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     Les Cerfs-volants

    Romain Gary

    Éditions Gallimard

    1980

     

     

     

    La Résistance

    Ludo, amoureux fou de Lila, la petite polonaise, et doté d’une mémoire exceptionnelle, est adolescent quand la Seconde Guerre mondiale est déclarée. Son oncle, le célèbre Ambroise Fleury, « pacifiste et objecteur de conscience » fabrique des cerfs-volants réputés dans toute la Normandie quand il n’est pas postier.

    À l’heure des premiers troubles, chacun à sa manière, au village de Cléry, défend son idée de la France. Alors qu’Ambroise dissimule des messages secrets dans ses cerfs-volants ou fait voler des étoiles jaunes dans le ciel occupé, les voisins cachent des armes ou hébergent les alliés parachutés. Marcellin Duprat, le restaurateur du Clos Joli, incarne la grande cuisine française auprès de la Gestapo réunie dans son établissement. Jusqu’au débarquement, fou d’idéalisme et de patriotisme, il ne quittera pas les fourneaux. Julie Espinoza, maquerelle juive au flair historique, a organisé la résistance en s’invitant dans l’élite allemande, au plus près de l’ennemi…

     

    « Savoir raison garder et garder sa raison de vivre1 »  

    Loin de celle qu’il aime, Ludo suit les traces de son oncle. Il se fait passer pour fou pour endormir la vigilance des nazis et entrer dans la résistance. Armé de sa mémoire, de sa folie et de son espoir, il communiquera des renseignements de la Gestapo à Londres et à De Gaulle jusqu’en 1944.

    Dans l’une des périodes les plus sombres de notre histoire, tandis que la haine, les soupçons, les complots et les meurtres balisent le pays, Ludo et Ambroise colorent le ciel de leurs cerfs-volants pleins d’espoirs et de convictions pures. Ils incarnent le rêve, que Romain Gary sait rendre réel. La beauté et la force du sentiment sont palpables, les personnages sont attachants et véraces, brossés et peints avec profondeur et tendresse. Dans chacune de ses œuvres, l’écrivain sait donner une vie extrêmement ressemblante, au point que l’on s’interroge plus d’une fois sur la nature même du roman : est-ce un témoignage romancé ? Les personnages ont-ils existé ? Rien de tout cela : Romain Gary a simplement le génie de donner à voir, en s’appuyant sur les événements que l’histoire lui a fournis.

    L’acte insensé, et terriblement humain, de résister, est une folie que l’on voudrait avoir connu et embrassé, nous lecteurs qui sommes nés d’un autre temps. Pourtant, même si l’espoir vole haut, Romain Gary n’est jamais manichéen. L’Allemand n’est pas forcément nazi, le nazi n’est pas forcément allemand. Et les résistants des derniers jours peuvent être les plus injustes… « Ce qu’il y a d’affreux dans le nazisme, dit-on, c’est son côté inhumain. Oui. Mais il faut bien se rendre à l’évidence : ce côté inhumain fait partie de l’humain. Tant qu’on ne reconnaîtra pas que l’inhumanité est chose humaine, on restera dans le mensonge pieux2. »

     

    Pour finir

    Les Cerfs-volants est remarquable pour sa poésie, ses dialogues savoureux et ses remarques pleines de justesse sur l’histoire de notre pays. Les plaisirs d’écrire, de créer les personnages et l’univers se découvrent au fil des pages. Romain Gary manie le sens des mots avec une grande finesse qui se délecte. Paradoxalement, le dernier roman de Romain Gary avant son suicide est le plus idéaliste et le plus lumineux. Il porte haut le courage, l’engagement et l’idéalisme d’une époque révolue ; et jusqu’à la dernière page, aucune déception n’est possible.

     

    Du même auteur

    Lady LLady L.

    Romain Gary

    dans Éphémères

     

    1. Page 21.2. Page 265.

    Les Cerfs-volants  

    Romain Gary  

    Éditions Gallimard  

    Folio n°1467 

    1983  

    384 pages  

    7,80 € 
     

    Bibliolingus

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