• les aubes ecarlates leonora miano bibliolingus blog livre

    Les Aubes écarlates
    "Sankofa cry"

    Léonora Miano
    Éditions Plon
    2009

     

    En un mot

    Au Mboasu, Epa, un jeune enfant soldat, est parvenu à s’enfuir de l’armée des rebelles. Recueilli et soigné par Ayané, il raconte son histoire qui fait écho aux déchirures du peuple africain victime de la traite négrière. Dans cette trilogie composée de L’Intérieur de la nuit, des Aubes écarlates et des Contours du jour qui vient, Léonora Miano livre une œuvre lyrique, politique, symbolique. Je suis absolument fan !

    « Epa… Est-ce que tu veux bien me raconter ? Quand ils vous ont enlevés… Et le reste1 ? »

    Dans Les Aubes écarlates, la suite de L’Intérieur de la nuit, nous revenons au Mboasu, pays centre-africain imaginé par Léonora Miano. Il est en proie à la guerre civile et à la corruption qui engendrent pauvreté, chômage et famine.

    Ayané, retrouve Epa, le jeune enfant soldat qui est parvenu à s’enfuir de l’armée des rebelles. Il est recueilli et soigné par l’association où Ayané est bénévole, mais il n’a qu’un seul désir : libérer ses frères endoctrinés. Ayané lui demande alors de lui raconter ce qui lui est arrivé : son enlèvement par les rebelles, les mauvais traitements, les pillages des villages, les viols, les meurtres.

    « Cette histoire est bien la tienne. Elle parle de tous les arrachements, de tous les enfermements, de toutes les dispersions. Elle dit les pertes innombrables, mais aussi, l’immensité des possibles… Va, maintenant2. »

    Rencontre avec le livre

    Les Aubes écarlates est la suite de L’Intérieur de la nuit, son premier roman, et précède Contours du jour qui vient, publié en deuxième. Le plaisir est plus grand lorsqu’on a lu tous les livres (pas forcément dans l’ordre) mais ils se lisent indépendamment aussi.

    À travers l’histoire d’un pays imaginaire, Léonora Miano donne à la fiction toute sa puissance évocatrice. La fiction est là pour extraire une part de vérité, pour tenter de comprendre comment la population peut laisser faire ou perpétrer elle-même des exactions, tout en donnant une incarnation des esprits des ancêtres.

    Léonora Miano montre que les rebelles s’appuient sur des discours extrémistes qui ont toujours un fond de vérité, pour enrôler la jeunesse désabusée, déboussolée. Elle montre combien les dirigeants africains, couverts par la communauté internationale et la France qui garde son emprise coloniale, sont des êtres névrosés qui spolient leur propre pays.

    L’auteure raconte l’histoire des pays d’Afrique tourmentés par la traite négrière, un passé enfoui, masqué, qui empêche tout un peuple de se dépasser, de se donner un avenir. Il s’agit de connaître le passé, de nommer ses blessures pour avancer : « Nous devons retourner en nous-mêmes, tout lire de nous-mêmes, pour guérir, avancer3. » Les aubes, devenues « écarlates » à cause de tous les crimes commis, ne redeviendront d’or que si le peuple africain érige un monument en mémoire de ses ancêtres victimes de la traite négrière. Loin de réduire l’histoire de l’Afrique aux Africain-es, elle dit aussi que l’histoire de la traite négrière nous concerne toustes, car une telle violence perpétrée à l’échelle mondiale ne peut pas être laissée dans l’ombre. Elle cite Édouard Glissant : « Tant que l’on n’aura pas établi la réalité de cet immense cimetière qu’est l’Atlantique, il manquera quelque chose à l’imaginaire des humanités. »

    C’est dit, je suis fan de son œuvre ! Léonora Miano a quelque chose de très spécial : elle parvient à faire des romans lyriques, politiques, symboliques. Je ne peux que vous inviter, une fois encore, à découvrir cette auteure dont je suis en train de lire tous les livres !

    « Ayané songea qu’on ignorait tout des déchirures intimes des Continentaux. De ces peuples, il était temps de savoir autre chose que le rire aux éclats, le rythme dans le sang. Il était temps de connaître leur âme blessée, de fraterniser suffisamment avec eux pour embrasser leur complexité : un caractère forgé dans la culture des masques, toujours arborés pour dissimuler l’écartèlement profond. Il fallait creuser pour trouver le vrai. Écouter attentivement pour saisir, sous la parole portée, le non-dit qui palpitait4. »

    De la même auteure

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    (premier volume de la trilogie)

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    Les Aubes écarlates
    Léonora Miano
    Éditions Plon
    2009
    280 pages
    18,90 euros
    (disponible en poche)

    Bibliolingus

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  • ce que tient ta main droite manoukian bibliolingus blog livre

    Ce que tient ta main droite t’appartient
    Pascal Manoukian
    Éditions Don Quichotte
    2017

     

    En un mot

    Dans ce deuxième roman consacré aux personnes qui font le « djihad », j’ai retrouvé tout ce que j’aime chez Pascal Manoukian : une littérature engagée et audacieuse, qui instruit autant qu’elle sensibilise, dans un style remarquable fait de phrases claquantes et belles qui ramassent l’humanité en quelques mots.

    « Boire un verre, danser, faire confiance à l’autre, c’est désormais se promener torse nu sur la ligne de front1. »

    Charlotte et Karim vont avoir un enfant. Charlotte a réservé une table au Zébu blanc pour fêter l’événement avec ses amies de lycée. Karim a promis de venir, mais il va d’abord passer chez l’imam pour faire bénir son enfant.

    Mais la vie ne tient qu’à un fil, et ce soir-là la vie de Charlotte et de 40 autres personnes est brisée par Aurélien, le kamikaze de Daech qui a choisi le Zébu blanc pour cible.

    Karim, aveuglé par la souffrance et la vengeance, décide de partir en Syrie retrouver ceux qui ont lavé le cerveau d’Aurélien et l’ont privé du bonheur.

    Rencontre avec le livre

    Je ne rencontre que très rarement les auteurs que je lis, sans doute par peur de la déception. Mais grâce à Manou se livre, j’ai eu l’occasion de rencontrer Pascal Manoukian lors de la parution de son superbe premier roman, Les Échoués, et j’ai été séduite par sa gentillesse, son humilité, son « accessibilité ».

    Les attentats de Daech en France sont un sujet très sensible, d’autant que comme certains d’entre nous j’ai été affectée personnellement par les attentats de 2015. Mais ces attentats sont le point de départ de ce roman, qui ne vise pas à raconter le deuil mais à remonter le fil : qui sont ces personnes qui perdent pied, qui deviennent kamikazes ? Pourquoi font-elles ça ? Par quelles méthodes leur cerveau est-il lavé en Syrie ? Avec Karim, on fait le voyage de Paris à Raqqa en Syrie, et on tente de comprendre l’horreur, la haine absurde, la négation de tout. On découvre les rouages d’un business de la mort où les nouveaux candidats au « djihad » rapportent une fortune aux recruteurs via Facebook, où les exactions sont filmées et montées comme des films d’Hollywood à des fins de propagande.

    Pascal Manoukian semble percevoir la fiction comme un outil à la fois sensible et didactique, et c’est exactement ma définition du roman engagé. Tout comme avec les réfugiés dans son premier roman, il s’est efforcé ici d’apporter une description interne du système Daech et un éclairage sur la situation géopolitique qui a mené à la guerre en Syrie depuis 2011. Il s’agit de faire le travail que les médias dominants ne font pas : informer au mieux les citoyens, sans invoquer toujours la peur et la haine de l’autre.

    À chaque page du roman, j’ai souligné et apprécié tellement de phrases si claquantes et belles à la fois, même si le retour à la ligne a été à mon sens trop utilisé. Pascal Manoukian pénètre dans les cœurs de ces gens brisés par la vie et qui commettent ces actes horribles, et il nous enjoint, nous lecteurs, à être sensibles à notre prochain, à ne pas céder à la haine, à garder notre tolérance. Je crois toujours qu’il faut répondre à la haine par l’amour et la tolérance, même si c’est difficile au quotidien.

    Voilà un roman haletant, terrible et audacieux, publié par les éditions Don Quichotte dont j’aime beaucoup le catalogue.

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    1. Page 118.

     

    Ce que tient ta main droite t’appartient
    Pascal Manoukian
    Éditions Don Quichotte
    2017
    288 pages
    18,90 euros
    Offert par l'auteur et l'éditeur

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