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    Zoos.
    Le cauchemar de la vie en captivité
    Derrick Jensen
    Éditions Libre
    2017

     

    En un mot

    On entend souvent que les zoos préservent la biodiversité, ou que les animaux vivent bien plus longtemps en captivité que les animaux sauvages. Face aux idées reçues, voilà un petit ouvrage très instructif, écrit par Derrick Jensen, auteur écologiste et membre fondateur de l’organisation Deep Green Resistance, qui démonte les arguments fallacieux visant à justifier l’existence des zoos, et qui nous interroge sur la place des êtres humains au sein du monde sauvage.

    « Le zoo est bien une prison punitive, à laquelle l’animal est condamné, sans qu’il soit coupable1. »

    Les zoos sont un enfer pour les animaux. Dans les zoos, les animaux sont coupés de leur élément naturel qui les prive de leur identité commune, en tant qu’espèce faisant partie d’un collectif, et de leur identité personnelle, en tant qu’individu ayant son propre caractère, ses sensibilités. Ils sont maltraités, privés de sensations, sans cesse observés, contrôlés, manipulés sans leur consentement, ce que l’auteur compare à la pornographie. Les études sur l’éthologie (l’étude du comportement animal) montrent qu’ils développent alors des comportements compensatoires, voire pathologiques.

    Les animaux détenus dans les zoos sont capturés bébés. Pour cela, il faut quasiment chaque fois tuer la mère et les autres membres de la famille qui résistent pour défendre le petit. C’est le cas des grands singes, des lions, des tigres, des éléphants, des rhinocéros, des hippopotames, tandis que les girafes et les antilopes préfèrent abandonner leurs enfants. C’est un véritable commerce d’animaux sauvages. L’auteur décrit les manières cruelles dont les animaux sont capturés, et les manifestations visibles de leur souffrance et de leur détresse. Les manières peuvent être brutales, mais aussi retorses, comme les singes en Tanzanie qui sont saoulés pour qu’ils ne puissent plus monter aux arbres et s'enfuir.

    La mortalité des bébés en captivité est énorme. Si les zoos, à grands renforts de publicité, annoncent fièrement la naissance de petits animaux, car cela augmente sensiblement la fréquentation, ils n’indiquent pas que la majorité des espèces captives n’atteignent pas l’âge de se reproduire. Sans compter que l’auteur ne décrit pas comment les accouplements se font, mais ces derniers ne sont certainement pas spontanés et naturels !

    Les animaux en captivité ne vivent pas plus longtemps que les animaux sauvages. Les animaux en captivité sont malheureux, maltraités et coupés de leurs besoins réels, ils ne vivraient pas plus longtemps que dans le monde naturel. De ce que j’en sais, c’est le cas notamment des orques, comme on peut le voir dans le documentaire Black fish.

    Les vieux animaux en « surplus » sont vendus pour une bouchée de pain. Qui dit naissance, dit surpopulation. Les données semblent bien cachées mais les vieux animaux sont vendus à des cirques, à des marchand·e·s d’animaux, des propriétaires d’animaux de compagnie, des collectionneur·e·s, des taxidermistes… et semble-t-il à des prix dérisoires.

    Les zoos ne sont pas une arche de Noé pour pallier à la destruction de la biodiversité. Cette métaphore est trompeuse, car les budgets alloués aux zoos, dépensés essentiellement en publicité, pourraient être utilisés à la sauvegarde des habitats naturels et des écosystèmes. Outre le fait qu’ils perpétuent la tradition de la domination et de la soumission, les zoos détiennent des animaux altérés par la captivité, et qui ne sont plus adaptés au monde naturel.

    Les zoos ne nous apprennent rien sur les animaux. L’un des arguments les plus fallacieux est de prétendre que les zoos ont un potentiel pédagogique pour nous et nos enfants, et qu’ils nous apprennent à nous soucier de « l’environnement ». Êtes-vous capable de décrire le mode de vie d’un animal vu dans un zoo, en lisant les quelques écriteaux pseudo pédagogiques ? Ce qu’on apprend surtout, c’est que l’être humain a assis son pouvoir sur le monde sauvage. On y observe des animaux pathétiques et malheureux, captifs à vie.

    « En effet, la détention en zoo est une violence arbitraire, qui a de graves conséquences sur la physiologie et le psychisme des animaux, jusqu’à en faire, littéralement des aliénés et des malades ; violence insidieuse, sourde, occultée sous le masque de l’éducation, l’alibi de la science et le camouflage d’un décor plus ou moins fleuri auquel les animaux sont totalement insensibles2. »

    Rencontre avec le livre

    Ce qui relève du divertissement pour les êtres humains est un enfer pour les animaux. Derrick Jensen démonte les arguments fallacieux véhiculés par les zoos pour justifier ces institutions. Je ne suis pas très fan du style de l’auteur, fait de retours à la ligne fréquents pour créer des instants de réflexion et d’émotion chez son lectorat, mais ce n’est pas important.

    Les zoos existent depuis plusieurs millénaires. Aux XVIIIe et XIXe siècle, les zoos d’Europe (comme Le Jardin des plantes de Paris, les zoos de Londres et de Berlin) étaient les symboles des empires coloniaux. Rappelons qu’à l’époque les animaux étaient exhibés aux côtés des non-blanc·he·s et des indigènes.

    En effet, le zoo ne symbolise-t-il pas le pouvoir de l’être humain sur le monde sauvage ? Derrick Jensen a raison d’insister sur ce point : le zoo est la jouissance d’avoir dominé un monde perçu comme hostile et de se sentir supérieur. C’est l’anthropocentrisme, au fondement même de notre culture, qui consiste à croire à la perspective flatteuse que les êtres humains sont supérieurs et différents des « animaux », alors que nous sommes aussi des animaux ! C’est croire « que les poissons des océans attendent que nous les attrapions ; que les arbres des forêts attendent que nous les abattions ; que les animaux des zoos attendent là pour nous divertir3. »

    L’auteur va plus loin : dans une sorte de mise en abyme, l’être humain est lui-même dans un zoo, dans la mesure où nous avons rarement l’occasion d’entrer en contact avec le monde sauvage. Dans nos villes, derrière nos écrans, nous sommes sans cesse entouré·e·s de constructions humaines, artificielles, et auto-référentielles. Nos croyances anthropocentrées relèvent d’une « hallucination institutionnalisée4 », car nous coupons nos connexions avec la réalité extérieure. Cela me semble vrai en un sens, car cette croyance anthropocentrée nous conduit à détruire notre habitat, la planète, mais l’être humain a besoin de vivre en communauté, dans l’entre soi. L’allégation que l’être humain est supérieur est infondée, mais sert à justifier a posteriori la pulsion d’exploitation et d’asservissement.

    En somme, pourquoi les zoos nous attirent-ils, nous et nos enfants ? Certainement parce que nous avons besoin de contact avec les animaux sauvages, qui nous rappellent une part de nous-mêmes. N’emmenez plus vos enfants dans les zoos. Il y a bien d’autres manières de faire l’expérience du monde sauvage et des animaux. Dans l’ouvrage Planète végane d’Ophélie Véron, vous en trouverez toute une liste, comme les réserves naturelles, les promenades en forêt, les classes vertes… Défendre le droit des animaux, ce n’est pas faire preuve de « sensiblerie ». C’est simplement éprouver du respect et de la compréhension envers l’autre et sortir de la vision utilitaire de l’autre.

    « Un zoo est un cauchemar de ciment et d’acier, de fer et de verre, de douves et de clôtures électriques. Pour ses victimes, c’est un cauchemar sans fin dont la seule issue est la mort5. »

    Avant de lire cet ouvrage, publié par les éditions Libre, association loi 1901, je ne connaissais pas cet écrivain et activiste écologiste, membre fondateur de l’organisation DGR, issu de l’écologie profonde et de la critique anti-civilisation. Ses positions sur la non-violence, sur la responsabilité individuelle, m’interpellent beaucoup, et j’espère me donner bientôt l’occasion de lire d’autres de ses ouvrages traduits en français.

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    Zoos. Le cauchemar de la vie en captivité

    (texte issu de Thougth to exist in the wild)

    Derrick Jensen

    Traduit de l’américain par Nicolas Casaux, Jessica Aubin, Héléna Delaunay

    Préfacé par Jean-Claude Nouët

    Éditions Libre

    2017

    156 pages

    10 euros

    Bibliolingus

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  • la fortune des rougon zola

    La Fortune des Rougon
    (tome 1 des Rougon-Macquart)
    Émile Zola
    Georges Charpentier
    1871

    En un mot

    Ah, je ne vous le dirai jamais assez ! Quelle joie de replonger dans l’œuvre de Zola ! J’ai décidé de (re)lire la saga dans l’ordre chronologique de parution, et cela commence avec La Fortune des Rougon. Œuvre magistrale, passionnante, et chronique garantie sans spoiler !

    « L’idée de réussir, de voir toute sa famille arriver à la fortune, était devenue une monomanie chez Félicité1. »

    Pierre Rougon, fils de paysan·ne·s, aspire à s’extraire de sa classe sociale. Le « cœur sec », l’ambition mesquine, il a un besoin d’assouvissement qui n’a d’égal que celui de son épouse Félicité, fille de commerçant·e·s. Le couple mise tout sur leurs 5 enfants, qui sont allé·e·s à bonne école, pour devenir riches et estimé·e·s à Plassans, une petite ville inspirée d’Aix-en-Provence.

    Nous sommes en décembre 1851, à la veille du coup d’État de Bonaparte qui renverse la Seconde République. Depuis quelques jours, une colonne d’insurgé·e·s composée d’ouvriers, de bûcherons, et même de quelques femmes et de quelques patrons, se rapproche de Plassans pour atteindre Paris et empêcher le coup d’État. Les Rougon, qui n’accèdent pas à la fortune, voient en ce coup d’État l’opportunité de gagner le pouvoir. Téléguidé·e·s par leur fils Eugène qui est bonapartiste, les Rougon commencent à manœuvrer dans le parti conservateur, auprès des nobles, des bourgeois·e·s et du clergé, pour faire tourner le vent en leur faveur. Nombreux·ses sont les opportunistes, les envieux·ses, les complaisant·e·s, qui annoncent La Curée, le volume 2.

    Dans le camp des insurgé·e·s, il y a le très jeune Silvère, ouvrier et idéaliste, et son amoureuse Miette, âgée de 13 ans, qui se fait exploiter depuis toujours par son oncle méprisant. Leur histoire d’amour illégitime, dans l’ancien cimetière de l’aire Saint-Mittre, ouvre et clôt magistralement le roman.

    « Au loin s’étendaient les routes toutes blanches de lune. Miette avait refusé le bras de Silvère ; elle marchait bravement, ferme et droite, tenant le drapeau rouge à deux mains, sans se plaindre de l’onglée qui lui bleuissait les doigts2. »

    Rencontre avec le livre

    La Fortune des Rougon ouvre la saga de « l’histoire naturelle et sociale d’une famille sous le second Empire ». A la fois roman historique, avec le coup d’État en décembre 1851, et roman d’amour de Silvère et Miette, La Fortune des Rougon est fait de symétries, d’échos, et son rythme est assez lent pour qu’on ait le temps d’assimiler, de savourer, les événements et les personnages.

    Comme j’ai déjà lu quelques romans zoliens parmi les plus connus, j’ai eu grand plaisir à approfondir ses théories sur l’hérédité, même si c’est pour en montrer ses aspects monstrueux. Ainsi que dans mes précédentes lectures, j’ai adoré la description féroce des personnages, particulièrement des bourgeois·e·s et des parvenu·e·s, qui a certainement inspiré Irène Némirovsky. Les Rougon, ainsi que Granoux, Roudier, Vuillet, sont grotesques, calculateur·rice·s, cupides. J’adore lorsque Zola parle des désirs, des passions, des aspirations maladives. Le camp des républicain·e·s n’est pas épargné, puisque Aristide est un arriviste et Antoine Macquart un paresseux. Dans le camp républicain, il y a aussi la présence du docteur Pascal, qui fait beaucoup penser à Zola lui-même, car il observe finement les tempéraments tout en portant secours aux insurgé·e·s. Zola a également une façon de décrire les lieux qui les rend vivants : c’est le cas ici de l’ancien cimetière qui a quelque chose de spirituel et de la colonne d’insurgé·e·s qui, comme un seul être humain, avance avec détermination vers Paris.

    Les personnages sont vivants et humains, détestables dans leur bassesse, ou sublimes dans leurs élans d’amour et d’humanité. J’ai beaucoup aimé les personnages féminins : il y a d’abord Adélaïde Fouque, la mère de Pierre Rougon, qui n’a pas pu vivre son histoire d’amour illégitime avec le braconnier Macquart. Toute la ville s’est évertuée à blesser cette passion hors mariage, et Adélaïde en est devenue folle de chagrin. Puis Félicité qui depuis toujours a le projet de manipuler son mari pour arriver à ses fins et accéder au pouvoir et à la richesse. Sorte de femme moderne, elle ne se laisse pas faire. Et enfin Miette, travailleuse et volontaire (on en parle, du travail des enfants ?), qui cherche à faire comme les garçons : aussi puissante, rapide et agile que Silvère, elle ne lâchera pas le lourd drapeau rouge que ses ami·e·s insurgé·e·s lui ont confié·e·s.

    J’ai adoré lire La Fortune des Rougon, et je projette de me lancer dans la lecture complète et chronologie des 20 tomes ! Si vous êtes tenté·e·s de (re)commencer l’aventure, je vous invite à lire la préface et les notes de fin d’ouvrage en dernier, car elles sont bourrées de spoilers !

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    1. Page 153. -2. Page 242.

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    (tome 1 des Rougon-Macquart)
    Émile Zola
    Préface de Maurice Agulhon
    Édition d’Henri Mitterand
    Éditions Gallimard
    Folio classique
    2017 (première édition en 1981)
    5,90 euros

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