• ne tirez pas sur l'oiseau moqueur bibliolingus

    Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur
    Harper Lee
    Éditions de Falloux
    2005

     

    En un mot

    Publié en 1960, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, à la fois roman de l’enfance et plaidoyer contre le racisme et le sexisme, est un classique à ne pas rater !

    « Votre père ne vaut pas mieux que les nègres
    et la racaille qu’il défend1 ! »

    Dans les années 1930, Scout vit avec son frère Jem et son père Atticus, avocat, dans une petite ville d’Alabama. Avec leur voisin Dill, ils passent leur temps à inventer des stratagèmes pour faire sortir leur voisin Boo Radley qui ne sort jamais de sa maison.

    Un jour, Atticus est commis d’office pour défendre Tom Robinson, un homme noir accusé de viol envers une femme blanche. Peu à peu, le monde simple des enfants se peuple de questions sur celui des adultes, car Maycomb est une petite ville de l’Amérique profonde.

    Rencontre avec le livre

    Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur est une lecture magique et mystérieuse. Publié en 1960, ce roman fait écho encore aujourd’hui car il est à la fois un texte universel sur l’enfance et un plaidoyer contre le racisme qui a fait polémique. Les personnages sont terriblement attachants, avec en point d’orgue Atticus qui fait date dans l’histoire de ma littérature. Sa sagesse, son intégrité, son flegme à toute épreuve, sont désarmants. La relation qu’il entretient avec ses enfants, la manière dont il s’adresse à eux et les éduque en leur montrant comment se comporter dignement et avec tolérance, est honorable.

    Les thèmes abordés sont aussi nombreux que passionnants, comme le racisme et la bêtise humaine, la justice et la peine de mort, le féminisme et le milieu social, l’éducation et la religion… Le charme fou de ce roman tient certainement à la façon dont les sujets dramatiques et complexes sont traités avec la simplicité du regard d’un enfant, avec tendresse, humour, intelligence, et une belle foi en l’être humain.

    En résumé, voilà un roman « total », abouti, à lire absolument ! Un classique que j’ai essayé de faire durer le plus longtemps possible, et que j’offrirai à ceux qui ne l’ont pas encore lu dans mon entourage.

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    1. Page 162.

    Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur
    (titre original : To Kill a Mockinbird)
    Harper Lee
    Traduit de l’américain par Isabelle Stoïanov et revu par Isabelle Hausser
    Librairie Générale Française
    Le Livre de poche n°30617
    2006
    450 pages
    6,60 euros

    Bibliolingus

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  • Le Maitre des ames Némirovsky Bibliolingus

     

    Le Maître des âmes
    Irène Némirovsky
    Revue Gringroire
    1939
    (en livre chez Denoël en 2005)

     

     

     

    En un mot

    Dans ce conte cruel, Némirovsky, l’une de mes auteures préférées, raconte l’ascension sociale de Dario Asfar, un médecin originaire du Moyen Orient assoiffé de réussite, à n’importe quel prix. Avec des phrases courtes, dures et rageuses, elle dépeint la haute bourgeoisie de Nice des années 1920 et convoque une nouvelle fois les thèmes du pouvoir, de l’argent et de la cupidité. Un roman puissant, poignant et cynique que j’ai dévoré.

     

    « Qui aurait confiance en lui, Dario Asfar, avec sa figure et son accent de métèque1 ? »

    En 1920, Dario Asfar, originaire du Moyen Orient, est médecin à Nice. Malgré son diplôme obtenu à Paris, il ne parvient pas à se faire une clientèle. Les Français racistes ne lui font pas confiance, et la coutume à l’époque est de payer le médecin de famille seulement deux fois l’an.

    Il y a pourtant urgence à travailler et à être payé, car Dario doit nourrir sa femme et son nouveau-né, et il doit rembourser une dette de 4000 francs avant le lendemain ! Dario vit dans une cruelle humiliation, car ce fils de vendeur ambulant a honte de ses origines levantines, de son accent et de sa couleur de peau.

    La situation semble s’améliorer lorsqu’il se voit confier un avortement (alors illégal) dans une famille riche. C’est alors qu’il se met au service de la grande bourgeoisie niçoise, qui désire « vivre longtemps mais (sans) sacrifier un atome de plaisir2 ».

    Dario est prêt à tout pour s’arracher à sa condition d’étranger et pour donner à son fils une vie meilleure.

    « − Mais pourquoi me parles-tu de ceci ? Je hais mon passé ! Je le hais !

    − Parce qu’il est toi et que tu es lui, pauvre Dario. Tu ne peux pas changer ta chair, tu ne peux pas changer ton sang, ni ton désir de richesse, ni ton désir de vengeance, lorsqu’on t’a offensé3. »

     

    Rencontre avec le livre

    Grande Irène Némirovsky ! Il n’y a pas une page sur laquelle je n’ai pas souligné une phrase ! Tout y est excellent, cruel, cynique : cette auteure m’éblouit à chaque roman.

    Une fois encore, on assiste à l’ascension sociale, mais aussi à la compromission systématique des idéaux de la jeunesse, sujets qui semblent torturer Némirovsky. La relation entre Dario et ses parents miséreux, dont il a profondément honte, et celle avec son fils qui a lui aussi honte d'une réussite acquise par les compromissions, est passionnante. Avoir honte de ses parents qui n’ont pas su faire fortune ; avoir honte de ses parents qui ont transgressé des valeurs fondamentales pour pouvoir faire fortune... J’ai aimé l’amour indéfectible entre Dario et son épouse, Clara, leur complicité envers et contre tout.

    Le personnage de Clara vaut le détour ; elle fait preuve de loyauté et d’abnégation envers son mari pour qu’il réussisse, car elle sait combien il a besoin de cette revanche sur la vie. Clara montre aussi combien l’émancipation de la femme est encore loin à cette époque, et elle est l’un des rares personnages féminins dans ce roman qui n’est pas vénal ou ignorant (!).

    J’aime la manière dont Némirovsky brosse les portraits, parlant beaucoup des yeux, du visage marqué par le temps et les épreuves. Les personnages de Némirovsky ont cette rage en eux, la détresse, l’urgence, l’ambition, la soif maladive de reconnaissance. Les thématiques du pouvoir, de la cupidité, de la convoitise, de l’amour-propre, l’ivresse de l’argent, vibrent en moi. Non pas que j’en sois victime, mais je comprends si bien que celles et ceux qui n’ont rien veulent absolument tout ; je comprends les angoisses, les désirs, et la raison pour laquelle ils et elles en sont arrivé-es là. Je comprends que Dario ait un besoin irrépressible de toujours posséder ce que l’autre a, en pensant sincèrement que cela aidera à avoir une position, une paix intérieure... qui ne vient pas.

    Némirovsky aime décrire l’entre-soi de la bourgeoisie mondaine, elle prend plaisir à pointer les travers des riches, leur vanité, leur complaisance, leur médiocrité. Elle montre aussi le racisme qui règne en Europe (« Mais vous habitez la France depuis si longtemps !... Mais vous êtes presque des nôtres!... ») dont elle a peut-être été elle-même victime.

    Chez Némirovsky, cette urgence et cette angoisse se traduisent dans les personnages aux âmes torturées, mais dans l’écriture aussi, faite de phrases courtes, dures, rageuses, qui vont droit au but (j’adore ça). Némirovsky, l’une de mes auteures préférées, a laissé beaucoup d’œuvres compte-tenu du peu de temps qui lui a été donné de vivre. Je ne peux que vous recommander de foncer !

    « Mais même si je savais n’avoir que six mois à vivre, pendant ces six mois, du moins, je voudrais avoir de l’argent, même au prix d’un crime. Pardonne-moi, Clara. Je te parle comme à Dieu. Je crains la pauvreté par-dessus tout. Ce n’est pas seulement parce que je la connais, mais parce que des générations de malheureux avant moi l’ont connue. Il y a en moi toute une lignée d’affamés ; ils ne sont pas encore, ils ne seront jamais rassasiés ! Jamais je n’aurai assez chaud ! Jamais je ne me sentirai assez en sécurité, assez respecté, assez aimé, Clara ! Rien n’est plus terrible que de n’avoir pas d’argent ! Rien n’est plus odieux, plus honteux, plus irréparable que la pauvreté5 ! »

     

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    1. Page 49. -2. Page 86. -3. Page 122. -4. Page 134. -5. Page 218.

    Le Maître des âmes
    (titre original : Les Échelles du Levant)
    Irène Némirovsky
    Préface d’Olivier Philipponnat et de Patrick Lienhardt
    Éditions Gallimard
    Collection Folio, n°4477
    2006
    288 pages
    8,20 euros

     

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