• Une si longue lettre ≡ Mariama Bâ

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    Une si longue lettre
    Mariama Bâ
    Éditions Le Serpent à plumes
    2010

    Tout est politique Book Club (#TEPBookClub)

    En un mot

    Par le biais des lettres que Ramatoulaye envoie à son amie Aïssatou, l’écrivaine Mariama Bâ décrit les pratiques patriarcales qui pèsent sur le destin des femmes sénégalaises dans les années 1970. Même si ce court roman épistolaire ne m’a pas totalement convaincue dans sa forme, il n’en reste pas moins que sa concision et sa simplicité en font une tribune efficace des convictions féministes et anti-patriarcales.

    « J’étais abandonnée, une feuille qui voltige mais qu’aucune main n’ose ramasser1. »

    Le mari de Ramatoulaye, institutrice sénégalaise mère de douze enfants, vient de mourir. Elle subit alors l’assaut de sa belle-famille, ainsi que de la famille de sa jeune co-épouse, qui la dépouillent de tous les biens du défunt. Alors qu’elle observe une réclusion de quarante jours, elle décide d’écrire une lettre à sa meilleure amie Aïssatou qui vit aux États-Unis. Elle y évoque leur jeunesse éprise d’idéaux, leur amitié indéfectible, leurs vies d’épouses et de mères, enfermées dans le carcan des traditions patriarcales.

    Rencontre avec le livre

    C’est une fois encore avec enthousiasme que j’ai suivi la proposition de lecture du blog Tout est politique Book Club. J’ai découvert ce court roman, Une si longue lettre de Mariama Bâ, une écrivaine sénégalaise qui s’est engagée pour l’amélioration du statut des femmes.

    Seulement, je n’ai pas été véritablement convaincue. Vous le savez certainement depuis le temps, j’aime tout particulièrement les œuvres qui allient la fiction à l’engagement. Mais dans ce roman, le procédé est visible et maladroit. Le genre épistolaire ne m’a pas semblé crédible, dans la mesure où Ramatoulaye raconte en détails les événements intimes de l’amie à qui elle s’adresse. Selon toute vraisemblance, Aïssatou connaît sa propre histoire… Par ailleurs, après avoir évoqué leurs situations respectives et la pression qui pèse sur les femmes sénégalaises, le ton change vers les deux tiers du roman, lorsque l’autrice des lettres se focalise exclusivement sur les difficultés qu’elle éprouve dans l’éducation de ses douze enfants. D’un côté, on peut penser que le deuil a tant accablé Ramatoulaye qu’elle a occulté l’existence de ses enfants, mais on peut aussi estimer que le roman manque d’un certain équilibre. Enfin, le style m’a paru à plusieurs moments trop ampoulé pour me permettre de ressentir sincèrement la douleur de perdre un être cher.

    Toutefois, ce roman est à considérer dans le contexte sénégalais de la fin des années 1970, soit vingt ans après l’indépendance du Sénégal. Dans son essence et dans sa forme, ce roman attire l’attention sur les femmes sénégalaises qui sont tiraillées entre la tradition et la modernité au sein d’une société inégalitaire et organisée en castes sociales. D’un côté, la société africaine admet que les hommes pratiquent la polygamie et le lévirat (le frère du défunt qui épouse la veuve), faisant du désir masculin le seul horizon dans la vie des femmes ; tandis que de l’autre, le statut social des femmes ne s’acquiert que par leur mariage, leur beauté, la maternité, le respect des convenances et l’entretien du foyer. Or, admirées et réifiées, les épouses sont remplacées par une nouvelle femme plus jeune lorsque leur corps se ride et s’affaisse. La perspective de la « double journée » ne les encourage guère à faire des études, à travailler pour gagner en autonomie et à nourrir leurs propres opinions politiques.

    Au final, même s’il ne m’a pas particulièrement touchée, je suis contente d’avoir découvert ce texte qui s’est fait l’écho de plusieurs générations sénégalaises et qui semble toujours, malheureusement, d’actualité. Une si longue lettre a le don d’embrasser en peu de mots tout un ensemble de problématiques liées au genre et d’avoir traversé le temps aisément.

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    1. Page 102.

    Une si longue lettre
    Mariama Bâ
    Éditions Le Serpent à plumes
    Collection Motifs
    2010
    176 pages
    7 euros

    Bibliolingus

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  • Commentaires

    1
    Dimanche 3 Février à 21:06

    Une lecture qui m'a plu et une découverte de la vie de la femme sénégalaise. J'espère que les mœurs ont quelque peu changées, ce dont j'ai peur de douter

      • Mardi 12 Février à 12:07

        En effet, je pense que ce texte a traversé si bien le temps parce que justement, ces pratiques patriarcales ont encore peu bougé :(

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    2
    Lundi 4 Février à 10:50
    Alex-Mot-à-Mots

    Un texte un peu ancien, sans doute. L'auteure n'a-t-elle rien écrit de plus récent ?

      • Mardi 12 Février à 12:08

        L'autrice est décédée d'un cancer un an après la parution :(

    3
    Vendredi 8 Février à 21:49

    Il est dans ma pile et je pense que je finirai par le lire, malgré ta déception, ne serait-ce que pour le contexte. Bon, peut-être pas sdemain matin, mais un jour. 

      • Mardi 12 Février à 12:10

        Tu as bien raison, il est court, très fluide et les problématiques cruciales. En fait, je n'ai lu que des avis positifs (je me sens un peu gênée du coup, mais je voulais être honnête sur le manque de vraisemblance).

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