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    Constellations
    Trajectoires révolutionnaires du jeune 21e siècle
    Collectif Mauvaise troupe
    Éditions de l’Éclat
    2014

     

    En un mot

    Dans cet ouvrage monumental, foisonnant et singulier réunissant des dizaines de récits de luttes, de désobéissance civile, de réappropriations, le collectif « Mauvaise troupe » a construit là quelque chose de formidable : il a donné matière à tout un ensemble de luttes qui laissent peu de traces écrites dans l’imaginaire collectif, et participe à la construction d’une mémoire et d’une identité collectives et révolutionnaires.

    « On se connaissait juste pour avoir discuté et crié des slogans ensemble. Ici on se retrouve à couper du bois, donner à manger aux chèvres. On se découvre autrement1. »

    Les constellations, ce sont les dizaines de récits de luttes, de désobéissance civile, de réappropriations, des années 2000 à aujourd’hui, que cet ouvrage monumental, foisonnant et singulier de 700 pages réunit. Ce livre éblouit par la somme et la diversité des récits, et étonne par sa forme et son inventivité : récits, entretiens, échanges de lettres ou de mails…

    Du plateau de Millevaches aux squats de Grenoble et de Dijon, on parle des manifestations, des blocages, des méthodes de barricades, des black blocs, des violences policières, des rencontres avec les réfugiés ou des journaux militants… Des occupations de places publiques (notamment celles du 15M à Barcelone), des occupations moins tangibles des harckerspaces, mais aussi des formes de luttes plus inattendues qui marient la politique et la fête : les fêtes sauvages, les raves parties, les carnavals, les charivaris de Marseille pour détruire les caméras de vidéosurveillance de rue…

    On parle aussi de la vie en collectif, de ses victoires, de ses paradoxes et de ses écueils, de la manière dont on peut acquérir l’indépendance énergétique, alimentaire et financière. On se questionne sur nos rapports aux mythes, à l’argent, aux technologies, à la rationalité, à la nature, aux médecines traditionnelles.

    La prise de décision commune est essentielle aussi : les réunions « météo » ou les réunions non mixtes permettent-elles de donner la voix à chacun ? comment dépasser sa propre condition sociale pour écouter réellement l’autre ?

    Rencontre avec le livre

    Le collectif « Mauvaise troupe » et les éditions de l’Éclat à l’origine du projet ont construit là quelque chose de formidable : ils ont donné matière à tout un ensemble de luttes qui laissent peu de traces écrites dans l’imaginaire collectif. Cet ouvrage participe à la construction d’une mémoire et d’une identité collectives. Car comme on sait, l’Histoire avec un grand H appartient aux vainqueurs. Il ne tient qu’à nous de nous approprier une part d’histoire et de cet imaginaire collectif.

    Cet ouvrage apporte beaucoup d’informations sur des organisations, des livres, des films pour prolonger la découverte et s’engager dans un mode d’action. Le site internet consacré à l’ouvrage est très beau et permet aussi de prolonger la lecture.

    Toutefois, il y a quelques moments où les récits m’ont paru trop fragmentaires pour être appréciés, pour qu’ils résonnent au fond de moi. C’est peut-être parce que le « nous » du collectif efface les ressentis individuels, parce que le propos était parfois plus abstrait, parce que l’anonymat était trop poussé, ou plus souvent parce que la forme m’a paru trop théâtralisée ou mise en scène, comme par exemple des échanges épistolaires recréés de toutes pièces. J’ai trouvé qu’au final ce sont les entretiens, les questions-réponses et les témoignages à la première personne qui fonctionnaient le mieux, comme le passage « Solidarités radicales en galère de logement2 » qui révèle les doutes constants, les épuisements, les petites victoires au sein d’un collectif grenoblois. Mais comme le dit le collectif « Mauvaise troupe » en fin d’ouvrage, ce livre aurait pu être écrit de pleins de façons différentes.

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    Camille

       

    1. Page 340. -2. Pages 626-642.

    Constellations
    Trajectoires révolutionnaires du jeune 21e siècle
    Collectif Mauvaise troupe
    Éditions de l’Éclat
    Collection Premier secours
    2014
    704 pages
    25 euros

     

    Bibliolingus

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  • chroniques-zone-libre-bibliolingus

    Chroniques de la zone libre
    Des zad au maquis, fragments de l’imaginaire autonome
    Cosma Salé
    Le Passager clandestin
    2016

    Masse critique Babelio

     

    En un mot

    Cosma Salé témoigne de ce qu’est la vie dans les zones à défendre (zad) et les communautés autogérées. Un livre qui montre une forme de société anarchiste : à vitesse humaine, solidaire, écologique.

    « Vivre en zad, c’est se déclarer ingouvernable1. »

    Les zones à défendre (zad) sont des communautés dressées sur les grands projets inutiles et imposés (GPII, comme Notre-Dame-des-Landes, Sivens, le Larzac, Testet…) pour les empêcher de se construire. Au-delà du lieu à défendre, il s’y crée un véritable espace anarchiste, alternatif, écologique, qui concrétise l’utopie d’une société solidaire et à vitesse humaine.

    Cosma Salé vit depuis plusieurs années dans les zad et les communautés autogérées et il ne se voit plus vivre autrement. Cet ouvrage réunit des textes écrits durant ses voyages tissés de la mémoire collective et du bouche-à-oreilles. Les chapitres sont consacrés à des sujets en particulier : le voyage, la cabane comme lorsqu’on est un enfant de la campagne, les barricades, l’installation et la désinstallation d’un squat…

    Résider dans une zad ou dans une communauté, c’est imaginer une autre manière de vivre, vivre des moments hors du temps, hors de ce qui est quantifié, cloisonné, surveillé. Quand la propriété privée et l’Etat ont tout dévoré, il s’agit d’occuper l’inoccupé, mais aussi de faire un choix de vie différent des voies qui sont toutes tracées.

    À travers des anecdotes, Cosma Salé raconte la lutte, les stratégies pour défendre un lieu de façon créative, résister et survivre dans des milieux souvent inhospitaliers. Les communautés visent l’autonomie dans la construction et l’isolation de l’habitation, dans l’alimentation et l’énergie.

    Il évoque rapidement les galères inhérentes à toute vie en communauté, les violences policières, et notamment la mort de Rémi Fraisse, et le fait que casser devient nécessaire, car c’est le seul langage que comprennent les flics et les dominants.

    Rencontre avec le livre

    Tôt ou tard, j’aurais tenu ce livre entre mes mains, car les zad et les communautés m’intéressent beaucoup depuis quelque temps. Ce qui est curieux, c’est que le mot « anarchiste » n’est jamais écrit chez Cosma Salé, alors que ces initiatives en sont indiscutablement une concrétisation.

    Pour vivre comme Cosma Salé et les autres, il faut un goût certain pour la vie clandestine, l’aventure, l’intranquillité, l’imprévu, la conspiration. Il faut aussi une bonne dose de débrouille, d’ingéniosité, de savoir-vivre et aimer la campagne pour mener une vie entre sédentarité et nomadisme. Ce mode de vie me séduit certes beaucoup, mais d’une part j’ai pu voir sur le terrain que je n’avais pas ces qualités, étant foncièrement une citadine, et d’autre part j’aime trop le livre pour quitter mon métier.

    Cosma Salé considère que nous faisons partie de la « génération zéro » (on a le même âge), celle qui a connu les changements écologiques irréversibles (« avec nous, le déluge2 »), qui conduisent un certain nombre d’entre nous à se détourner des chemins dictés. On dit souvent qu’on n’aura pas de retraite. Mais comment envisage-t-il le moment où il sera trop vieux pour manier un outil et être actif au sein de la communauté ? C’est une question qui tourne en boucle dans ma tête.

    Peu d’écrits sont consacrés à ce sujet vital, mais cet ouvrage est trop court, trop elliptique pour assouvir ma soif de détails sur la vie quotidienne et sur ce qui a poussé à la « désertion ». Il est sans commune mesure avec le très gros livre-somme Constellations. Trajectoires révolutionnaires du 21e siècle qui m’apporte davantage de réponses (je vous en parle bientôt). Et bien sûr, rien ne vaudra d’aller voir par soi-même !

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    Un job pour tous Christophe Deltombe Bibliolingus

    Un job pour tous

    Christophe Deltombe

       

     1. Page 49. -2. Page 152.

    Chroniques de la zone libre
    Des zad au maquis, fragments de l’imaginaire autonome
    Cosma Salé
    Le Passager clandestin
    2016
    160 pages
    15 euros

    Bibliolingus

     

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