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    Sociologie de Paris

    Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot
    Éditions La Découverte
    2008

     

     

     

    La capitale des inégalités

    Avec une superficie de 87 km², contre 321 km² pour Londres, 607 km² pour Madrid et 879 km² pour Moscou, Paris a l’une des plus grandes densités au monde : 24 900 habitants au km² sans les bois de Boulogne et de Vincennes.

    Ville convoitée par les provinciaux et les étrangers venus de plus en plus loin, Paris est un échantillon représentatif de la population en France : l’immigration apporte le multiculturalisme, d’autant plus repérable que l’espace est restreint. Elle réunit pourtant les plus grandes richesses et les plus pauvres, entre l’Est et l’Ouest, entre la capitale et la banlieue.

    Les riches sont très riches, puisque la capitale rassemble 16,1 % des assujettis à l’ISF, lesquels privilégient de vivre entre soi à l’Ouest de Paris et de la banlieue. Les pauvres se regroupent de l’autre côté de l’axe, où les logements sociaux sont les plus importants dans le 20e arrondissement. S’il y a ségrégation, il y a aussi agrégation : les bourgeois, qui ne sont pas contraints par les prix de l’immobilier, choisissent de vivre avec leurs semblables.

    Mais tout Paris « s’embourgeoise » : les prix de l’immobilier qui grimpent opèrent une exclusion par l’habitat. Si les ouvriers et les employés ont été les actifs majoritaires durant la première moitié du xxe siècle, aujourd’hui ce sont les professions intellectuelles qui investissent Paris avec la désindustrialisation nationale. Les « bobos », les « bourgeois-bohèmes », dont l’appellation est inexacte, réinvestissent les anciens logements et locaux ouvriers : c’est la gentrification. En repoussant les moins solvables hors de Paris, la mixité sociale est menacée : encore faut-il savoir ce qu’on entend par ce terme, et si la mixité sociale est bien le but recherché.

    La capitale des pouvoirs

    Dans la tradition jacobine, Paris concentre tous les pouvoirs : politique, économique, financier, culturel et artistique, que la spirale des arrondissements semble mimer. L’appareil politique, judiciaire et exécutif est situé à Paris, le plus souvent dans les demeures et hôtels particuliers ayant autrefois appartenu à la bourgeoisie.

    Et l’attractivité n’est pas seulement démographique : posséder le siège social d’une entreprise dans la capitale est une carte d’entrée prestigieuse pour les affaires. Les quartiers sont spécialisés dans un secteur en particulier : par exemple, le 8e arrondissement est le repaire de la haute-couture, le 9e aux banques et assurances. Quant à la culture, les équipements culturels (musées, théâtres, spectacles) y sont bien plus nombreux qu’ailleurs ; 80 % des emplois nationaux du cinéma et de la télévision et 70 % de ceux du livre sont à Paris.

    Ce déséquilibre saisissant entre la capitale et la province, parfois source d’un parisianisme arrogant, va à l’encontre du principe républicain de l’égalité des chances.

    Au cœur de la région parisienne, la capitale est l’hypercentre d’une zone urbaine qui dépasse les dix millions d’habitants. Au total, les Parisiens représentent moins de 20 % de la population en région parisienne : dans cette banlieue beaucoup plus étendue et peuplée, la ville congestionnée se prolonge par les infrastructures, les équipements culturels, les universités, les cimetières.

    Pour finir

    Attirante, ambitieuse, mythique, mais contrastée et inégalitaire, Paris connaît pourtant une baisse de sa population depuis une décennie. D’autre part, dans une ville riche et puissante, c’est le Parti socialiste, avec Bertrand Delanoë, qui dirige la mairie depuis 2001. Comment expliquer ces deux phénomènes ?

    Cet ouvrage synthétique, dans la collection Repères de La Découverte, apporte des éléments détaillés et documentés sur les principales caractéristiques sociologiques de la capitale. Agrémenté de petits encarts sur des quartiers ou des CSP particuliers communs à la collection, il propose une première approche tout à fait accessible intellectuellement. Pourtant, l’étude est générale et incomplète : quid du chômage, des étudiants, des personnes âgées ? Qui compose l’immigration et le tourisme ? Autant de questions auxquelles d’autres lectures répondront.

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    dans Altergouvernement

     
    La Violence des riches Pinçon-Charlot Bibliolingus

    La Violence des riches

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    Le Président des riches
    Éditions La Découverte

    Sociologie de Paris
    Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot
    Éditions La Découverte
    Collection Repères sociologie n°400
    2008
    128 pages
    6,99 € 

    Bibliolingus

     

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    Millenium people

    J. G. Ballard

    Éditions Denoël

    2003

     

    « Ici avait commencé la révolution de la classe moyenne1 »

    Et si les bourgeois se rebellaient contre la société capitaliste de consommation ? Écrasés par les crédits, le poids de l’immobilier, les frais de scolarité des hautes écoles, les frais d’entretien de la maison et de la voiture, la classe moyenne de l’Ouest londonien fait la révolution. Kay Churchill, Richard Gould, Vera Blackburn et tous les habitants de la Marina de Chelsea s’organisent en manifestations pacifistes, affrontements et actions ponctuelles envers les « bastions de la servitude bourgeoise2 » pour faire entendre leur situation de « nouveaux prolétaires ». L’ennemi, c’est l’« impitoyable capitalisme spéculatif qui perpétu[e] le système  de classes pour diviser l’opposition et préserver ses propres privilèges3 ».

    « Vacances à bon marché, logement exorbitant, études qui n’assurent plus la sécurité. Si vous gagnez moins de trois cent mille livres par an, vous comptez à peine. Vous n’êtes qu’un prolo en costume trois-pièces4. »

     

    « Nous nous ennuyons tous à crever, David»

    En quête d’une signification à leur vie, la population bourgeoise, sans croyance religieuse, craint la mort, espère l’immortalité et se barde de conventions sociales et de tabous.

    La société de consommation et du spectacle, tout comme les médias et le cinéma, régulent et assoupissent l’intelligence ; les grandes écoles transforment leurs enfants en une classe de professionnels qui embrassent à leur tour le système et participent à sa pérennité.

    « Regardez le monde autour de vous, David. Que voyez-vous ? Un immense parc à thème, où tout est transformé en spectacle. La science, la politique, l’éducation autant d’attractions. Le plus triste, c’est que les gens sont ravis d’acheter leurs billets pour grimper à bord. – C’est confortable6. »

    « La rébellion du nouveau prolétariat avait commencé, mais étais-je ami ou ennemi? »

    C’est avec les yeux de David Markham, psychologue à l’Institut Adler et fiancé à Sally, que la rébellion prend forme. L’attentat à l’aéroport de Heathrow à Londres, lequel a tué son ex-femme, le détourne de sa vie posée et heureuse.

    Qui a posé cette bombe, et pour quelle revendication ? Y a-t-il un lien entre Heathrow et la révolte de la Marina de Chelsea ? David délaisse sa fiancée, ses recherches à l’Institut Adler, et commence les investigations auprès des agitateurs bourgeois. Il ne tarde pas à troquer son avis de psychologue pour les banderoles des activistes : attiré par leurs motifs, David s’implique dans les affrontements mais il est très vite dépassé par les événements.

    Pour finir

    Millenium people, l’un des derniers romans d’anticipation de J. G. Ballard, se développe sur le thème de prédilection de Crash ! et de Super-Cannes : la décadence de la société moderne.

    Jusqu’où peut-on aller pour une cause que l’on croit juste ? Jusqu’où peut-on tolérer la violence pour imposer ses idées ? La mort d’un autre est-elle nécessaire pour revendiquer une idée ? L’action gratuite et violente est-elle la seule arme du fanatisme et du terrorisme ?

    « Tuez un politicien et vous êtes lié à la raison qui vous a fait presser la détente. Oswald et Kennedy, Princip et l’archiduc. Mais tuez quelqu’un au hasard, déchargez un revolver dans un McDonald’s – l’univers se recule et retient son souffle. Mieux encore, abattez quinze personnes au petit bonheur8. »

    Avec une narration bien construite et l’habileté du grand écrivain, Ballard pointe les faiblesses du début du xxie siècle, profondément marqué par le terrorisme et le fanatisme. Si la dénonciation n’est pas de première main, le travail de Ballard est remarquable pour la plausibilité des événements racontés ; car il a imaginé les réactions des pouvoirs publics, des médias et de l’opinion publique autour du soulèvement : et si les petits bourgeois, piliers du capitalisme, se rebellaient contre leur propre condition ?

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    Millenium people

    (titre original)

    Traduit de l’anglais par Philippe Delamare

    Éditions Gallimard

    Folio n°4350

    2006

    480 pages 

    8,6 € 

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