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    Dysfonctionnelle
    Axl Cendres
    Éditions Sarbacane
    2015

     

    En un mot

    Fidèle nous raconte la vie complètement déjantée de sa famille avec ses 6 frères et sœurs dans le bar de ses parents. Si ce roman s’adresse aux ados en premier lieu, il parlera aussi bien aux adultes, car c’est un texte particulièrement vif et attachant, intelligent et rafraîchissant, publié par les éditions Sarbacane.

    « J’ai une vraie famille maintenant, tu comprends ? Sans cris, sans bagarre, sans alcool, sans folie1 ! »

    Dans la famille de Fidèle, on est loin de l’univers de Disney et de « la vie sucrée qu’il vendait aux enfants2 ». Entre le père qui cumule les séjours en prison et la mère qui est une rescapée des camps nazis, la vie de Fidèle et de ses 6 frères et sœurs n’est pas de tout repos.

    À la maison, qui est en fait le bar Le Bout du Monde tenu par la famille dans le quartier de Belleville à Paris, c’est une joyeuse cacophonie. Fidèle raconte, avec tendresse et tolérance, leurs aventures plus ou moins heureuses : elle raconte les galères et la solidarité, les bagarres et la karaokés endiablés, les clivages et le passage à l’âge adulte, la complicité des enfants face à la folie dévorante de la mère traumatisée.

    Et Fidèle n’omet jamais de nous rapporter les commentaires amusants des habitués du bar, groupe indistinctement comique, qui assistent aux péripéties de la vie de famille.

    « Je ne me suis pas démontée — on n’est peut-être pas sérieux quand on a dix-sept ans, mais on grandit plus entre seize et dix-sept ans qu’entre quarante-six et quarante-sept3. »

    Rencontre avec le livre

    L’histoire, qui se déroule à Belleville, dans un tendre et joyeux bordel, mêlant vraies galères et bonne humeur, n’est pas sans rappeler le cadre de La Vie devant soi de Romain Gary. J’ai rarement eu entre les mains un tel concentré de tendresse et de tolérance, de gens simples et attachants. Beaucoup de personnages sont attachants : la mère dépressive qui a le soutient indéfectible de tous ses enfants, le père généreux sous ses airs de truands, la grand-mère qui a quitté sa Kabylie pour suivre son fils.

    L’auteure est parvenue à former un tableau particulièrement vivant, drôle et touchant de cette famille atypique. Ce portrait est assez barré, rocambolesque, mais réaliste et grave de par la multitude d’éléments et de détails du quotidien qui donnent de la chair aux personnages et aux situations.

    À mon sens, ce roman est très réussi. Le thème de la différence est central : les différences communautaires, religieuses, sexuelles, de classe sociale… Il est abordé de manière très naturelle et simple : on est différents mais ça ne fait rien, l’harmonie vient aussi de la différence. Enfin, il apporte un double message réconfortant : toutes les familles ne sont pas parfaites ; et on n’est pas obligé de nourrir de grandes ambitions (professionnelles, personnelles) pour être heureux-se dans la vie.

    Voilà un roman pour ado qui s’adresse tout aussi bien aux adultes. Un très joli texte, intelligent et fin, divertissant et rafraîchissant, publié par les éditions Sarbacane, que je vous recommande !

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    Cathy Ytak

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    Anahita Ettehadi

    1. Page 11. -2. Page 20. -3. Page 186.

    Dysfonctionnelle
    Axl Cendres
    Éditions Sarbacane
    Collection Exprim'
    2015
    312 pages
    15,50 euros

    Bibliolingus

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  • les mains dans la terre cathy ytak bibliolingus blog livre

     

    Les Mains dans la terre
    Cathy Ytak
    Éditions Le Muscadier
    2016

     

    Masse critique Babelio

     

    En un mot

    Dans cette nouvelle destinée essentiellement aux adolescents, Mathias écrit une lettre à ses parents dans laquelle il explique sa décision d’arrêter les études qu’ils lui ont choisi, quitte à les décevoir. Publiée par les éditions du Muscadier que j’adore, le texte de Cathy Ytak porte un message fort de liberté, de déconditionnement, de sobriété et d’antimatérialisme. Un livre que je ne manquerai pas d’offrir autour de moi lorsque l’occasion se présentera.

    « On ne prend jamais possession de la terre, on ne peut que l’apprivoiser, partiellement1… »

    Mathias, vingt ans, écrit une longue lettre à ses parents dans laquelle il explique sa décision d’arrêter ses études qu’ils lui ont choisi et de partir, quitte à les décevoir.

    Il explique son cheminement, avec pour point de départ un séjour au Brésil, avec ses parents, dans un hôtel de luxe implanté en bordure d’une ville très pauvre sans eau courante ni électricité. À partir du moment où il se détourne de ce tourisme détestable, Mathias prend conscience que ses parents ont tracé pour lui une voie qui ne lui convient pas.

    Non, il ne veut pas reprendre l’entreprise de son père ; non, il ne veut pas étudier la finance et amasser de l’argent pour amasser des biens matériels dont il se fiche. Non, il ne cèdera pas à la pression sociale, même s’il sait qu’il décevra ses parents.

    « On me trouve mauvaise mine et on me presse de questions : déjà la vingtaine et toujours pas de petite amie en vue ? Non, pas de petit ami en vue. Les homophonies de la langue française sont parfois bien utiles2. »

    Voilà une nouvelle qui m’a convaincue, d’abord par les valeurs fortes qu’elle porte, à savoir la sobriété, la décroissance et l’antimatérialisme. Elle fait écho à mes lectures sur les alternatives, la multiplicité des possibles hors de la croissance économique, loin d’idéologie de l’argent et du travail.

    Par ailleurs, le récit de Mathias est emblématique, il a une valeur d’illustration très forte de l’écart culturel et politique, parfois insurmontable, entre deux mondes : celui des parents et de l’enfant. La société produit certainement de nombreux Mathias, qui sont parvenus à s’affranchir des codes ou qui sont restés coincés et malheureux dans le modèle de vie normé. Cette histoire m’a touchée, tout simplement parce qu’elle raisonne intimement en moi, chaque jour.

    Je pense que cette nouvelle n’est pas moraliste et qu’elle s’adresse aux adolescents en tant que jeunes personnes : l’enfant devenu adulte mène sa vie comme il l’entend, il se « déconditionne » de ce que la société et ses parents lui ont inculqué, et ces derniers peuvent accueillir avec amour et tolérance ses choix. Cathy Ytak (joli jeu) ne parle pas du difficile chemin des retrouvailles entre ces deux mondes qui ne se côtoient pas, mais je me doute que Mathias, s’il sait qu’il perdra peut-être la reconnaissance et l’amour de ses parents, aura gagné sa propre estime, sa propre liberté. C’est au fond ce qui compte le plus, non ?

    À mon avis, Les Mains dans la terre s’adresse avec justesse aux adolescents : il fournit un point de départ de réflexion sur le sens de la vie, il peut aider à mettre les mots sur un malaise, désamorcer une situation familiale compliquée. Je ne doute pas que cette lecture puisse marquer la vie d’une jeune personne comme la lecture de La Désobéissance d’Alberto Moravia a marqué mon adolescence.

    Je suis avec grand intérêt les publications des éditions du Muscadier qui, au-delà d’une collection ado de grande qualité, proposent toute une série de livres d’essais et de débats sociétaux dont je vous parle depuis plusieurs années déjà. Je ne peux que chaleureusement recommander le remarquable catalogue de cet éditeur !

     

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     1. Page 48. -2. Page 36.

     

    Les Mains dans la terre
    Cathy Ytak
    Éditions Le Muscadier
    Collection Rester vivant
    2016
    60 pages
    8,50 euros

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