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    Rentrée littéraire 2014 Bibliolingus

    Vongozero Yana Vagner 

      

     

    Vongozero

    Yana Vagner
    Éditions Mirobole
    2014

     

                                                      Merci à Libfly La Voie des indés 2014

     

     

    En un mot

    Dans ce roman post-apocalyptique russe où une maladie ultra contagieuse a tué une grande partie de la population mondiale, une poignée de survivants moscovites tente d’atteindre Vongozero, un lac septentrional coupé de toute civilisation.



    « Ça commence par des frissons,
    comme un rhume banal1 »

    Vivre la fin du monde chez les Russes, en plein hiver, voilà un roman qui démarre fort ! Une épidémie mortelle se propage à une vitesse folle ; en quelques jours, des milliers de morts sur toute la planète malgré les mises en quarantaine. La période d’incubation est très courte, et les symptômes sont ceux de l’état grippal : le nez qui coule, le corps plein de courbatures, puis, très vite, la mort dans tous les cas. Aucun infecté ne survit.



    « Maman est morte
    mardi 17 novembre2. »

    On campe dans la tête d’Anna, qui vit avec son mari et son fils dans la banlieue moscovite, dont la mère vient de mourir du virus. C’était juste avant que les lignes téléphoniques et qu’internet ne soient coupés. Juste après que son beau-père débarque pour quitter leur maison élégante et aérienne, tout en bois et baie vitrée.

    Les circonstances font qu’ils se retrouvent un petit groupe à fuir les endroits peuplés, en direction de Vongozero, un lac septentrional coupé de toute civilisation. C’est le début d’un long voyage difficile et dangereux, sur les routes enneigées de la Russie, à -20°C. À partir de maintenant, les règles sociales vont changer. Jusqu’où sommes-nous capables d’aller pour sauver sa peau ? Que feriez-vous à leur place ?

     

    « Allez, vas-y, dis-lui, qu’on s’amuse à compter tous ensemble pendant combien de temps nous aurons encore de l’essence si nous restons coincés ici, près de ce trou qui nous bloque le passage, de cette barrière infranchissable qui nous sépare de notre but, au milieu d’une étendue glacée et indifférente, sans le moindre feu à l’horizon. Peut-être que ce sera suffisant pour tenir jusqu’à la fin de la nuit et si ça se trouve pendant toute la journée de demain, après quoi nous commencerons à brûler nos affaires, les unes après les autres, rassemblées en un  misérable feu qui nous réchauffera à peine ; ensuite, on s’attaquera aux pneus, on enlèvera d’abord ceux d’une voiture, puis tous les autres y passeront, et ils dégageront une fumée noire, âcre et puante ; au bout du compte, à la toute fin, on arrachera les housses des sièges, parce qu’elles brûlent aussi et donnent de la chaleur, exception fait de celles du Land Cruiser, qui sont en cuir, ce qui signifie que Léonid et Marina gèleront avant les autres, oui, ces snobs de malheur, avec leur habitacle en peau… Horrifiée, je me surpris à rire, j’étais d’un calme absolu, effrayant, vidée de toute peur, habitée au contraire d’un sentiment de triomphe aussi irrationnel que stupide ; j’allais lever les yeux et leur lancerais : “Je vous l’avais bien dit, pas vrai ? Alors, qu’est-ce que vous avez à répondre ?3” »

     

    Pour finir

    Vongozero est un premier roman post-apocalyptique russe bien mené, plein de tensions, malgré quelques petits défauts. Prisonnier dans l’esprit d’Anna, nous ne pouvons que subir le convoi de voitures sur les routes dans l’instant présent, pratiquement sans aucune ellipse (d’où une certaine lenteur), sans avoir aucune idée de ce qui se passe ailleurs dans le monde.

    Ils ont tout quitté pour essayer de survivre et se jettent dans le monde infesté de malades et de guet-apens. Prisonniers de leurs voitures, seules barrières contre le monde, à 1000 km de leur objectif, leurs chances d’arriver sains à Vongozero sont maigres.

    La sensation d’isolement, la peur de l’inconnu, amplifiée par le récit à la première personne, ainsi que la terreur de la contamination, la lutte pour ne pas mourir de froid, pour trouver de l’essence et ne pas rester en rade...

    La promiscuité forcée aussi, puisque Anna se retrouve embarquée avec l’ex-femme et les amis de son mari, avec lesquels le courant n’est jamais passé. Anna, à laquelle on s’identifie facilement, s’efforce de cohabiter sans faire de vague, mais attend trop souvent que les hommes prennent des décisions.

    L’auteur a choisi de placer la tension dans la psychologie des rapports humains, et de laisser suggérer les visions d’horreur. Les montrer aurait été un plus, mais la force de ce roman est en effet de réunir des personnages au caractère bien dessiné, certains rustres et tous équipés de leurs fusils de chasse ‒ et petit clin d’œil, jamais contre un peu de vodka, surtout quand c’est la fin du monde. Les codes sociaux s’effritent d’autant plus vite que le petit groupe de survivants s’enfonce dans les contrées arriérées du nord de la Russie.

    Un premier roman qui a su créer une sorte de cocon post-apocalyptique russkoff réussi, qui se lit très vite et indépendamment du deuxième tome à venir (mais qui permettrait de faire évoluer un personnage passif). Vongozero est publié par les éditions Mirobole dont la ligne éditoriale est centrée sur la littérature urbaine et fantastique de pays peu édités en France, d’Europe de l’Est et du Nord, mais aussi de Turquie. Autant dire une manne de textes et d’ambiances inconnus des lecteurs français, cachés sous des couvertures bien faites !

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    1. Page 127.
    2. Incipit.
    3. Pages 311-312.

     

    Vongozero
    (titre original)
    Yana Vagner
    Traduit du russe par Raphaëlle Pache
    Éditions Mirobole
    Collection Horizons pourpres
    Septembre 2014
    480 pages
    22 euros 

    Bibliolingus

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  • Commentaires

    1
    Dimanche 28 Septembre 2014 à 07:46
    Sandrine

    300 pages lues : ennui abyssal, je ne pense pas aller au bout de cette lecture...

    2
    Dimanche 28 Septembre 2014 à 13:08

    Ah bon ! C'est dommage de ne pas finir ! J'ai aussi eu une longueur au milieu, comme je disais dans mon article, il tient à la décomposition extrême, sans ellipse, mais l'élan revient ensuite, quand on se rapproche du but.

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