• Libertalia Martin Hirsch Bibliolingus

    Rentree litteraire 2015 Bibliolingus

     

     

     

    Libertalia
    Mikaël Hirsch
    Éditions Intervalles
    2015

     

    En un mot

    En 1872, Baruch et Alphonse quittent l’Alsace, récemment devenue allemande, pour vivre sur le territoire français. Jeunes et vibrants de justice sociale, ils aspirent à fonder une nouvelle Libertalia.

     

    « Un homme nouveau, débarrassé du passé, des traditions et de la foi1. »

    Baruch et Alphonse se sont rencontrés sur les routes d’Alsace. L’un est artisan, l’autre géographe, et tous deux sont en route pour la France, alors tout juste amputée de l’Alsace et de la Lorraine.

    Leur voyage est décisif, car en partant pour Paris, ils décident de ne pas être allemands, mais bel et bien français. En rupture avec leurs origines, ils laissent derrière eux leur famille et s’affranchissent de leur communauté et de leurs traditions.

    Vibrants de justice sociale, ils rêvent de pouvoir fonder une nouvelle Libertalia, cette communauté égalitaire malgache fondée par des pirates. Cette communauté a-t-elle réellement existé ? Est-elle réalisable ailleurs ?

    « Tu vois, l’histoire est pleine de pays disparus, de civilisations englouties et de rêves brisés. L’Alsace n’est plus, mais je crois qu’une nouvelle Libertalia est possible, ici ou ailleurs, et je compte bien m’y rendre un jour ou la bâtir de mes propres mains, s’il le faut2. »

    Avec la fougue de leur jeunesse, ils se lancent dans des projets à la hauteur de leurs ambitions et de leurs rêves. Ils réaliseront de grandes choses à travers le monde, à commencer par la statue de la liberté aux côtés d’Auguste Bartholdi.

    Libertalia raconte leur parcours, leurs rêves, leurs désillusions, avec pour toile de fond le mythe de Libertalia.

    « Tendus qu’ils étaient vers l’avenir et ses promesses, ils sentaient confusément que quelque chose d’innommable avait pris fin, mais sans savoir encore qu’il s’agissait de leur jeunesse3. »

     

    Pour finir

    Ce roman, bien que faisant 140 pages, est limpide et dense à la fois. Il embrasse des thématiques profondes et qui me sont chères. A force de vouloir s’éloigner de ses origines et de ses parents, ne finit-on pas par y revenir malgré nous ? Qu’est-ce que le libre arbitre ? Sous couvert d’indépendance, ne recherche-t-on pas l’errance, le voyage comme une fin en soi ? le détachement bienheureux, pour ne pas s’investir, devenir responsable ?

    « Il avait cru échapper à la claustrophobie identitaire en embrassant la modernité, la laïcité, la République et le progrès, mais il avait désormais l’impression que la vie l’avait pis au piège et que tout désir de changement s’avérait illusoire4. »

    Est-ce obligé qu’avec le passage à l’âge adulte viennent les compromissions, les regards en arrière, et les rêves qui se transforment en illusion ? Qui d’entre nous n’est pas mû par le désir viscéral du changement ? Pourquoi lutter pour des idées qui nous dépassent, qui ne se concrétiseront pas avant notre mort ? Nous sommes des générations et des générations de jeunes à nous poser cette question sans réponse, cette question que nous confierons à nos enfants lorsque la vieillesse nous aura rompus.

    Ce roman raconte aussi leur longue amitié vieillissante et les difficultés à garder un point d’appui dans le cœur de l’autre, malgré les années qui passent et les expériences qui diffèrent. La fin est un twist déchirant, comme une baffe en plein dans la gueule des personnages.

    Au-delà de l’humanité du texte, Libertalia est un texte documenté qui joue de l’actualité de l’époque. Avec le mythe de la civilisation égalitaire, partie d’une poignée d’individus, fait écho au colonialisme et à la suprématie française perçus comme « normaux » par ses contemporains. On ressent cette époque où la conquête de territoire permet encore de croire au mythe de la civilisation idéale, préservée de tout. Amateurs de Paris, vous trouverez aussi de belles descriptions du Paris ancien et foisonnant : un régal !

    Chez Mikaël Hirsch, on sent une manière paisible de poser les mots, qu’autorise la confiance et l’assurance en son pouvoir d’écriture. Les mots sont même trop bien ajustés à sa pensée, trop précis, trop bien dits (ce n’est pas la première fois que je dis cela d’un auteur !), mais il écrit à la manière d’une balade tranquille ; on passe d’un personnage à l’autre, dans une chronologie floue mais pas dérangeante. L’immersion dans les trois premiers chapitres est un peu difficile, voire ennuyeuse, mais le roman prend tout son sens à partir du quatrième chapitre.

    Libertalia, un bon roman publié par les éditions indépendantes Intervalles, très humain, est dédié à ceux qui rêvent du changement, à ceux qui ont l’ambition de laisser quelque chose au monde dans la postérité. Un roman qui me laisse un peu triste, par égard pour mes propres rêves de jeunesse.

     

    Merci aux éditions Intervalles de m’avoir offert cet ouvrage en toute confiance.

    1. Page 77. -2. Page 17. - Page 48. -4. Page 77.

     

    Libertalia
    Mikaël Hirsch
    Éditions Intervalles
    2015
    144 pages
    15 euros

    Bibliolingus

     

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  • Jusqu'ici tout va bien Collectif Bibliolingus

    Jusqu’ici tout va bien
    12 nouvelles sur la phobie
    Collectif
    aNTIDATA
    2013

     

    En un mot

    Mécanonumismatophobie, aviophobie, gallinophobie, phanérophobie… Voilà 12 courtes nouvelles, tantôt graves, tantôt drôles, sur le thème passionnant de la phobie.

     

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    à l’abri des regards

    Arturo Padagoy, au physique assez disgracieux (comprenez aussi « gras »), est un geek et un porn addict, mais là ne sont pas ses seuls défauts, car il a aussi la phobie des automates. Contraint par sa mère d’aller faire une course (ah oui, il est aussi affreusement tanguy), il se retrouve attaqué par deux types qui veulent lui soutirer du fric à un distributeur. Mal leur en a pris, car ils n’imaginent pas du tout sur qui ils sont tombés !

    Pour finir

    Ces nouvelles sont très réussies, d’autant plus quand on sait combien l’exercice littéraire est périlleux. Ce recueil réunit des textes de moins de 15 pages bâtissant un univers, une ambiance, des situations tantôt rocambolesques ou étranges, tantôt déjantées ou dramatiques, avec une bonne chute, sans oublier une touche d’humour ou de gravité. Le must ici, c’est bien l’humour — exercice difficile en soi — car les auteurs semblent ne pas se prendre au sérieux et se faire plaisir dans l’écriture de ces textes barrés, une manière intelligente de tenir à distance nos peurs, comme... un antidote.

    Mais il n’ y a pas que les auteurs qui ne manquent pas d’humour, car les éditions aNTIDATA, spécialistes de la nouvelle, se distinguent toujours par l’originalité de leurs ouvrages : dans ce recueil, les auteurs sont présentés par une fiche patient, avec le motif d’admission (la phobie en question), les antécédents (la bibliographie) et la durée du traitement (le nombre de pages de la nouvelle).

    Voilà un recueil sympathique sur un thème attirant et inépuisable qui donne envie d’écrire sur ses propres phobies !

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    Jusqu’ici tout va bien
    12 nouvelles sur la phobie
    Sébastien Gendron, Stéphane Monnot, Olivier Boile, Christophe Ségas, Ludmila Safyane, Laurent Banitz, Frédérique Trigodet, Gilles Marchand, Bertrand Bonnet, X, Marie Lelièvre, Hélène Frank
    aNTIDATA
    2013
    166 pages
    11,50 euros

    Bibliolingus

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