depuis des décennies dans les quartiers populaires des « damné·es du libéralisme », selon les termes de Mathieu Rigouste, repris de Frantz Fanon. Non, les CRS ne ripostent pas aux quelques « casseur·ses » : iels nous attaquent délibérément et s’infiltrent dans nos rangs. Les CRS nous tabassent, nous asphyxient, nous insultent, nous piègent, nous pourchassent, nous mutilent, nous tuent. Les CRS déploient tout un arsenal contre-révolutionnaire pour nous mater : matraques, gaz lacrymogène, grenades de désencerclement, canons à eau, voltigeurs, dispositifs de barrage de rue, hélicoptères et bien sûr les tirs à balles réelles, prétendument « en dernier recours », comme cela aurait pu se passer le 22 décembre 2018.

    On affirme à tort que les manifestations non déclarées sont illégales, mais pourquoi devrions-nous demander la permission de nous rassembler, si ce n’est pour mieux nous contrôler ? Concernant Paris, la violence déchaînée des CRS semble encore plus importante lorsque le parcours est déclaré. Par deux fois déjà, la Nuit jaune qui devait se dérouler place de la République à Paris a été cernée et réprimée avant même qu’elle ne puisse commencer. Ce qui était possible en 2016 avec Nuit debout, malgré le harcèlement policier, ne l’est plus du tout en 2019… Si vous doutez une seule seconde de ces faits, venez voir par vous-même !

    Comme toujours dans ce monde capitaliste et autoritaire, il n’y a pas d’argent pour la vie, la santé, l’éducation, mais il y en a beaucoup pour la mort. À ce jour, on dénombre de nombreuses mains arrachées et d’yeux crevés, ainsi que des personnes blessées par milliers, mais c’est sans compter les centaines de morts dont la domination policière française est responsable depuis des décennies. La violence d’État n’est pas nouvelle, c’est seulement qu’elle vise à présent aussi des populations blanches et des endroits moins enclavés que les « quartiers populaires ». Le Collectif Désarmons-les a établi un recensement des violences policières en janvier 2019, ainsi que le journaliste David Dufresne.

    Or, malgré toutes les tentatives de répression et d’intimidation (notamment celle de Christophe Castaner lors de son entretien avec Brut le 11 janvier, à la 7e minute ; ou le vote express d’une énième loi « anti-casseur·ses », le gouvernement ne parvient pas à nous faire rentrer dans les rangs. Le vernis de la démocratie a craqué, la crise est profonde. Force est de constater que, chaque semaine, nous sommes plusieurs milliers de gilets jaunes à braver le froid et les menaces, et nous ne plions pas.

    « Je pense donc j’y suis »

    Les analyses des chercheur·ses réunies dans cet ouvrage en décembre 2018 m’ont paru très justes et nécessaires si vous n’avez pas suivi le mouvement jusqu’à maintenant. Toutefois, le parti pris du « milieu intellectuel » qui observe et analyse la réalité, parfois sans avoir mis les pieds sur place, lisse forcément l’expression des émotions. Seul l’article de Ludivine Bantigny a vraiment su me rappeler l’enthousiasme débordant qu’on a toutes et tous ressenti dans ce contexte de déréliction, et « le sentiment que rien ne sera plus comme avant3 ». Je suis heureuse de voir que de nombreux·ses « intellectuel·les » appellent leur milieu à adhérer au mouvement et à participer de l’intérieur. Je crois effectivement que l’action n’est pas dissociable de la pensée.

    « Ici débute la première démocratie »

    Le mouvement des gilets jaunes fait trembler les cadres d’analyse, bouscule les représentations et les codes des mouvements sociaux. Parmi les signes qui me laissent penser que nous sommes à un tournant, l’ancrage de symboles forts et l’émergence d’une culture de résistance (par le biais de la musique, de l’art de rue, des films et des livres) témoignent de l’ampleur et de la cohésion du mouvement, et permettent de rompre avec le sentiment d’impuissance et la passivité acquise dès l’enfance.

    Comme le dit Vincent Cespedes, « [les gilets jaunes] ne savent pas ce qu’ils veulent, mais ils savent ce qu’ils ne veulent pas. » Ça bouillonne, ça tâtonne dans toutes les directions. Chaque initiative née de cette insurrection, comme l’assemblée de Commercy, renferme à la fois une part d’espoir et la perspective inquiétante du fascisme. La démocratie est une intelligence collective qui se nourrit de nos idées, de nos connaissances, de nos inspirations, de nos pratiques. Nous avons le devoir d’agir, le droit de nous tromper, mais pas celui de rester les bras croisés. Il ne tient qu’à nous, à toi, à moi, de politiser le mouvement pour l’empêcher de basculer dans l’horreur ou l’inanité

    « Pour le moment, le travail de l’Histoire est en cours et c’est passionnant4. » (Sophie Wahnich)

    Les solutions à l’impasse démocratique ne peuvent venir que de nous. Dans ma vision anarchiste d’un monde juste, la constitution d’assemblées locales me semble un bon point de départ. Ces assemblées pourraient réunir les revendications les plus demandées et poser les principes fondateurs d’une nouvelle constitution. Réparties sur tout le territoire, ces assemblées peuvent investir les municipalités comme le propose Étienne Balibar, et « trouver un ancrage institutionnel [qui] ne veut pas dire qu’on ‘rentre’ au bercail des institutions5 » ; ou bien s’affranchir de toute autorité et proclamer leur légitimité au-delà de toute loi, en vue d’une organisation anarchiste et horizontale faite de comités partageant à la fois des règles communes et pétris de particularismes régionaux.

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    Mort au capitalisme ! Livre de coloriage ! Stephanie McMillan  

     

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    Le fond de l’air est jaune

    Comprendre une révolte inédite

    Avec Étienne Balibar, Ludivine Bantigny, Louis Chauvel, Isabelle Coutant, Aurélien Delpirou, Olivier Ertzscheid, Michaël Foessel, David Graeber, Samuel Hayat, Jean-Claude Monod, Thomas Piketty, Pierre Rosanvallon, Alexis Spire, Sophie Wahnich et Michelle Zancarini-Fournel

    Textes réunis et présentés par Joseph Confavreux

    Seuil

    2019

    224 pages

    14,50 euros

    Bibliolingus

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  • une si longue lettre mariama ba bibliolingus

    Une si longue lettre
    Mariama Bâ
    Éditions Le Serpent à plumes
    2010

    Tout est politique Book Club (#TEPBookClub)

    En un mot

    Par le biais des lettres que Ramatoulaye envoie à son amie Aïssatou, l’écrivaine Mariama Bâ décrit les pratiques patriarcales qui pèsent sur le destin des femmes sénégalaises dans les années 1970. Même si ce court roman épistolaire ne m’a pas totalement convaincue dans sa forme, il n’en reste pas moins que sa concision et sa simplicité en font une tribune efficace des convictions féministes et anti-patriarcales.

    « J’étais abandonnée, une feuille qui voltige mais qu’aucune main n’ose ramasser1. »

    Le mari de Ramatoulaye, institutrice sénégalaise mère de douze enfants, vient de mourir. Elle subit alors l’assaut de sa belle-famille, ainsi que de la famille de sa jeune co-épouse, qui la dépouillent de tous les biens du défunt. Alors qu’elle observe une réclusion de quarante jours, elle décide d’écrire une lettre à sa meilleure amie Aïssatou qui vit aux États-Unis. Elle y évoque leur jeunesse éprise d’idéaux, leur amitié indéfectible, leurs vies d’épouses et de mères, enfermées dans le carcan des traditions patriarcales.

    Rencontre avec le livre

    C’est une fois encore avec enthousiasme que j’ai suivi la proposition de lecture du blog Tout est politique Book Club. J’ai découvert ce court roman, Une si longue lettre de Mariama Bâ, une écrivaine sénégalaise qui s’est engagée pour l’amélioration du statut des femmes.

    Seulement, je n’ai pas été véritablement convaincue. Vous le savez certainement depuis le temps, j’aime tout particulièrement les œuvres qui allient la fiction à l’engagement. Mais dans ce roman, le procédé est visible et maladroit. Le genre épistolaire ne m’a pas semblé crédible, dans la mesure où Ramatoulaye raconte en détails les événements intimes de l’amie à qui elle s’adresse. Selon toute vraisemblance, Aïssatou connaît sa propre histoire… Par ailleurs, après avoir évoqué leurs situations respectives et la pression qui pèse sur les femmes sénégalaises, le ton change vers les deux tiers du roman, lorsque l’autrice des lettres se focalise exclusivement sur les difficultés qu’elle éprouve dans l’éducation de ses douze enfants. D’un côté, on peut penser que le deuil a tant accablé Ramatoulaye qu’elle a occulté l’existence de ses enfants, mais on peut aussi estimer que le roman manque d’un certain équilibre. Enfin, le style m’a paru à plusieurs moments trop ampoulé pour me permettre de ressentir sincèrement la douleur de perdre un être cher.

    Toutefois, ce roman est à considérer dans le contexte sénégalais de la fin des années 1970, soit vingt ans après l’indépendance du Sénégal. Dans son essence et dans sa forme, ce roman attire l’attention sur les femmes sénégalaises qui sont tiraillées entre la tradition et la modernité au sein d’une société inégalitaire et organisée en castes sociales. D’un côté, la société africaine admet que les hommes pratiquent la polygamie et le lévirat (le frère du défunt qui épouse la veuve), faisant du désir masculin le seul horizon dans la vie des femmes ; tandis que de l’autre, le statut social des femmes ne s’acquiert que par leur mariage, leur beauté, la maternité, le respect des convenances et l’entretien du foyer. Or, admirées et réifiées, les épouses sont remplacées par une nouvelle femme plus jeune lorsque leur corps se ride et s’affaisse. La perspective de la « double journée » ne les encourage guère à faire des études, à travailler pour gagner en autonomie et à nourrir leurs propres opinions politiques.

    Au final, même s’il ne m’a pas particulièrement touchée, je suis contente d’avoir découvert ce texte qui s’est fait l’écho de plusieurs générations sénégalaises et qui semble toujours, malheureusement, d’actualité. Une si longue lettre a le don d’embrasser en peu de mots tout un ensemble de problématiques liées au genre et d’avoir traversé le temps aisément.

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    #TEPBookClub

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    1. Page 102.

    Une si longue lettre
    Mariama Bâ
    Éditions Le Serpent à plumes
    Collection Motifs
    2010
    176 pages
    7 euros

    Bibliolingus

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