• ma guerre d'espagne à moi mika etchebehere bibliolingusMa guerre d’Espagne à moi
    Une femme à la tête d’une colonne au combat
    Mika Etchebéhère
    Éditions Libertalia et éditions Milena, a
    vec le DVD du documentaire de Fito Pochat et Javier Olivera (2013)
    2015

    En un mot

    Avec Ma guerre d’Espagne à moi, Mika Etchebéhère (1902-1992) nous offre un témoignage exceptionnel, touchant et inspirant de son commandement au sein du POUM lors de la guerre civile espagnole (1936-1939). Une belle lecture que je vous conseille vivement !

    « Combattre c’est nécessaire, vivre n’est pas nécessaire1. »

    Juillet 1936 : Mika et Hippolyte se joignent au soulèvement populaire espagnol, partageant la conviction qu’il faut empêcher à tout prix les fascistes de prendre le pouvoir et faire advenir la révolution prolétarienne.

    Depuis toujours, toustes deux sont épris·es de justice. Iels ont décidé de renoncer à la vie paisible de couple, aux paysages paradisiaques de leur Patagonie bien-aimée. Au point de choisir de ne pas avoir d’enfant pour « rester libres et sans attaches2 » et se sacrifier pour leurs idéaux.

    Très vite, Hippolyte Etchebéhère devient commandant de la colonne du POUM (Parti ouvrier d’unification marxiste), secondé par son épouse. La colonne est composée d’une centaine d’hommes, principalement des militants anti-fascistes, anti-staliniens, anarchistes et syndicalistes ; des ouvriers pétris d’idéal révolutionnaire mais aucunement formés au combat militaire. Clavelín, le plus jeune, n’a que 14 ans au début de la guerre civile.

    Mais dès août 1936, Hippolyte est tué au combat. Il l’a toujours su : seul l’ennemi aura raison de lui, et certainement pas la tuberculose qui l’accable depuis plusieurs années. À sa mort, tout bascule. Mika aurait pu retourner à Madrid loin du front et du danger, ou retrouver ses ami·es et soutiens à Paris, Alfred et Marguerite Rosmer, ainsi que Kurt Landau. Mais la vie « normale » n’est plus faite pour elle. Désormais, seule la vie au front vaut la peine d’être vécue, pour honorer le pacte qu’elle avait signé avec son mari.

    Le corps d’Hippo n’est pas encore refroidi qu’elle prend le commandement de la colonne du POUM.

    « Vivre ? Vivre sans lui ? Après la guerre, dans un monde d’avant sa mort, un monde sans tranchées, sans bombardements ? Un monde avec des livres, des tableaux, des couchers de soleil, sans lui ? Sans marcher à son bras, sans son sourire, sans ses mains douces, ses yeux de lumière, son front, sa voix, son rire ? Tu sais bien que tu ne pourras, que tu te permets de survivre en service commandé, plus sèche qu’une branche morte, parmi les seuls êtres que tu puisses aimer, à la fois sublimes et sordides, auxquels tu lies ce choix fait avec lui dans la clarté et dans la joie3. »

    « Entre nous il n’y a pas d’obéissance mais une responsabilité partagée volontairement4. »

    Mika nous raconte ces mois passés en première ligne, sur le front d’Atienza, puis de Sigüenza, jusqu’à la défense de Madrid elle-même. Dans les tranchées, la vie quotidienne est terrible : le froid, la pluie, la boue, les poux, le manque de fusils et de munitions, l’incertitude et l’attente. Les avions ennemis rasent le sol mais aucune relève du camp républicain en vue, à croire que celui-ci a abandonné la colonne du POUM...

    Mika compense son manque de savoir militaire en suivant ses intuitions. Elle se révèle douée en logistique, car elle comprend très vite que le ravitaillement est essentiel à la motivation et à l’endurance des troupes. Contrairement aux autres commandants qui n’y pensent même pas, elle s’assure constamment que ses hommes ont du café, de la viande, ainsi que leur ration quotidienne d’alcool et de cigarettes. Elle veille à leur apporter des soins, à leur fournir des vêtements chauds et des bottes, si bien que même les miliciens malades ne veulent pas quitter le front. Tâchons de nous en souvenir le moment venu : la logistique et l’approvisionnement sont aussi importants que les combats à mener.

    Au sein de la colonne, Mika cherche à responsabiliser tous les hommes, à créer un climat de confiance mutuelle et à instaurer quelques règles d’hygiène et de conduite (comme, par exemple, ne pas piller les maisons abandonnées pendant la guerre). Elle sait qu’elle n’obtiendra pas leur obéissance par l’autorité et la menace, c’est pourquoi les décisions sont souvent communes, chacun pouvant exprimer son avis. Par ailleurs, toujours dans cet idéal d’autonomisation et d’émancipation, Mika mettra en place une école dans les tranchées, car la plupart des miliciens ne savent pas lire. 

    « Une capitaine qui a plus de couilles que tous les capitaines de la terre5. »

    On peut l’imaginer, il est bien difficile de se faire respecter quand on est une femme à la tête d’une centaine d’hommes, et de surcroît étrangère ! A la guerre, la virilité est exacerbée, et la misogynie particulièrement prégnante. Les miliciens ne veulent pas laver leurs chaussettes sous prétexte que c’est un travail de femme. Tout en ménageant leur amour-propre, elle se montre tantôt intransigeante avec ses hommes, tantôt maternelle, et finit par gagner leur respect et leur confiance. 

    Dans ce récit, Mika brosse les portraits touchants d’hommes courageux, héroïques et fous, prêts à se sacrifier pour des idéaux, à qui elle tente de montrer que les hommes des tranchées ennemies sont aussi des êtres humains sensibles. Peu à peu, Mika devient une « “femme pas comme les autres” comme ils disent pour justifier leur obéissance et se grandir aux yeux des colonnes qui ne connaissent pas cette anomalie : avoir une femme pour capitaine6 ».

    Rencontre avec le livre

    Mika Etchebéhère (1902-1992) nous livre une témoignage exceptionnel sur l’un des rares épisodes historiques dans lequel les idées anarchistes d’organisation sociale ont été mises en œuvre sur une grande échelle. La guerre civile espagnole est au cœur des enjeux européens. L’URSS tente de prendre le contrôle du camp républicain, l’Italie fasciste et l’Allemagne nazie apportent leur soutien à Franco ; tandis que le gouvernement français regarde silencieusement le peuple espagnol se faire écraser.

    Certes, ses propos n’engagent qu’elle, et le portrait qu’elle donne d’elle-même et de ses miliciens est sujet à crédit. Mais toujours est-il que ce témoignage, ainsi que son parcours militant (au sein des Mujeres libres, aux côtés des étudiants en Mai-68), font d’elle une figure importante de l’anarchisme et du féminisme. Elle vient s’ajouter à la liste des femmes qui m’inspirent, à l’instar d’Emma GoldmanLouise Michel ou Rosa Parks.

    Avec ce bel ouvrage à la mise en page confortable, il y a le DVD du documentaire de Fito Pochat et Javier Olivera sur la vie de Mika (qui a rédigé son témoignage en français et qui s’exprime sans aucun accent). Merci aux éditions Libertalia et aux éditions Milena de nous offrir ce témoignage ! Pour les petits budgets, l’édition poche vient de sortir  (sans le DVD) aux éditions Libertalia.

    « Cette guerre et cette révolution sont l’incarnation de mes idées. J’en ai rêvé depuis mon enfance en entendant les récits des révolutionnaires russes évadés des prisons tsaristes. Pour la servir, Hippo et moi avons refusé les lacs de la Patagonie et les forêts envoûtantes de ses montagnes, rogné les ailes de notre amour, choisi la pauvreté et le devoir, accepté le sang qu’il fallait verser, le nôtre et celui des autres7. »

    Lisez aussi

    La Capitana Elsa Osorio

    Un siècle d'espoir et d'horreur, une histoire populaire du XXe siècle
    Chris Harman

    La Commune Louise Michel

    L’ordre moins le pouvoir Normand Baillargeon

    Les Mémorables Lidia Jorge

    Le fond de l'air est jaune Collectif

    Vivre ma vie Emma Goldman

    Rage against the machisme Mathilde Larrère

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    Ma guerre d’Espagne à moi

    Une femme à la tête d’une colonne au combat

    Éditions Libertalia et Milena

    Avec le DVD du documentaire de Fito Pochat et Javier Olivera (2013)

    2015

    430 pages

    18 euros

    (poche : 10 euros)

    Bibliolingus

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  • Vivre ma vie Emma Goldman BibliolingusVivre ma vie
    Une anarchiste au temps des révolutions
    Emma Goldman
    L'Échappée
    2018

    En un mot

    Je ne vais pas y aller par quatre chemins : lisez Emma Goldman ! Cette féministe et anarchiste emblématique (1869-1940) nous livre une autobiographie monumentale, passionnante et instructive de 1100 pages. À travers le parcours extraordinaire de cette femme engagée et énergique, vous découvrirez l’histoire et les luttes fondatrices de l’anarchisme, à une époque où il gagnait du terrain malgré la répression et la censure. Offrez-vous ce bel ouvrage, ce monument littéraire publié par les éditions L’Échappée, agrémenté de plusieurs cahiers de photos !

    « Notre fin à nous, c’était la cause sacrée du peuple opprimé et exploité. C’était pour lui que nous allions sacrifier nos vies1. »

    Ce qui frappe dès les premières pages, c’est sa soif de justice chevillée au corps, son engagement de chaque instant. Emma Goldman a inlassablement parcouru les États-Unis et l’Europe pour donner des conférences sur les luttes sociales, elle a également fondé la revue anarchiste Mother Earth, et écrit plusieurs ouvrages, participant ainsi à l’essor des idées anarchistes.

    « Leur mort m’a donné la vie. Celle-ci appartient à présent à leur mémoire, à leur œuvre2. »

    Comme tant d’autres anarchistes de cette génération, l’élément fondateur de son activisme a été le massacre de Haymarket en 1886 à Chicago (c’est d’ailleurs cet événement qui a donné naissance à la fête des travailleureuses du 1er mai). Elle avait 17 ans et venait d’arriver aux États-Unis avec sa famille russe d’origine russe. Depuis lors, elle n’a eu de cesse, toute sa vie, de lutter contre toute forme d’injustice et d’exploitation, sans toutefois dénigrer les moments d’humanité, de chaleur, de joie au sein des espaces militants.

    « L’État est le pilier du capitalisme3. »

    L’État en tant qu’instrument de domination et de protection du capitalisme et sa « violence organisée4 » sont au centre de son analyse anarchiste. Face à la classe capitaliste, elle a consacré beaucoup de temps à l’auto-organisation des travailleur·ses et été très impliquée dans l’élaboration de comités de soutien de mouvements et de syndicats ouvriers, en faisant des recherches de financement et en diffusant des infos sur leur lutte. On peut notamment citer les ouvriers de sidérurgie de Homestead (Pennsylvanie) en 1892, opposés au dirigeant de la Carnegie qu’Alexander Berkman, le compagnon d’Emma Goldman, tentera d’assassiner ; ou encore les ouvriers d’Hazleton (Pennsylvanie) qui seront massacrés en 1897.

    « J’avais choisi ma voie ; aucun homme ne m’en détournerait5. »

    Emma Goldman, c’est aussi une grande figure du féminisme. La tyrannie de son père et les violences dont elle a été victime lorsqu’elle était jeune ont visiblement été à l’origine de ses positions radicalement antipatriarcales. Elle est contre l’asservissement du mariage et pour la liberté sexuelle (incluant l’homosexualité à une époque où cela n’allait pas de soi), pour l’amour libre (là mon cœur palpite), pour l’indépendance de la femme, notamment grâce au travail. Elle est également pour la maternité choisie, elle-même n’ayant pas voulu d’enfant (là je frémis carrément), et a défendu en toute illégalité la contraception, ce qui lui a valu une (énième) arrestation.

    « Le crime est le produit de la pauvreté6. »

    Durant une grande partie de sa vie, elle a été persécutée par la police pour « atteinte à l’ordre public » et « conspiration ». Ses nombreux séjours en prison (de quelques jours à plusieurs années) lui ont permis d’observer le milieu carcéral et la manière dont la prison fabrique la délinquance et exploite le travail des prisonnier·ères. Les arrestations étaient si fréquentes qu’elle avait coutume, avant chaque conférence, d’emporter avec elle un livre au cas où elle finirait au poste. Eh bien, écoutez, je ne vais jamais en manif sans un livre !

    « La presse n’était que le valet du capitalisme7. »

    Comme d’autres grandes figures anarchistes, Emma Goldman a sans cesse été insultée et discréditée par les médias acquis à la cause des grands capitalistes dans le but de détourner l’opinion publique des pensées anarchistes. Pour Emma Goldman, l’anarchisme cherche la révolution sociale par l’émancipation, le consensus, et non par l’autorité, laquelle « transforme l’individu en perroquet qui répète des slogans rebattus jusqu’à devenir incapable de penser de manière autonome ou de percevoir les injustices sociales8 ». Tout au long de sa vie, Emma Goldman a porté ardemment ses idées à travers ses conférences et sa revue Mother Earth, créée en 1906. À l’instar de nombreux·ses anarchistes qui voient en l’éducation le terreau de la révolution, elle a visité les écoles alternatives de Sébastien Faure (la Ruche) et de Paul Robin (Cempuis) en France et défendu Francisco Ferrer, le fondateur italien des Écoles modernes.

    La guerre, un « massacre destiné à mettre fin à tous les massacres »

    Durant la Première Guerre mondiale, alors même qu’une partie de la gauche états-unienne est favorable à l’entrée en guerre, Emma Goldman exalte le public avec ses discours antimilitaristes, impérialistes et antipatriotiques. Pour elle, c’est une guerre entre intérêts privés, dont le lourd tribut est payé par les populations. En 1917, elle est emprisonnée pour la troisième fois, durant deux ans, avant d’être renvoyée en Russie, son pays natal, avec « Sasha », Alexander Berkman, son grand amour de toujours.

    « Rien, rien ne pouvait arrêter le rouleau compresseur de l’État communiste9. »

    Emma Goldman sera l’une des premières à prendre conscience que les bolchéviques ont assassiné la révolution sociale de 1917 en centralisant tout le pouvoir dans leurs mains et en écrasant toute opposition (on pense au massacre des marins de Cronstadt en 1921). Sans surprise, elle s’attire alors les foudres de son camp, encore aveuglé par la propagande bolchévique. La révolution russe de 1917 aura fait naître des espoirs immenses dans le monde entier, et une désillusion d’autant plus vertigineuse. Avec Sasha, elle finit par quitter la Russie pour aller vivre en Europe, et notamment en France, où elle écrit ce monument littéraire, puis en Espagne pour soutenir le mouvement anarchiste durant la guerre.

    Rencontre avec le livre

    J’ai adoré lire son autobiographie ! Il y a tant à dire à propos d’Emma Goldman : grande lectrice et autrice talentueuse, indépendante et féministe, anarchiste et humaniste, persévérante et courageuse, curieuse et inspirante, sincère et antidogmatique, passionnée et dévouée pour ses proches, prête à sacrifier sa vie pour ses idéaux… Emma Goldman me paraît si contemporaine, si proche ! Certes, on peut toujours se mettre en scène, mais laissez-moi croire que tout est vrai !

    Son parcours l’a amenée à côtoyer des personnalités aujourd’hui connues, comme Alexander Berkman bien entendu, Pierre Kropotkine, Voltairine de Cleyre, Louise Michel, Errico Malatesta, Maria Spiridonova, Ekaterina Brechkovskaia, Lénine, ou encore Jack London, pour n’en citer que quelques-un·es. Tout au long de son autobiographie, elle s’attache à brosser les portraits des « figures héroïques de la lutte pour l’humanité10 », qu’elles soient célèbres ou non.

    Son parcours illustre la manière dont les anarchistes ont été censuré·es et persécuté·es, que ce soit par les dispositifs policiers et juridiques ou par la propagande des médias dominants, à une époque où l’anarchisme et l’internationalisme gagnaient du terrain et représentaient probablement une réelle menace pour la classe dirigeante. Le procès expéditif de Haymarket, qui a choqué toute une génération, visait à condamner l’anarchisme et non des faits et des crimes ; tout comme les lois antianarchistes de la fin du XIXe siècle ont explicitement interdit aux anarchistes d’entrer sur le territoire états-unien, et renvoyé les anarchistes d’origine immigrée, à l’instar d’Emma Goldman et d’Alexander Berkman.

    Un grand merci à L’Échappée et aux traductrices pour l’édition de cette autobiographie monumentale qui contribue à réhabiliter l’anarchisme toujours occulté et torpillé. J’ai pris 31 pages de notes et de citations, mais je vais vous la faire courte : si vous souhaitez mieux connaître l’histoire de nos luttes, lisez Emma Goldman ! Si vous avez besoin d’une lecture revigorante, de reprendre courage et espoir en cette période particulièrement inquiétante où tous les indicateurs sont au rouge, lisez Emma Goldman !

    Lisez aussi

    Essais

    L’ordre moins le pouvoir Normand Baillargeon

    La Commune Louise Michel

    "La Commune n'est pas morte" Eric Fournier

    Comment tout peut s'effondrer Pablo Servigne et Raphaël Stevens

    Une autre fin du monde est possible Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle

    Comment la non-violence protège l’État Peter Gelderloos

    La Domination policière Mathieu Rigouste

    La Force de l’ordre Didier Fassin

    Le fond de l'air est jaune Collectif

    Boulots de merde ! Julien Brygo et Olivier Cyran

    Propaganda Edward Bernays

    La prison est-elle obsolète ? Angela Davis

    Littérature

    L’Homme au marteau Jean Meckert

    Les Coups Jean Meckert

    Mendiants et orgueilleux Albert Cossery

    Les Mémorables Lidia Jorge

    Retour aux mots sauvages Thierry Beinstingel

    Récits

    Mon histoire Rosa Parks

    Je vous écris de l’usine Jean-Pierre Levaray

     

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    Vivre ma vie

    Une anarchiste au temps des révolutions

    Traduit de l'anglais par Laure Batier et Jacqueline Reuss

    Emma Goldman

    L'Échappée

    2018

    1104 pages

    29,90 euros

    Bibliolingus

     

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