• Essais

    Les textes regroupés dans cette rubrique parlent essentiellement des conditions dans lesquelles le livre est édité en France, mais vous y trouverez aussi des essais sur les médias, l’opinion publique, la culture et leurs représentations. Avec l'agriculture et l'alimentation, de nouveaux thèmes environnementaux sont à venir.

  •  manifeste d'une femme trans julia serano bibliolingus

    Manifeste d’une femme trans
    et autres textes
    Julia Serano
    Éditions Cambourakis
    2020

     

    Le Manifeste d’une femme trans et autres textes de Julia Serano est une lecture indispensable pour toute personne s’intéressant à la transidentité et au féminisme. Dans cet ouvrage, dont le contenu alterne les analyses et les expériences personnelles, l’autrice explique en quoi les femmes trans sont victimes à la fois de la misogynie et de l’intolérance des personnes cisgenres (personnes qui vivent dans le genre auquel elles ont été assignées à la naissance).

    L’ouvrage, qui réunit plusieurs chapitres de l’ouvrage Whipping Girl, avait d’abord été édité par les excellentes éditions militantes tahin party en 2014, dans une version poche à 5 euros, aujourd’hui épuisée. Il a été réédité en 2020, avec des chapitres additionnels (mais toujours pas dans sa version intégrale), par les éditions Cambourakis, dans la collection Sorcières.

    Mais, plutôt que de vous parler de ce bouquin, que j’ai lu dans ses deux versions, et que je ne peux que vous conseiller pour vous faire votre propre idée, j’ai préféré reprendre point par point les principales idées reçues qui circulent au sujet des femmes trans, tout en m’appuyant sur les propos de Julia Serano, ce qui m’a pris plus de deux ans. J’espère que cela nourrira vos propres réflexions. Bonne lecture !

    « Ce manifeste en appelle à la fin de tout ce qui partout déshumanise les femmes trans, les tourne en ridicule et les désigne comme boucs émissaires1. »

    À propos des femmes trans (personnes assignées « garçon » à la naissance et qui s’identifient en tant que femmes), j’ai souvent lu et entendu la croyance irrespectueuse selon laquelle elles ne sont pas des femmes « authentiques », « vraies », « naturelles ». Leur identité est souvent considérée comme une « contrefaçon », contrairement à celle des femmes cisgenres (qui vivent un alignement entre leur sexe physique et le genre auquel elles ont le sentiment d’appartenir).

    Alors, « qu’est-ce qu’être une femme ? », nous demandent souvent celleux qui invalident les femmes trans (la question des hommes trans étant complètement évacuée). Pour moi qui suis une femme cis, les mots « femmes » et « hommes » sont, au sein de la société hétéropatriarcale dans laquelle on évolue, une manière de distinguer et d’opposer des êtres humains, selon des caractéristiques sexuelles stéréotypées. Mais creusons le sujet : qu’est-ce qu’être une femme ?

    « En tant que féministe, j’aspire à un monde où l’on finira par dépasser l’idée que la biologie est une destinée, par reconnaître le fait que les différences majeures qui existent entre les femmes et les hommes, dans notre société, ne sont que les fruits des représentations inégales que l’on projette sur le corps des autres2. »

    Certes, être une femme repose en partie sur le fait d’avoir une vulve. Notre capacité à enfanter a vraisemblablement justifié l’exploitation et l’appropriation de nos corps depuis la nuit des temps, ainsi que le montrent les études de Françoise Héritier. Mais cette définition essentialiste (vulve = femme) entraîne l’exclusion de certaines femmes : où situer celles qui sont stériles, sans vagin ou sans règles ? Où situer les personnes intersexes qui ont des chromosomes XX mais pas de vagin ? Et, puisque je n’ai jamais voulu être mère et que, depuis des années, je n’ai plus de règles grâce à mon implant contraceptif, suis-je quand même une femme ? Quid des femmes qui ont choisi la stérilisation par la ligature des trompes ? Par ailleurs, utiliser seulement cet argument essentialiste pour nous définir ne revient-il pas à accepter que les organes génitaux soient un outil de différenciation (femme homme), d’assujettissement des femmes, ce qui est aux fondements de notre société hétéropatriarcale ? En fin de compte, est-ce que nous avons envie d’être résumées à notre vulve, cet organe qui a justement justifié notre soumission durant des millénaires ?

    « À chaque instant, on classifie comme femme ou homme chaque individu que l’on croise en nous basant simplement sur un petit nombre d’indices visuels et sur une tonne de suppositions et d’idées reçues3. »

    Être une femme, c’est aussi une expérience sociale, c’est la manière dont nous interagissons avec les autres. Ainsi que le rappelle Julia Serano, nous élaborons en permanence des hypothèses sur le genre et le sexe des gens que nous rencontrons, que nous côtoyons ou même que nous apercevons seulement de très loin. Ce réflexe d’assignation purement subjectif, systématique, instantané et inconscient, que l’autrice appelle le « genrement », se fait essentiellement à partir des caractères physiques secondaires (la silhouette, les cheveux, la pilosité) et par l’expression de genre (vêtements, comportements), sans qu’on puisse jamais voir les organes génitaux ni connaître les chromosomes de l’interlocuteurice. À partir des hypothèses qu’on émet (« est-ce une femme, un homme ? »), on adopte inévitablement un certain comportement vis-à-vis de la personne (« est-ce mon alliée, mon ennemi, mon futur amant ? »). Si j’adoptais une logique essentialiste (femme = vulve, homme = pénis), que se passerait-il si je découvrais, plusieurs semaines après avoir commencé à côtoyer une personne que j’avais identifié comme une femme, qu’elle est transgenre et qu’elle a potentiellement un pénis ? Ne serait-elle donc plus une femme à mes yeux ? De quel droit puis-je lui attribuer un genre, et le changer comme je veux ?

    Puisque nous passons notre temps à genrer tout le monde, toutes les femmes, que nous nous définissions comme cis ou trans, vivent socialement le genre féminin, et subissent les discriminations qui vont avec. Lorsque nous sommes perçues par les autres comme des femmes, et quels que soient nos organes génitaux, nous subissons toutes, à des degrés divers, le sexisme ordinaire, la sexualisation de nos corps, le harcèlement de rue, les violences physiques et psychologiques liées à notre genre, les inégalités de revenus et d’accès à l’emploi. Certes, dès le plus jeune âge, les femmes cis sont conditionnées, éduquées, à se conformer aux comportements stéréotypés (passives, soumises, fragiles, douces, maternelles), et sont victimes de la condition féminine. Mais, à partir du moment où les femmes trans vivent pleinement leur identité féminine, que ce soit à l’adolescence ou à l’âge adulte, elles se socialisent en tant que femmes et doivent vivre avec les discriminations qui vont avec. Faut-il avoir été perçue comme une femme dès l’enfance pour « avoir le droit » d’en être une ? Faut-il avoir coché toutes les cases des violences sexistes pour être une femme ? N’y a-t-il pas suffisamment d’éléments discriminants qui nous unissent toutes, femmes cis et femmes trans ?

    Par ailleurs, pour les femmes trans, les discriminations en tant que femmes et en tant que personnes trans s’additionnent, voire s’amplifient. C’est ce que l’autrice appelle la transmisogynie. Le taux de harcèlement, d’agressions, de meurtres et d’exclusion sociale et économique semble effectivement particulièrement élevé chez les femmes trans. Lorsqu’une femme trans ne « passe » pas en tant que femme, va-t-elle être traitée respectueusement comme un homme, comme un égal (par exemple, par le harceleur dans la rue), ou plutôt comme un monstre, un malade mental ? Il n’y a clairement pas de privilège masculin pour les femmes trans.

    Le mot « femme » est donc aussi un moyen de nommer la classe sociale dominée dans laquelle je me reconnais et de dénoncer l’hétéropatriarcat qui affecte nos vies à divers degrés (c’est ce qu’on appelle le féminisme matérialiste) ; car, comme beaucoup, ce mot m’a longtemps semblé trop connoté, trop lourd pour que je me l’approprie, mais c’est finalement l’expérience intime des injustices et des violences sexistes qui m’a permis de me l’approprier.

    « La seule chose que toutes les femmes partagent, c’est le fait d’être perçues en tant que femmes et d’être traitées comme telles4. »

    Il me semble qu’être une femme, c’est tout ça à la fois : un constat biologique, un ressenti intime difficile à décrire et incontestable, ainsi que l’appartenance à une classe sociale dominée. Pour s’opposer au patriarcat, le féminisme ne peut qu’embrasser les différents courants de la lutte pour les droits des femmes et pour la reconnaissance du droit au bonheur de toutes et de tous, hors de la binarité et des carcans. Nous pouvons former un ensemble hétérogène sans pour autant effacer les spécificités des unes et des autres. Plus nous dresserons de barrières entre nous, plus nous produirons une communauté crispée, intolérante et inefficace dans nos luttes.

    « Tu dois te conformer à la vision que le docteur se fait de la femme, et qui n’est pas forcément la tienne5. »

    La transidentité n’est pas le produit d’une démarche libérale visant à modeler comme bon nous semble le corps jugé insatisfaisant, avec la complicité des technologies de pointe. Certes, dans notre rapport à soi, au temps, au monde, aux choses, nous sommes toutes et tous le produit du capitalisme, qu’on l’admette ou non. La société a tout marchandé, même nos corps. Mais, d’après mes recherches, la transidentité a existé à différentes époques et dans différentes cultures, bien avant qu’il soit possible d’avoir recours à des opérations chirurgicales : les transitions ont existé avant les chirurgies de réassignation. Visiblement, de tous temps, des personnes ont navigué d’un genre à l’autre, même si l’histoire officielle les a gommées. Selon Julia Serano, loin d’encourager les transitions, les personnels soignants cis ont limité l’accès aux soins aux personnes correspondant le plus aux stéréotypes de genre et les plus susceptibles de « passer » au milieu des personnes cis, ce qui a longtemps contribué à invisibiliser la transidentité et à faire passer au second plan le bien-être des personnes trans.

    « La fascination des médias et du public pour la féminisation des femmes trans n’est qu’une conséquence de leur façon de voir et de sexualiser les femmes en général6. »

    Selon Julia Serano, la focalisation sur la manière dont les femmes trans vivent leur féminité fait d’elles des objets d’étude (ou pire, des bêtes de foire), ce qui justifierait qu’on les analyse sous toutes les coutures et qu’on essaie de comprendre pourquoi elles « existent ». L’autrice s’appuie sur plusieurs exemples de films et de reportages afin de montrer qu’il y a une obsession pour le processus de transformation physique (les traitements et les chirurgies) et la mise en beauté des femmes trans (vêtements, coiffure, maquillage). Cette obsession, cette curiosité voyeuriste (surtout envers les personnes ayant transitionné très récemment ou en cours de transition), discréditent les femmes trans en artificialisant et hypersexualisant leur féminité et en les renvoyant constamment au genre qui leur avait été assigné à la naissance. Certes, les femmes cis ont toujours été contrôlées, jugées, réprimandées par la société (« sa jupe est trop courte » ; « elle ne devrait pas porter le voile » ; « elle est trop maquillée » ; « elle s’exprime de manière trop vulgaire pour une femme »), mais visiblement les femmes trans sont encore plus passées au crible, surtout à une époque où tout le monde se sent obligé de dire son avis sans prendre garde à respecter ceux des autres (coucou les réseaux sociaux).

     « Ma féminitude est si implacable qu’elle a survécu à plus de trente années de socialisation masculine et à vingt ans d’empoisonnement à la testostérone7. »

    L’autrice explique que son processus de transition a été l’exacte antithèse d’une tentative d’intégration à une féminité fantasmée. Dans son cas, elle avait la connaissance intime d’être une femme et de devoir transitionner, malgré la pression sociale écrasante pour qu’elle vive en tant qu’homme. Elle avait plutôt l’impression de quitter le monde connu de la masculinité pour découvrir, peu à peu, quel genre de femme elle allait devenir. On entend souvent que les femmes trans « imitent » la féminité. Mais c’est oublier que l’édification intime de notre expression de genre (comme le style vestimentaire, la coiffure, le maquillage) s’est faite par le tâtonnement et l’imitation, que ce soit dès l’enfance pour les femmes cis, ou plus tard pour les personnes trans. Minimiser cette étape, la naturaliser chez les personnes cisgenres, cela revient à l’exacerber et à l’artificialiser chez les personnes trans qui la vivent généralement plus tard dans leur vie. Qui d’entre nous n’a pas essayé toutes sortes de maquillages et de tenues, de manière plus ou moins bien avisée, avant d’adopter un style qui nous convient ? 

    « À partir du moment où l’on défend l’idée qu’il existe des différences essentielles entre les femmes et les hommes, on poursuit un raisonnement qui finira inévitablement par réfuter les idéaux féministes au lieu de les défendre8. »

    Si les femmes trans embrassent trop les stéréotypes féminins, on dira qu’elles en font trop, que leur féminité manque d’authenticité . Si elles « passent » trop bien, les hommes cis se sentiront piégés par cette féminité « trompeuse ». On leur reproche aussi de renforcer les stéréotypes de genre. Pourtant, on pourrait dire la même chose de toutes les femmes cis qui ne sortent jamais de chez elles sans un kilo de fond de teint ou qui se blanchissent la peau, qui sont quasi handicapées par leurs talons aiguilles et leurs faux ongles de 3 cm, qui font des UV toutes les semaines ou qui ont arrêté de manger pour ne pas grossir, ou qui ne se perçoivent qu’à travers le désir masculin dopé à la pornographie misogyne et brutale. Ce type de comportement, parfois destructeur, n’est-il pas une façon de s’hyper-conformer à la définition de la féminité occidentale (pour ne prendre que cet exemple) ? D’une manière bien plus générale, vu comment la société peut broyer les personnes atypiques, la tendance au conformisme n’est-elle pas une manière bien compréhensible de se protéger, de chercher un compromis entre les attentes des autres et son propre bien-être ? Chaque personne négocie à sa façon avec des injonctions parfois contradictoires. Chacun·e d’entre nous résiste différemment aux stéréotypes, et cette résistance peut évoluer au cours de la vie. Plutôt que d’incriminer celleux qui s’évertuent le plus à coller aux stéréotypes, on devrait interroger la puissance des représentations dans l’art, la culture et les médias.

    En revanche, si les femmes trans ne se montrent pas assez « féminines », si elles osent affirmer un trait de caractère ou des goûts plutôt considérés comme masculins, elles sont sans cesse renvoyées à leur masculinité, comme s’il émanait de leur pénis (lorsqu’elles n’ont pas procédé à une chirurgie de réassignation sexuelle) une « énergie masculine » et oppressive (ce qui en dit long sur notre culture phallocentrée). Si elles ne « font pas assez d’efforts » pour « passer », on dira alors qu’elles ne sont pas des femmes, tout simplement.

    En fait, quoi qu’elles fassent, les femmes trans semblent toujours perdantes. Avec le processus de genrement, nous projetons constamment sur les autres nos représentations et nos préjugés sur les autres, que nous percevons comme des genres très différents et opposés, rigides et exclusifs. Chez les femmes trans, l’écart à la norme de genre ne semble pas toléré, mais le conformisme non plus.

    « Les femmes trans constituent probablement la minorité sexuelle la plus incomprise et décriée. Notre communauté a été systématiquement pathologisée par le corps médical et psychiatrique, mise en scène et ridiculisée par les médias, marginalisée par les organisations lesbiennes et gaies mainstream, exclue par certaines fractions du mouvement féministe et nous avons à de trop nombreuses reprises été les victimes de la violence des hommes qui nous considèrent quelque part comme une menace pour leur masculinité et leur hétérosexualité9. »

    Certains mouvements qui se disent féministes radicaux (que je qualifierais plutôt de retour au féminisme essentialiste et différencialiste) affirment que le transactivisme des femmes trans s’approprie les espaces, le vocabulaire et les luttes des femmes cisgenres en les silenciant, en les censurant, et en occupant le devant de la scène féministe. Pour ma part, je n’ai vu aucun exemple concret pouvant valider l’existence d’un transactivisme menaçant et qui serait l’expression déguisée du patriarcat. Mais cette peur de l’envahissement semble partir de l’idée selon laquelle tout homme pourrait revendiquer être une femme, opérer une « transition à la carte », « du jour au lendemain », dans le but de nuire aux femmes cis. Or, de ce que je perçois, les personnes trans ne choisissent pas de transitionner, elles le font parce que c’est le seul moyen pour elles de trouver leur place dans le monde, de vivre en accord avec elles-mêmes et de s’épanouir ainsi. Elles transitionnent en dépit des années d’éducation dans le genre assigné à la naissance, elles transitionnent en dépit du tabou, des difficultés à assumer la transidentité, du long parcours et de la pathologisation médicale pour y arriver. Elles transitionnent en dépit des ruptures familiales et amicales, des discriminations professionnelles et institutionnelles. Il me semble qu’il n’y a pas de lubie, de stratégie ou de calcul, mais plutôt une quête vers l’épanouissement personnel.

    Il me semble que faire du transactivisme une menace, au même titre que les féminicides, les violences sexuelles, l’exploitation, la prostitution, c’est s’attaquer à des personnes vulnérables et des alliées, c’est une façon de les assigner à tout jamais à une masculinité généralement toxique, c’est finalement retourner contre elles le système oppressif sous prétexte de vouloir l’abolir.

    « Nous transitionnons d’abord et avant tout pour nous-mêmes et pour nous sentir bien dans notre corps10. »

    J’en viens donc à la question qui me paraît fondamentale : qui sommes-nous pour juger les autres ? Qui sommes-nous pour valider ou invalider les ressentis des autres ? De qui doit-on avoir l’aval pour être une femme ? La transmisogynie attise les haines et tue. Ne pouvons-nous pas travailler main dans la main, chacune avec ses spécificités et ses sensibilités, pour lutter contre les différents aspects du système d’oppression que constitue l’hétéropatriarcat ?

    « Dans les yeux des femmes trans, je vois une sagesse qui ne peut que provenir du fait d’avoir eu à se battre pour être reconnue en tant que femme, une force brute qui ne peut que provenir du fait d’avoir eu à affirmer fièrement son droit à être femme dans ce monde inhospitalier11. »

    Lisez aussi

    Essais

    Une culture du viol à la française Valérie Rey-Robert

    Non, le masculin ne l'emporte pas sur le féminin ! Éliane Viennot

    Tirons la langue Davy Borde

    Le Deuxième Sexe 1 Simone de Beauvoir

    Beauté fatale Mona Chollet

    Le Ventre des femmes Françoise Vergès

    Ceci est mon sang Elise Thiébaut

    Masculin/Féminin 1 Françoise Héritier

    Libérées Titiou Lecoq

    Non c'est non Irène Zeilinger

    Nous sommes tous des féministes Chimamanda Ngozi Adichie

    Pas d'enfants, ça se défend ! Nathalie Six (pas de chronique mais c'est un livre super !)

    Littérature et récits

    Le Chœur des femmes Martin Winckler

    Une si longue lettre Mariama Bâ

    L'Œil le plus bleu Toni Morrison

    Le Cantique de Meméia Heloneida Studart

    Instinct primaire Pia Petersen

    Histoire d'Awu Justine Mintsa

    Une femme à Berlin Anonyme

    Bandes dessinées

    Camel Joe Claire Duplan

    1. Page 12. -2. Page 48. -3. Ibid. -4. Page 52. -5. Page 80. -6. Page 40. -7. Page 184. -8. Pages 47-48. -9. Page 12. -10. Page 138. -10. Pages 117-118.

    Manifeste d’une femme trans et autres textes

    Julia Serano

    Traduit par

    Éditions Cambourakis

    2020

    208 pages

    22 euros

    Et voici l'édition poche chez tahin party :

    Manifeste d'une femme trans Julia Serano Bibliolingus tahin party

    Bibliolingus

    Partager via Gmail Delicious Yahoo! Google Bookmarks Pin It

    4 commentaires
  • moi les hommes je les déteste pauline harmange bibliolingus

    Moi les hommes, je les déteste
    Pauline Harmange
    Éditions Monstrograph
    2020

     

     

     

    « Tous les hommes ne sont peut-être pas des violeurs, mais quasiment tous les violeurs sont des hommes — et quasiment toutes les femmes ont subi ou subiront des violences de la part des hommes1. »

    Notre féminisme (pas celui qu’on nous vend, en mode « circulez, y a rien à voir, en France les femmes ont obtenu l’égalité ») naît des violences plus ou moins banalisées que nous subissons depuis toujours au sein d’une société hétéropatriarcale. Pour rappel, en 2019, 149 femmes sont mortes assassinées par leur compagnon ou ex-compagnon. Chaque année, plus de 50 000 femmes sont victimes de viol et 370 000 de tentatives de viol ; plus de 500 000 femmes majeures sont victimes de violences sexuelles de toute nature, sans parler de la pédocriminalité. Si vous aviez plusieurs heures à me consacrer, je pourrais aussi longuement traiter des discriminations au travail et de la précarisation, de la charge mentale et du travail bénévole des femmes à la maison, du harcèlement de rue et du sexisme ordinaire, du droit à disposer de nos corps qui est toujours menacé.

    Les faits sont là. De ces statistiques, de ces études, des articles de journaux, des livres, de nos expériences en tant que femmes découlent une évidence : le problème, ce sont les hommes et leur masculinité toxique. Si bien que la méfiance généralisée envers les hommes relève, comme le dit si bien Pauline Harmange, d’un principe de précaution. En somme, d’une défense bien légitime. Combien de femmes n’ont pas été au mieux déçues, au pire brutalisées par un homme ?

    « La misandrie n’est-elle pas totalement contre-productive ? Ne dessert-elle pas notre cause, en prouvant à nos adversaires et contradicteurs que nous sommes bien les hystériques mal-baisées, irrationnelles et vindicatives que sont forcément les féministes2 ? »

    Certes, les hommes ne sont pas tous misogynes, mais, puisque tous les auteurs des violences faites aux femmes sont des hommes, puisqu’on invisibilise la responsabilité masculine en parlant toujours de « violences faites aux femmes », puisqu’on inculpe toujours les victimes d’agressions sexuelles (comment était-elle habillée ? l’a-t-elle cherché ?), il est nécessaire de rendre visibles l’oppression masculine, ainsi que son caractère politique, sociétal, systémique, généralisé, et d’invoquer la misandrie comme une maxime défensive. La misandrie vient d’une colère libératrice et justifiée.

    Quant aux hommes, ce n’est pas la peine de vous offusquer d’une telle généralisation, ni de dire que vous n’êtes pas comme ça, de tout rapporter à vous, surtout depuis que de nombreuses femmes témoignent avec courage des souffrances qu’elles ont subies, et qui sont sans commune mesure avec vos questionnements sur la manière d’aborder les femmes après le mouvement émancipateur #metoo. Agissez d’égale à égal avec celles qui vous entourent, écoutez les témoignages des femmes courageuses et des survivantes, profitez des espaces de parole qui vous sont proposés pour les donner aux militantes féministes qui en sont privés, et militez pour la déconstruction de la masculinité, laquelle est néfaste même pour vous (j’y reviendrai dans ma chronique du Sexisme, une affaire d’hommes de Valérie Rey-Robert).

    « On a fait miroiter longtemps aux femmes que leur épanouissement ne pouvait se faire que par l’intervention d’un homme quand bien même il serait insensible, fainéant et globalement insignifiant : tout, plutôt que d’être seule3. »

    La misandrie est la clé de notre émancipation, c’est une « manière de dire non à chaque respiration4 ». Pour moi, la misandrie, c’est se passer du regard des hommes, de leurs jugements, de leurs opinions. Depuis toujours, nous sommes éduquées à être dépendantes d’eux, à vouloir leur plaire, à désirer des relations avec eux, à supporter leurs défauts et à nous sacrifier pour eux (coucou la charge mentale).

    Pour moi, c’est ne plus vouloir être l’objet du désir masculin, ne plus me considérer comme quelque chose qui doit être admiré et validé par le regard masculin, ne plus répondre aux mille injonctions qui nous contraignent (être de bonnes mères, de bonnes compagnes, de bonnes travailleuses). On passe beaucoup de temps à être une « meilleure » version de nous-mêmes, à nous perfectionner, à nous remettre en question, alors que les hommes paraissent bien souvent arrogants, paresseux et confortablement installés dans leurs certitudes et leur situation.

    C’est ne plus mettre les hommes sur un piédestal, qu’ils ne méritent pas d’ailleurs. La vérité, c’est que nous n’avons pas besoin d’eux pour nous construire, et que nous sommes souvent bien plus heureuses sans eux… et entre nous. C’est peut-être cela qui effraie le plus les masculinistes, qui voient le contrôle masculin diminuer. Pourtant, ne pas avoir beaucoup d’estime pour les hommes n’est pas quelque chose de dangereux, contrairement à la misogynie, au sexisme et à l’hétéropatriarcat qui forment un système de domination. Qu’avons-nous fait aux hommes pour qu’ils nous détestent, nous agressent et nous tuent ? 

    « Non, mon amoureux n’est pas parfait. Il ne me viole pas et ne me frappe pas, il fait la vaisselle, passe l’aspirateur et me traite avec le respect que je mérite. C’est ça, être parfait ? Ou bien est-ce la moindre des choses ? Les standards sont-ils tellement bas que les hommes peuvent s’en tirer à bon compte? »

    À plusieurs égards, le parcours de Pauline Harmange semble proche du mien, c’est pourquoi j’ai longtemps attendu la parution de son ouvrage. Même si je me sentais féministe depuis l’adolescence, je n’ai véritablement exploré le féminisme que lorsque j’étais avec mon compagnon. Même s’il m’exaspère parfois, il me rend heureuse depuis dix ans. Nos visions du monde coïncident, c’est l’homme de ma vie, c’est viscéral et évident, et rien ne semble pouvoir nous séparer. Mais, comme l’autrice, si je me retrouvais seule un jour, je ne me verrais pas vivre une relation sérieuse, profonde et épanouissante avec une personne qui n’a pas questionné son éducation de garçon. Bien sûr, j’ai noué des liens enrichissants avec d’autres hommes de mon entourage , mais ces relations sont moins intenses que la réciprocité, la sororité que je partage avec les femmes de ma vie.

    Rencontre avec le livre

    Comme on pouvait largement s’y attendre, la parution de cet ouvrage il y a deux semaines n’a pas tardé à provoquer les attaques des masculinistes, rien qu’à l’énonciation du titre. Toutefois, on ne pouvait espérer mieux comme effet Streisand que les menaces de Ralph Zurmély, chargé de mission au ministère délégué à l’égalité femmes-hommes, pour faire la publicité d’un ouvrage publié par une minuscule maison d’édition associative inconnue du grand public !

    Pauline Harmange a l’immense mérite de coucher sur le papier certaines vérités, pourtant évidentes, mais qui en font trembler encore beaucoup. Critiquer la masculinité, s’affranchir du regard masculin, même dans la France de 2020, peut s’avérer dangereux. Pourtant, il me semble indispensable de montrer à quel point c’est la masculinité qui est problématique, afin de mettre les hommes face à leur culpabilité. Nous cesserons d’être misandres le jour où les comportements auront changé, le jour où nous n’aurons plus à rester sur nos gardes en présence d’un homme, qu’il soit inconnu ou familier, dans un métro ou dans une pièce fermée.

    Gageons que ce petit ouvrage, d’une très belle fabrication, avec un beau papier et une maquette soignée (déformation professionnelle), suscite la sororité, l’adelphité, et encourage les hommes à questionner la masculinité.

    Lisez aussi

    Essais

    Une culture du viol à la française Valérie Rey-Robert

    Non, le masculin ne l'emporte pas sur le féminin ! Éliane Viennot

    Tirons la langue Davy Borde

    Le Deuxième Sexe 1 Simone de Beauvoir

    Beauté fatale Mona Chollet

    Le Ventre des femmes Françoise Vergès

    Ceci est mon sang Elise Thiébaut

    Masculin/Féminin 1 Françoise Héritier

    Libérées Titiou Lecoq

    Non c'est non Irène Zeilinger

    Nous sommes tous des féministes Chimamanda Ngozi Adichie

    Manifeste d'une femme trans Julia Serano

    Pas d'enfants, ça se défend ! Nathalie Six (pas de chronique mais c'est un livre super !)

    Littérature et récits

    Le Chœur des femmes Martin Winckler

    Une si longue lettre Mariama Bâ

    L'Œil le plus bleu Toni Morrison

    Le Cantique de Meméia Heloneida Studart

    Instinct primaire Pia Petersen

    Histoire d'Awu Justine Mintsa

    Une femme à Berlin Anonyme

    Bandes dessinées

    Camel Joe Claire Duplan

    1. Page 38. -2. Page 30. -3. Page 64. -4. Page 12. -5. Pages 23-24. -6. Page 19.

     

    Moi les hommes, je les déteste

    Pauline Harmange

    Éditions Monstrograph

    2020

    96 pages

    12 euros

    Bibliolingus

     

    Partager via Gmail Delicious Yahoo! Google Bookmarks Pin It

    1 commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique