• Bibliolingus rentrée littéraire 2013Instinct primaire Pia Petersen
     

    Instinct primaire

    Pia Petersen

    Nil éditions

    2013
    Masse critique Babelio

    Ni mariage ni enfants

    À quoi sert le mariage au fond ? C’est établir un contrat pour signifier à l’autre qu’il devient propriétaire de soi, c’est vouloir interdire l’autre d’aimer une autre personne que soi. Surtout, à quoi sert-il s’il est rompu si souvent et si facilement par le divorce ? Où sont les promesses d’éternité ? Et pourquoi avoir besoin de sacraliser l’amour ?

    Combien de femmes se posent-elles vraiment cette question : est-ce que je veux être mère ? et pour quelles raisons ?

    La contraception ne sert-elle qu’à choisir le moment d’enfanter ? N’est-ce qu’un simple calendrier hormonal ? Ne peut-on pas aspirer à une autre vie que celle d’être mère ?

    Imagine donc ! Tu aimes un homme marié ? tu es une salope, une voleuse d’hommes. Mais l’homme marié, s’il s’échappe un instant de son carcan, c’est qu’il n’est pas heureux dans son mariage.

    Tu ne veux pas te marier ? tu ne veux pas construire une famille, créer un foyer, tu seras une vieille fille.  

    Tu ne veux pas d’enfants ? tu es une femme aigrie et frigide, tu as quelque chose qui cloche car, enfanter, c’est naturel, tu ne seras pas une femme accomplie tant que tu n’auras pas été mère. Etre une femme accomplie, c’est devenir mère. Il faut dire que l’Etat français a beaucoup encouragé la natalité.

    Le pire, c’est le regard rapace des femmes sur toi qui exprime ouvertement le choix de ne pas vouloir d’enfant. Leur regard choqué, puis scrutateur, car elles ne peuvent pas comprendre ce que tu dis, tout simplement parce que tu n’entres dans aucune grille de lecture. On t’épie, on cherche des explications derrière chacun de tes arguments. Si tu es une jeune fille, ces mères te rétorqueront « tu es jeune, tu finiras pas changer d’avis » et balayent en une seconde ce que tu dis ; et quand tu as passé l’âge, elles te diront « ma pauvre, tu dois bien être malheureuse, tu n’as pas dû rencontrer l’homme qui ferait le bon père ». Ou bien, tu as eu une enfance malheureuse ? un problème relationnel avec ta mère ?...

    Ce qui fait le plus mal, c’est la violence qui déferle sur toi quand tu expliques publiquement que tu ne veux pas être mère. C’est l’évidence même que tu as violé parce que tu t’es posé la question : est-ce que je veux être mère ? Et parce que les arguments qui s’y opposent sont légion.

    Pour finir

    Pia Petersen est de celles qui posent les questions presque interdites, encore au XXIe siècle. Elle n’exagère rien, n’invente rien. La narratrice, qu’on suppose être Pia Petersen (mais qu’importe ?) écrit une lettre à celui qu’elle a aimé. Elle livre une réflexion intime sur ses choix de vie, sur la souffrance d’être considérée comme différente. Ce petit texte qui ne paie pas de mine est une source de réflexion pour celles qui ne sont pas d’accord, et une source de réconfort pour celles qui adhèrent !

     challenge album7/6  

     

     

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    Littérature et récits

    Le Chœur des femmes Martin Winckler

    Le Cantique de Meméia Heloneida Studart

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    Masculin/Féminin 1 Françoise Héritier

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    Bandes dessinées

    Camel Joe Claire Duplan

    Instinct primaire

    Pia Petersen

    Nil éditions

    Collection Les Affranchis

    2013

    112 pages 

    8,5 euros  

    Bibliolingus

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  • Arrête, arrête Serge Bramly

    Bibliolingus rentrée littéraire 2013
     

    Arrête, arrête

    Serge Bramly

    Nil éditions

    2013 

    Matchs de la rentrée littéraire 2013 Price minister

     

     

     

     

    « Seize ans pour meurtre1 »

    Vincent est un repris de justice en fuite. Voilà seize ans qu’il n’a pas vu le monde. Seize ans de prison pour des meurtres qu’il dit ne pas avoir commis, et pour un magot dont on a perdu la trace. Mais qu’importe, cela fait une semaine qu’il est en liberté conditionnelle, avec un bracelet électronique qui lui assigne un périmètre de « liberté » pendant moins d’un an. Après, il aura définitivement purgé sa peine, il sera libre pour de vrai.

    Mais visiblement Vincent n’a pas pu se contenter d’une prison déguisée. À plus de soixante ans, il a quelque chose en tête. Après avoir cassé son bracelet, il a disparu. Pourquoi ? Pour aller où ? Pourquoi a-t-il agi ainsi, alors qu’il était sur le droit chemin ?

    C’est ce que se demandent son frère et sa fille. Et la police qui le recherche.

    « J’espérais et redoutais la sonnerie qui ne manquerait pas de dissiper bientôt l’angoisse léthargique de l’attente. Qui téléphonerait en premier ? Mon frère, de l’étranger, pour me dire qu’il embarquait à destination des tropiques ? Ou son avocat, ou les flics, porteurs de mauvaises nouvelles2 ? »

     

    « Vincent ? En cavale3 ? »

    Avec cette fuite inconsidérée, Vincent va encore faire revenir tous les journalistes qui vont les épier, poser plein de questions, s’immiscer dans leur vie privée. Les journalistes médiatisent à outrance des affaires judiciaires, quitte à faire souffrir l’entourage pendant des années. Au bout du compte, Vincent n’apporte que des ennuis à la famille.

    Vincent plonge dans l’univers underground qu’il a quitté seize ans plus tôt, déterminé à mener à bien un plan secret. En chemin, il porte un regard désabusé sur l’extérieur, sur la société, sur la ville, qui ont changé. Beaucoup de temps a passé.

    Mais voilà qu’il est distrait de son projet (qu’on ignore jusqu’au bout, même si on s’en doute un peu) quand il rencontre une femme qui pourrait le faire changer d’avis et faire basculer ses plans, quels qu’ils soient.

     

    Pour finir

    Arrête, arrête se lit trop vite : 120 pages, durant lesquelles les projets de Vincent restent mystérieux. Comme on ignore ses intentions jusqu’aux dernières pages, on ne ressent pas l’inéluctabilité, la saveur des instants qu’il est en train de vivre, puisque lui seul connaît la vérité. Et au final, après qu’il a accompli trois choses, clac, le roman se termine. Pas le temps de s’imprégner, pas le d’être sensible à sa personnalité, alors on passe à côté de lui. Sa critique de la société est faiblarde, on aurait espéré qu’il aille plus loin, qu’il ait une réflexion plus profonde et plus virulente, surtout lorsqu’on sait la fin du roman. L’expression des sentiments amoureux est également faiblarde, alors qu’il y aurait eu tant à dire à propos d’un ex-taulard.

    Tout du long, le récit reste extérieur aux personnages, l’approche est froide, à l’image de l’univers underground qui habite le roman. Quand tout bascule, quand on prend une baffe parce qu’on a une bouffée de liberté après seize ans d’emprisonnement, que le monde et les gens ont changé, on ne peut qu’avoir le vertige. Mais l’auteur ne nous offre pas ce grand vertige, et seulement une parcelle de la psychologie de Vincent, alors que ce personnage est super intéressant. Alors il faut imaginer, se mettre à sa place, mais au final on bâtit nos émotions sur notre propre imagination, pas sur celle de l’auteur.

    Ce roman, malgré les questions sur la liberté, sur l’amour quand le temps est compté, est une déception. Toutefois, il est à noter que le livre en lui-même est très joli, avec une couverture soignée en soft-touch et des rabats élégants.

     

    1. Page 80. -2. Page 68. -3. Page 51.

     challenge album6/6  
     

     

     

     

     

     

     


    Arrête, arrête

    Serge Bramly

    Nil éditions

    2013

    128 pages

    12,90 euros 

     

    Bibliolingus 
     

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