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    Les Cahiers d’Esther
    Histoires de mes 10 ans
    Riad Sattouf
    Éditions Allary
    2016

     

    En un mot

    Avec un dessin en noir et blanc et tout en rondeurs, ponctué d’éléments colorés qui font sens dans la narration, la BD de Riad Sattouf croque avec tendresse et réalisme l’histoire vraie d’Esther A. Cette BD a une portée très large, assez universelle dans les sociétés occidentales, car même si on n’a pas 10 ans en 2016, chaque lecteur peut se retrouver dans les anecdotes d’Esther ou de ses camarades. Mais au-delà du récit anodin et amusant, Esther met en lumière les valeurs d’un âge plutôt ingrat et d’une époque autocentrée, faite de superficialité et de consumérisme. Bref, j’ai adoré et dévoré les Cahiers d’Esther. Quant à Esther, elle est ce qu’elle est.

    L’histoire

    Esther A., dix ans, a confié au dessinateur Riad Sattouf son quotidien et ses réflexions avec beaucoup de naturel et de vivacité. À travers 52 planches construites chacune autour d’une saynète, d’une anecdote, d’un thème, on découvre l’histoire d’Esther, une petite fille ordinaire et bien dans ses baskets.

    Le dessin

    J’adore le dessin de Riad Sattouf, fait de tendres rondeurs et qui saisit les émotions d’un trait de crayon. Bien qu’en noir et blanc, le dessin est agrémenté de touches ou d’aplats de couleurs plus ou moins vives, qui font particulièrement sens dans la progression des planches. J’ai été très sensible à cette manière de mettre en relief les émotions fortes, certaines actions ou objets. Par ailleurs, les dessins, légendés avec soin, témoignent bien de l’esprit enfantin. Les légendes expliquent un point, ajoutent une pensée (les gens qu’Esther « aime d’amour », ceux qu’elle aime pas), appuient un fait d’une manière toute enfantine et rafraîchissante.

    Mon avis

    Avec un sens de l’observation évident, Riad Sattouf croque avec tendresse, humanité et réalisme l’histoire d’Esther. En fait, le talent de Riad Sattouf, c’est que sa BD se lit à plusieurs niveaux : à partir d’un récit a priori anodin et amusant en surface, on peut observer le système de valeurs d’un âge plutôt ingrat et d’une époque autocentrée, faite de superficialité et de consumérisme.

    Ce serait trop facile et biaisé de réduire Esther à ses goûts musicaux (Black M, Mr Gims et Kendji Girac) et à ses loisirs (comme l’émission pro-humiliation Touche pas à mon poste qui apparaît p. 20 et 22), lesquels, je l’espère de tout mon cœur, tomberont aux oubliettes. Ce serait mettre de côté la profondeur de ses amours, de ses inquiétudes et son authenticité.

    Mais on peut s’arrêter un instant sur les valeurs qui habitent Esther, et qui sont symptomatiques de notre époque. La superficialité saute en effet aux yeux : Esther fournit beaucoup de remarques autour de la beauté et de l’apparence, a une réelle obsession pour le dernier Iphone, et évolue dans un rapport aux objets, aux marques très consumériste (tout comme son frère qui est rivé à son téléphone chaque fois qu’il apparaît).

    Le quotidien d’Esther, qui est clairement du côté des enfants populaires de son école, montre aussi le sexisme, l’effet de groupe, la pression sociale, le rejet de la différence (l’homosexualité, le racisme, mais aussi le petit Mitchell qui se fait railler parce qu’il est sensible, p. 37). On peut s’étonner par exemple d’une sensibilité et d’une empathie à plusieurs vitesses : Mitchell, le « Chinois » p. 21, le fils de l’alcoolique p. 36.

    À mon sens, cette BD a une portée très large, assez universelle dans les sociétés occidentales, car même si on n’a pas 10 ans en 2016, chaque lecteur peut se retrouver dans les anecdotes d’Esther ou de ses camarades. Elle ne témoigne donc pas tant d’une génération, mais bien d’un âge et d’une époque, et permet une étude sociologique intéressante. Ce récit m’a touché, davantage que fait rire, car il nous met face à nos contradictions et à nos malaises.

    Bref, j’ai adoré et dévoré les Cahiers d’Esther. Quant à Esther, elle est ce qu’elle est.

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    Histoire de mes 10 ans
    Riad Sattouf
    Éditions Allary
    2016
    54 pages
    16,90 euros

    Bibliolingus

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  • larabe du futur riad sattouf bibliolingus livre blog

    L’Arabe du futur
    Une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984)
    Riad Sattouf
    Allary Éditions
    2014

     

    En un mot

    Dans ce roman (autobio)graphique qui constitue le premier volume d’une trilogie, Riad Sattouf raconte son enfance entre la France, la Lybie et la Syrie au début des années 1980. Chez Riad Sattouf, j’aime autant le dessin, très expressif et doux, que l’histoire drôle et attachante.

    L’enfance de Riad Sattouf

    Dans ce premier volume, Riad Sattouf raconte son enfance en Lybie puis en Syrie entre 1978 et 1984, lorsqu’il était tout petit. Il raconte comment ses parents se sont rencontrés à l’université, sa mère qui est française et son père syrien. À la fin de leurs études, son père décroche un contrat d’enseignant en Libye, où il découvre l’État des masses populaires instauré par Khadafi. Deux ans plus tard, la famille embarque pour la Syrie, alors dirigée par Hafez el-Assad, que le père n’a pas revu depuis des années.

    larabe du futur tome 1 planche 1 sattouf bibliolingus

    Mon avis

    Chez Riad Sattouf, j’aime autant le dessin tendre que l’histoire drôle et attachante.

    Le dessin tout en rondeurs, très expressif mais doux, est mis en valeur par des aplats de couleurs forts à propos : le bleu lorsqu’ils sont en France, le jaune en Libye, le rose en Syrie. J’adore aussi les petites légendes originales qui viennent appuyer les propos du dessinateur.

    Je retrouve encore cette formidable tendresse dans l’observation des attitudes et des manies de ceux qui l’entourent. Ce roman graphique foisonne de petits détails qui semblent avoir particulièrement marqué l’auteur, comme les mœurs étonnantes de la paysannerie traditionnelle, la violence et les moqueries des autres enfants, la saleté de la ville. Ces souvenirs n’ont pas pour but d’être "narrativisés" pour constituer un tout cohérent ; ils composent une mosaïque enfantine d’éléments parcellaires, tantôt intimes, culturels, religieux ou politiques.

    C’est surtout la figure très touchante du père, tout en contradictions, qui se démarque en premier : on observe sa manière de percevoir la dictature comme nécessaire pour le changement des sociétés arabes, sa manière de tenir la religion musulmane à distance tout en la considérant avec respect. Mais le portrait de la mère est tout aussi frappant, car elle accompagne avec dévouement son mari à travers le Moyen-Orient alors qu’on sent qu’elle n’est pas forcément dans son élément.

    J’ai beaucoup aimé tant l’histoire sensible et étonnante que le dessin fantastique de Riad Sattouf, et me plongerai avec délice dans la suite de cette autobiographie.

    larabe du futur tome 1 planche 2 sattouf bibliolingus 

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    Riad Sattouf
    Allary Éditions
    2014
    160 pages
    20,90 euros

    Bibliolingus

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