• Booming Mika Biermann Bibliolingus

    Rentree litteraire 2015 Bibliolingus

     

     

     

    Booming
    Mika Biermann
    Éditions Anarchasis
    2015

     

    En un mot

    En 1840 au Far-West, Lightouch et Conchi se rendent à Booming, un village étrange où tout s’est figé dans le temps, et pendant un duel en plus.

     

    « Personne ne va jamais à Booming1. »

    Lightouch à la dégaine anglaise et Conchi le colombien (que tout le monde prend pour un mexicain) sont deux compagnons de route amis et fidèles. Ils décident de se rendre à Booming, un petit village perdu où personne ne va, pour retrouver la femme de Conchi qui s’est enfuie avec Kid Padoon qui fait régner la terreur dans le village.

    Une fois arrivés, ils se rendent compte que quelque chose cloche, et pour cause ! Tout le village est figé dans le temps, et sur la grande avenue deux cowboys se font face, en plein duel inachevé, avec une balle sortie du canon et suspendue dans le vide, à mi-chemin entre les deux hommes… Mais ce n’est pas tout ! Ce n’est que le début d’une aventure multipliant les dimensions parallèles et les voyages dans le temps.

     

    Pour finir

    Booming est un roman étonnant, une sorte de western fantastique et comique qui multiplie les dimensions parallèles, les accélérations et les retours en arrière. Certes, il faut s’accrocher, avoir une lecture attentive pour observer les détails pour comprendre ce qui se passe lorsque le temps se dilate ou se ramasse à l’extrême selon le bon vouloir de l’écrivain. Le rythme est soutenu par une succession de passages très courts, alternant les points de vue des personnages − rythme qui d’ailleurs montre une certaine expérience de l’écriture et du récit. Je me suis prise au jeu, car j’ai particulièrement aimé la liberté et la légèreté de l’auteur et ses retournements de situation surprenants, et j'aime quand l'auteur attend une attention véritable du lecteur.

    Les personnages sont drôles et les dialogues vifs et cocasses dignes d’un film plus que d’un livre. Lightouch et Conchi, unis par une amitié forte (qui, vous le devinez, sera mise à l’épreuve du temps), sont entourés d’une flopée de personnages tout droits sortis d’un western. Ce roman captivant, à la croisée des genres et particulièrement cinématographique, est publié par les éditions Anarchasis, d'ailleurs peu connues parce qu’elles sortent franchement des sentiers battus.

    1. Page 11.

     

    Booming
    Mika Biermann
    Éditions Anarchasis
    2015
    144 pages
    15 euros

    Bibliolingus

     

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  • Libertalia Martin Hirsch Bibliolingus

    Rentree litteraire 2015 Bibliolingus

     

     

     

    Libertalia
    Mikaël Hirsch
    Éditions Intervalles
    2015

     

    En un mot

    En 1872, Baruch et Alphonse quittent l’Alsace, récemment devenue allemande, pour vivre sur le territoire français. Jeunes et vibrants de justice sociale, ils aspirent à fonder une nouvelle Libertalia.

     

    « Un homme nouveau, débarrassé du passé, des traditions et de la foi1. »

    Baruch et Alphonse se sont rencontrés sur les routes d’Alsace. L’un est artisan, l’autre géographe, et tous deux sont en route pour la France, alors tout juste amputée de l’Alsace et de la Lorraine.

    Leur voyage est décisif, car en partant pour Paris, ils décident de ne pas être allemands, mais bel et bien français. En rupture avec leurs origines, ils laissent derrière eux leur famille et s’affranchissent de leur communauté et de leurs traditions.

    Vibrants de justice sociale, ils rêvent de pouvoir fonder une nouvelle Libertalia, cette communauté égalitaire malgache fondée par des pirates. Cette communauté a-t-elle réellement existé ? Est-elle réalisable ailleurs ?

    « Tu vois, l’histoire est pleine de pays disparus, de civilisations englouties et de rêves brisés. L’Alsace n’est plus, mais je crois qu’une nouvelle Libertalia est possible, ici ou ailleurs, et je compte bien m’y rendre un jour ou la bâtir de mes propres mains, s’il le faut2. »

    Avec la fougue de leur jeunesse, ils se lancent dans des projets à la hauteur de leurs ambitions et de leurs rêves. Ils réaliseront de grandes choses à travers le monde, à commencer par la statue de la liberté aux côtés d’Auguste Bartholdi.

    Libertalia raconte leur parcours, leurs rêves, leurs désillusions, avec pour toile de fond le mythe de Libertalia.

    « Tendus qu’ils étaient vers l’avenir et ses promesses, ils sentaient confusément que quelque chose d’innommable avait pris fin, mais sans savoir encore qu’il s’agissait de leur jeunesse3. »

     

    Pour finir

    Ce roman, bien que faisant 140 pages, est limpide et dense à la fois. Il embrasse des thématiques profondes et qui me sont chères. A force de vouloir s’éloigner de ses origines et de ses parents, ne finit-on pas par y revenir malgré nous ? Qu’est-ce que le libre arbitre ? Sous couvert d’indépendance, ne recherche-t-on pas l’errance, le voyage comme une fin en soi ? le détachement bienheureux, pour ne pas s’investir, devenir responsable ?

    « Il avait cru échapper à la claustrophobie identitaire en embrassant la modernité, la laïcité, la République et le progrès, mais il avait désormais l’impression que la vie l’avait pis au piège et que tout désir de changement s’avérait illusoire4. »

    Est-ce obligé qu’avec le passage à l’âge adulte viennent les compromissions, les regards en arrière, et les rêves qui se transforment en illusion ? Qui d’entre nous n’est pas mû par le désir viscéral du changement ? Pourquoi lutter pour des idées qui nous dépassent, qui ne se concrétiseront pas avant notre mort ? Nous sommes des générations et des générations de jeunes à nous poser cette question sans réponse, cette question que nous confierons à nos enfants lorsque la vieillesse nous aura rompus.

    Ce roman raconte aussi leur longue amitié vieillissante et les difficultés à garder un point d’appui dans le cœur de l’autre, malgré les années qui passent et les expériences qui diffèrent. La fin est un twist déchirant, comme une baffe en plein dans la gueule des personnages.

    Au-delà de l’humanité du texte, Libertalia est un texte documenté qui joue de l’actualité de l’époque. Avec le mythe de la civilisation égalitaire, partie d’une poignée d’individus, fait écho au colonialisme et à la suprématie française perçus comme « normaux » par ses contemporains. On ressent cette époque où la conquête de territoire permet encore de croire au mythe de la civilisation idéale, préservée de tout. Amateurs de Paris, vous trouverez aussi de belles descriptions du Paris ancien et foisonnant : un régal !

    Chez Mikaël Hirsch, on sent une manière paisible de poser les mots, qu’autorise la confiance et l’assurance en son pouvoir d’écriture. Les mots sont même trop bien ajustés à sa pensée, trop précis, trop bien dits (ce n’est pas la première fois que je dis cela d’un auteur !), mais il écrit à la manière d’une balade tranquille ; on passe d’un personnage à l’autre, dans une chronologie floue mais pas dérangeante. L’immersion dans les trois premiers chapitres est un peu difficile, voire ennuyeuse, mais le roman prend tout son sens à partir du quatrième chapitre.

    Libertalia, un bon roman publié par les éditions indépendantes Intervalles, très humain, est dédié à ceux qui rêvent du changement, à ceux qui ont l’ambition de laisser quelque chose au monde dans la postérité. Un roman qui me laisse un peu triste, par égard pour mes propres rêves de jeunesse.

     

    Merci aux éditions Intervalles de m’avoir offert cet ouvrage en toute confiance.

    1. Page 77. -2. Page 17. - Page 48. -4. Page 77.

     

    Libertalia
    Mikaël Hirsch
    Éditions Intervalles
    2015
    144 pages
    15 euros

    Bibliolingus

     

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