• l'histoire de bone dorothy allison bibliolingus

    L’Histoire de Bone
    Dorothy Allison
    Éditions 10/18
    1999

     

    En un mot

    Le premier roman de Dorothy Allison, autobiographique qui plus est, raconte l’enfance terrible de Bone, victime de maltraitance dans une famille pauvre. Ni voyeuriste ni racoleur, ce roman est surtout un bel hommage à la femme et à la mère, et révèle une auteure injustement peu connue en France. Une auteure qui me fait penser autant à Harper Lee qu'à John Fante !

    « Ruth, Raylene, Alma et même maman paraissaient vieilles, usées et lentes, nées pour enfanter, élever des gosses et nettoyer derrière les hommes1. »

    Dans les années 1950-1960, Bone vit avec sa mère et sa petite sœur dans une petite ville en Caroline du Sud. Ruth Anne Boatwright, de son vrai nom, raconte à la première personne ses souvenirs d’enfance, ses aspirations, et l’adolescence qui vient. Son histoire est intimement mêlée à celle de sa mère qui l’a eu à 15 ans d’un père inconnu, et de ses tantes et oncles qui semblent lutter continuellement pour leur survie. Tandis que les premières se tuent à la tâche pour trouver un travail, assurer la vie de famille et tenter de s’émanciper, les seconds se soûlent et se bagarrent entre deux séjours en prison.

    « Grandir, c’était un peu comme tomber dans un trou. Les garçons quittaient l’école et, tôt ou tard, allaient en prison pour quelque histoire idiote. Je ne quitterais peut-être pas l’école, pas tant que maman aurait son mot à dire, mais qu’est-ce que ça changerait ? Qu’est-ce que je serais dans cinq ans ? Ouvrière à l’usine textile ? Serveuse au petit restaurant, comme maman ? Tout me paraissait bien sombre. Pas étonnant si les gens devenaient fous en grandissant2. »

    Lorsque la mère de Bone se marie avec Glen, celui-ci ne fait pas l’unanimité chez les Boatwright. Possessif, orgueilleux et évoluant dans une relation exclusive avec sa mère, Glen demande à ses belles-filles de l’appeler « papa ». Bone raconte alors la violence quotidienne de ce beau-père irresponsable et impulsif, et l’évolution de sa relation avec sa mère, elle-même trop jeune, désemparée et assoiffée d’amour pour assurer la sécurité de sa fille. Bone grandit dans la colère, la honte, le dégoût de soi, jusqu’au dénouement final qui nous laisse sur le cul.

    Rencontre avec le livre

    Il y a des gens qui ne devraient pas avoir d’enfants, mais la parentalité étant vécue comme une norme sociale et la contraception n’ayant pas toujours été fiable, de nombreux enfants naissent par le monde sans être destinés au bonheur.

    Le premier roman de Dorothy Allison, autobiographique qui plus est, est un réel hommage à la femme et à la mère, et amorce les thèmes qui sont chers à l’auteure : la relation mère-fille, l’émancipation féminine et sexuelle, l’échec social de génération en génération.

    Dans le roman, la place de la mère est centrale, car si celle-ci tente de subvenir aux besoins de la famille, elle ne parvient pas à assurer la sécurité de sa fille. Elle est dans un tiraillement constant entre son devoir de très jeune mère de famille et le besoin légitime de vivre une histoire d’amour passionnelle, ce que Bone pourra lui reprocher en grandissant. Bone muselle sa souffrance pour ne pas entacher le bonheur conjugal de sa mère, mais finit par la détester. Somme toute, c’est un très beau roman sur la relation à la mère, un roman fait d’amour, de violence et de pardon.

    L’écriture de ce roman a du être à la fois un supplice et une libération pour l’auteure, puisque c’est aussi un texte sur la violence familiale et l’abus sexuel et la manière dont la détestation de soi s’installe. On est pourtant loin du côté voyeuriste ou racoleur, car si ces évènements sont bel et bien racontés, ils ne monopolisent pas la narration : c'est aussi un récit sur l'enfance et l'adolescence.

    Voilà donc une auteure importante à rencontrer, qui en de nombreux points fait penser à Harper Lee (Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur) : l’enfance et les frasques d’une fille bagarreuse, qui aime lire, et qui évolue en Amérique profonde parmi des gens mal dégrossis, bigots et racistes.

    L’Histoire de Bone est un roman puissant qui semble pourtant ne pas avoir eu tant d’échos en France. Raison de plus pour s’emparer de l’œuvre de Dorothy Allison pour laquelle j’ai un énorme coup de cœur !

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    1. Page 39. -2. Page 244.

     

    L’Histoire de Bone
    (Bastard out of Carolina)
    Traduit de l’américain par Michèle Valencia
    Dorothy Allison
    Éditions 10/18
    1999
    415 pages
    10,20 euros

    Bibliolingus

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  • ne tirez pas sur l'oiseau moqueur bibliolingus

    Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur
    Harper Lee
    Éditions de Falloux
    2005

     

    En un mot

    Publié en 1960, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, à la fois roman de l’enfance et plaidoyer contre le racisme et le sexisme, est un classique à ne pas rater !

    « Votre père ne vaut pas mieux que les nègres
    et la racaille qu’il défend1 ! »

    Dans les années 1930, Scout vit avec son frère Jem et son père Atticus, avocat, dans une petite ville d’Alabama. Avec leur voisin Dill, ils passent leur temps à inventer des stratagèmes pour faire sortir leur voisin Boo Radley qui ne sort jamais de sa maison.

    Un jour, Atticus est commis d’office pour défendre Tom Robinson, un homme noir accusé de viol envers une femme blanche. Peu à peu, le monde simple des enfants se peuple de questions sur celui des adultes, car Maycomb est une petite ville de l’Amérique profonde.

    Rencontre avec le livre

    Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur est une lecture magique et mystérieuse. Publié en 1960, ce roman fait écho encore aujourd’hui car il est à la fois un texte universel sur l’enfance et un plaidoyer contre le racisme qui a fait polémique. Les personnages sont terriblement attachants, avec en point d’orgue Atticus qui fait date dans l’histoire de ma littérature. Sa sagesse, son intégrité, son flegme à toute épreuve, sont désarmants. La relation qu’il entretient avec ses enfants, la manière dont il s’adresse à eux et les éduque en leur montrant comment se comporter dignement et avec tolérance, est honorable.

    Les thèmes abordés sont aussi nombreux que passionnants, comme le racisme et la bêtise humaine, la justice et la peine de mort, le féminisme et le milieu social, l’éducation et la religion… Le charme fou de ce roman tient certainement à la façon dont les sujets dramatiques et complexes sont traités avec la simplicité du regard d’un enfant, avec tendresse, humour, intelligence, et une belle foi en l’être humain.

    En résumé, voilà un roman « total », abouti, à lire absolument ! Un classique que j’ai essayé de faire durer le plus longtemps possible, et que j’offrirai à ceux qui ne l’ont pas encore lu dans mon entourage.

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    1. Page 162.

    Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur
    (titre original : To Kill a Mockinbird)
    Harper Lee
    Traduit de l’américain par Isabelle Stoïanov et revu par Isabelle Hausser
    Librairie Générale Française
    Le Livre de poche n°30617
    2006
    450 pages
    6,60 euros

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