• Bahia de tous les saints Jorge Amado

    Salon du livre de Paris 2015 Bibliolingus 

    Bahia de tous les saints

    Jorge Amado

    Éditions Gallimard

    1938

     

     

     

    En un mot

    Bahia de tous les saints raconte les aventures d’Antonio Balduino, un jeune noir sans le sou, dans le Nordeste du Brésil des années 1930.

     

    « Baldo, le géant noir, champion mondial
    de boxe, lutte libre et savate1»

    Sur le morne de Châtre-Nègre, à deux pas du port de la ville de Bahia, les « nègres » et les « mulâtres » sont avilis par un travail acharné. Au port, dans les usines, dans les marchés, la vie y est pénible.

    Mais le peuple opprimé se libère lors des veillées autour de Jubiaba le sorcier, qui est capable d’envoûter l’être désiré ou de vous ôter une malédiction. Ces soirs-là, le peuple du morne fait aussi des macumbas, des cérémonies religieuses venues d’Afrique pendant lesquelles les dieux prennent possession des corps. Puis on se raconte autour du feu des histoires effrayantes de loup-garou et des faits divers atroces.

    Le rire joyeux et insolent d’Antonio Balduino dévale les pentes du morne de Châtre-Nègre. Il est le maître des rues de Bahia, avec sa bande de copains, ses exploits sur le ring et les filles qu’il fréquente au coucher du soleil.

    « Pénible existence, celle qu’on menait sur le morne de Châtre-Nègre. Tous ces hommes travaillaient dur, les uns au port, chargeant et déchargeant les navires, ou coltinant les malles, d’autres dans des usines lointaines ou à de petits métiers sans grand profit : cordonnier, tailleur, barbier. les négresses vendaient des gâteaux de riz, du mungunsa, du sarapatel, de l’acarajé, dans les rues tortueuses de la ville, ou bien elles lavaient du linge, ou bien elles étaient cuisinières chez les riches des faubourgs chics. La plupart des enfants travaillaient eux aussi. Ils étaient cireurs, garçons de courses, crieurs de journaux. Certains allaient dans de belles maisons où ils étaient élevés par des familles riches. Le reste se répandait sur les pentes du morne en jeux, en courses et en batailles. Ceux-là, c’étaient les plus jeunes. Ils savaient de bonne heure quel serait leur destin : grandir, pour aller au port où ils courberaient le dos sous le poids des sacs de cacao, ou bien pour gagner leur vie dans les usines énormes. Et ils ne se révoltaient pas, parce que depuis longtemps c’était comme ça. Les enfants des belles rues plantées d’arbres seraient médecins, avocats, ingénieurs, commerçants, riches, et eux, ils seraient les esclaves de ces hommes. C’est pour cela qu’il existait un morne avec ses habitants. Voilà ce que le petit nègre Antonio Balduino apprit de bonne heure par l’exemple de ses aînés2. »

     

    « La mer est toujours présente,
    amie et hostile3»

    Mais Balduino le mauvais garçon a soif de voir le monde et de prendre sa revanche sur une société qu’il pressent, depuis son plus jeune âge, comme injuste et raciste. Destiné à travailler dur toute sa vie comme ses ancêtres esclaves, il est pourtant nourri de l’héroïsme et du courage des célèbres bandits dont on chante les exploits dans les sambas. Prompt à retrousser les jupes des femmes, il sent obscurément que sa couleur de peau rend les filles des « gringos » inaccessibles.

    Adieu la plage, les menus larcins et les combats de boxe ! Antonio Balduino prendra le large et verra ses exploits racontés en chansons.

     

    Pour finir

    Antonio Balduino, le gamin des rues devenu boxeur professionnel, veut en découdre avec la vie. Jeune homme fougueux et invincible, Balduino est un personnage attachant qui cherche à échapper à sa condition sociale. 

    En brigand joyeux et libre, il traverse le sertão du Nordeste, sa culture populaire et son histoire. Bahia de tous les saints est avant tout un roman social du Brésil des années 1930. Il traite du racisme à l’époque où l’esclavage n’est pas si lointain, mais aussi de l’exploitation de tous les hommes, noirs, métisses ou blancs, et de toutes les femmes, bonnes à enfanter ou à se prostituer.

    Bahia de tous les saints est un roman plein de personnages, de destins cruels ou ironiques, de croyances, dont le style, fait de répétitions, colle tout à fait la manière de scander les paroles d’une samba ou d’une macumba.

     

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    Bahia de tous les saints
    Jorge Amado
    (Jubiabá, titre original)
    Traduit du brésilien par Michel Berveiller et Pierre Hourcade
    Éditions Gallimard
    Collection Folio n°1299
    2010
    382 pages
    7,90 euros 

    Bibliolingus


     

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  • Dandy Richar Krawiec

     

    Dandy

    Richard Krawiec
    Éditions Tusitala
    2013

     

    Merci à Libfly et aux éditions Editions Tusitala

     

    En un mot

    La rencontre de Jolene et Artie, deux paumés qui cherchent à s'en sortir, dans les années 1980 aux États-Unis.

    « Quand on est une fille, y a pas beaucoup de moyens respectables de se faire de l’argent1. »

    Jolene, même pas vingt ans, se retrouve sur le ring d’une boxe d’un genre spécial. C’est plus exactement une fosse dans un bar, recouverte de gélatine, où des femmes se battent. Mais le public, essentiellement masculin, ne cherche pas tant les coups que les nichons dégoulinants de gélatine.

    Avec ce combat misogyne et dégradant, elle gagnera vingt dollars. C’est que Jolene a un gamin sur les bras, le petit Dandy, alors qu’elle n’a pas un rond. Comment pourra-t-elle le nourrir une fois qu’il n’y aura plus de lait ni de coca à mettre dans son biberon ? Elle est prête à tout pour gagner de l’argent, mais son passé difficile lui revient toujours à la gueule comme un boomerang.

    « Tout le monde connaît Artie2

    Dans le public, Artie regarde ce combat avec autant de plaisir que les autres hommes, même s’il dira le contraire à Jolene lorsqu’il l’abordera. Artie, le mec marrant mais paumé, toujours à monter des petites arnaques pour gagner quelques dollars aussitôt dépensés en gnôle, vit dans un taudis et voudrait bien en sortir. Sa vie est merdique, il est seul et pauvre et aspire, comme tout le monde, à avoir sa part de bonheur consumériste et d’amour.

    Pour finir

    Jolene et Artie sont des laissés-pour-compte du libéralisme sauvage des années 1980, où, plus que jamais, tout s’achète, tout se vend, même la vie humaine. Nés dans la merde, sans amour et sans reconnaissance, ils sont sans cesse à la dérive, enlisés dans une reproduction sociale dont il est presque physiquement et mentalement impossible de sortir.

    Tandis que Jolene, désespérée, semble s’excuser d’exister aux yeux méprisants, Artie est plein de rage de prouver au monde sa valeur. Qui a fait d’Artie un délinquant ? Lui-même ? Sa famille ? La société ? Ne méritent-ils pas eux aussi le bonheur matérialiste que vend le capitalisme ? Combien vaut la vie humaine ? Jusqu’où peut-on aller pour survivre ?

    Cette rage qu’Artie porte en lui, c’est la rage de tous les pauvres, de tous ces adultes qui n’ont jamais vu la couleur du rêve, qui n’ont eu que des illusions et des déceptions.

    Dandy incarne la violence du capitalisme exacerbé des années 1980 et qui ne cesse aujourd’hui de faire des ravages dans le monde entier. Il incarne le rêve matérialiste où il faut consommer pour ne pas être considéré comme un raté, où il faut posséder à l’excès jusqu’à ne même plus désirer posséder. Un texte à la fois beau et violent, perturbant, dont la portée dépasse les quelques personnages de ce roman, publié par une toute jeune et prometteuse maison, les éditions Tusitala, dont les livres sont si jolis !

    « Ils pourraient toujours acheter une télé si l’argent continuait à rentrer. Une télé et une radio avec de véritables haut-parleurs. Et des vêtements et des chaussures. Des cigarettes. Et des rideaux. Des couvertures, un canapé, quelques petits soldats pour Dandy. Elle songea à toutes les choses qu’ils pourraient acheter, mais ça ne l’aida pas. Elle ne se sentit pas mieux3. »

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    Demande, et tu recevras, Sam Lipsyte

    La Proie et Le Maître des âmes d'Irène Némirovsky

    Macadam Butterfly Tara Lennart

    1. Page 33. -2. Page 11. -3. Pages 232-233. 

    Dandy
    (Time sharing, titre original)
    Richard Krawiec
    Traduit de l’anglais (États-Unis) par Charles Recoursé
    Éditions Tusitala
    2013
    238 pages
    18,50 euros 

    Bibliolingus

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