• terroristes marc trevidic bibliolingus blog livre

    Terroristes
    Les 7 piliers de la déraison
    Marc Trévidic
    J. C. Lattès
    2013


    En un mot

    Marc Trévidic a mis à profit sa position de juge antiterroriste pour mettre en perspective l’histoire du djihadisme sur les trente dernières années. Malgré quelques aspects qui m’ont dérangés, il propose une lecture instructive et probablement incontournable pour mieux appréhender le sujet.

    « Le phénomène du "Jihad individuel" est très éloigné de l’image du "loup solitaire"1. »

    Marc Trévidic, juge antiterroriste, met à profit son expérience pour rendre compte des mutations du fanatisme religieux, appelé « terrorisme » par les médias. Il revient sur les caractéristiques des organisations djihadistes en groupuscules des années 1980-2010, et notamment sur l’époque où les États-Unis ont fait alliance avec les mudjahidin pour lutter contre l’Union soviétique en Tchétchénie, avant que cette alliance ne se retourne contre le monde occidental. Il soulève aussi l’hypocrisie de l’alliance avec les pays comme le Qatar et l’Arabie saoudite avec lesquels l’Occident collabore par intérêt économique. Puis Marc Trévidic observe les évolutions vers un djihad plus individuel, parfois qualifié de « terrorisme domestique », comme l’affaire Mohamed Merah à Toulouse en mars 2012, qui a été un choc pour la plupart d’entre nous.

    Marc Trévidic a l’honnêteté de reconnaître que la police a été dépassée par cette nouvelle forme de « radicalisme » qui est plus difficile à déceler. Il s’interroge sur le positionnement ambigu de la police vis-à-vis des jeunes qui partent faire le jihad ou la hijra : faut-il les laisser partir en Syrie ? Faut-il les pénaliser en prévention, en mode Minority report (vous devinez mon avis sur la question) ? Quelles sont les limites entre le respect de la liberté individuelle et la sécurité du pays ?

    Rencontre avec le livre

    Le point fort du livre de Marc Trévidic est sans conteste sa position dans les rouages de la justice, car il connaît bien son sujet et fait l’effort de mettre en perspective le djihadisme sur les trente dernières décennies. Mais à mon sens, il témoigne aussi d’une certaine désinvolture envers les trajectoires individuelles, les jeunes des « banlieues », les femmes mujahidaat (« C’était assez compliqué sans qu’elles s’en mêlent2 », probablement parce qu’il doit être désabusé par la situation.

    Marc Trévidic a glissé dans son récit quelques interludes reprenant des histoires personnelles qui m’ont laissé perplexes, non pas sur le fond mais sur la forme. Par exemple, j’ai trouvé déplacé d’écrire un récit à la première personne (fictif ? rapporté ?)  d’une mère désemparée face à son fils issu de la culture chrétienne qui s’est converti à l’islam et est décédé en Syrie. Je pense qu’une note d’intention aurait rendu le propos moins dérangeant. Un autre exemple déroutant est celui qui montre le goût de Marc Trévidic pour le roman, car il semble avoir pris plaisir, le temps d’un de ces interludes, à entrer avec humour dans la tête de Reagan qui a conclu la vente d’armes avec les moudjahidin, et Ben Laden en particulier. Je n’ai pas accroché à ces parties fictionnelles, auxquelles j’ai préféré la retranscription simple du journal de bord d’un moudjahidin en 2001.

    Au final, si cet ouvrage comporte quelques aspects qui m’ont dérangé, la position de l’auteur en fait tout de même une lecture instructive et incontournable pour mieux appréhender le sujet. Je conseille de la compléter par d’autres : on trouvera davantage l’histoire humaine et authentique dans les témoignages recueillis par Thomson, et davantage l’aspect sociologique et politique dans le texte de Gilles Kepel dont je vous parlerai bientôt.

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    1. Page 55. -2. page 131.

    Terroristes
    Les 7 piliers de la déraison
    Marc Trévidic

    J. C. Lattès
    Collection Essais et documents
    2013
    220 pages
    18 euros (dispo en poche)

    Bibliolingus

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    2 commentaires
  • antispeciste aymeric caron bibliolingus

    Antispéciste
    Aymeric Caron
    É
    ditions Don Quichotte
    2016

     

     

    Le saviez-vous ? Entre 1970 et 2010, la population des vertébrés sauvages (mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons) a diminué de moitié.

    En un mot

    À travers la génétique, l’éthologie, le droit et la philosophie, Aymeric Caron explique en quoi les animaux sont des êtres sensibles que nous ne pouvons pas exploiter. Dans cet ouvrage didactique et édifiant, il montre comment l’antispécisme s’inscrit dans un combat plus large contre les injustices et esquisse les fondements d’une biodémocratie qui rompt avec l’anthropocentrisme.

    « L’antispécisme est un antiracisme étendu1. »

    La société humaine repose entièrement sur l’exploitation et l’esclavage des animaux. Ils nous ont donné leurs forces, leur peaux, leurs chairs, leurs sécrétions. Nous sommes en pleine schizophrénie : nous choyons les animaux dits « domestiques », nous utilisons les animaux « d’élevage » comme des ressources et les animaux « sauvages » comme des êtres dangereux qu’on observe dans les zoos.

    Mais connaissons-nous vraiment les animaux ? Non, car « pour pouvoir tuer son ennemi, il faut surtout ne rien savoir de lui2. » Nous occultons particulièrement l’intelligence de ceux que nous élevons, mutilons, tuons. L’éthologie (l’étude du comportement animal) montre que les animaux font preuve d’empathie, de souffrance, de tristesse, de joie. Ils savent communiquer entre eux, ils font preuve de sociabilité et certains ont une organisation sociale et une hiérarchie. Les animaux sont des individus, des personnes, des êtres sensibles qui ont le droit de vivre.

    Personnes humaines et non humaines, plantes et océans, nous sommes fait·e·s de la même matière, nous sommes des cousins et cousines. Aymeric Caron le démontre avec une grande pédagogie, et souligne que la croyance en la réincarnation dans certaines cultures en est la juste intuition. L’anthropocentrisme, qui consiste à placer l’humain·e au cœur du monde, n’est rien d’autre que du « chauvinisme humain » (pour reprendre l’expression de Richard Sylvan Routley).

    L’étendue de notre science et de nos connaissances ne nous autorise plus à les exploiter, et d’ailleurs, nous n’en avons pas besoin : « En ce début de XXIe siècle, nous n’avons plus aucune excuse rationnelle pour continuer à justifier l’exploitation et la mise à mort des animaux. La nourriture, l’habillement, le divertissement et l’expérimentation sont des prétextes caducs3. » En plus, l’élevage n’est ni écologique, ni rentable pour la collectivité, ni suffisamment nourrissant pour les 7,5 milliards d’humain·e·s, et manger de la chair morte n’est pas bon pour la santé.

    Reconnaissons aux animaux leur statut d’êtres sensibles et cessons d’allonger notre immense dette à leur égard. On donne généralement ces 4 droits fondamentaux : le droit de ne pas être tué (élevage, fourrure, cuir), de ne pas être emprisonné (zoos), de ne pas être torturé (tests) et le droit de ne pas être l’objet d’un commerce.

    Le véganisme est l’expression quotidienne de l’antispécisme et de l’abolitionnisme, il est une révolution non violente dans tous les aspects de la vie quotidienne (j’en parlerai plus en détails dans d’autres chroniques).

    Rencontre avec le livre

    Mon cheminement vers les animaux et pour l’extension de la notion d’injustice a commencé il y a quelques années. J’ai eu la chance de connaître une personne qui m’a montré avant tout que les alternatives étaient possibles et mêmes agréables au quotidien, et ensuite je me suis informée sur ces sujets. J’ai aussi eu la chance, par exemple, de grandir dans une famille qui ne sait pas cuisiner, donc je n’ai pas d’attachement particulier pour les plats traditionnels français où l’animal trône au milieu de l’assiette, décoré de trois légumes sur le côté. Je suis encore chanceuse de n’avoir jamais eu le goût de porter de fourrure ou de laine. Toutefois je comprends les réticences face au changement ; réticences dont je parlerai dans une autre chronique.

    L’ouvrage d’Aymeric Caron est édifiant à plus d’un titre. Certes, j’ai parfois eu du mal à voir où il voulait en venir, et je suis restée sceptique sur certains points (hasard de l'incarnation, écologie profonde), mais son livre est réellement constructif et très intéressant. Il fait preuve de pédagogie à propos de la parenté des animaux humains et non humains et de l’exploitation incommensurable dont la société humaine se rend coupable.

    Son ouvrage a aussi le mérite de faire une critique radicale de notre régime politique, que certain·s osent encore appeler démocratie, qui asservit autant les humain·e·s que les animaux, et fustige la machine médiatique de la pensée unique. Au-delà de la critique, il esquisse courageusement les fondements d’une biodémocratie qui permettrait de considérer les besoins des animaux et des écosystèmes par des représentant·e·s humain·e·s. Cette partie pourrait faire l’objet d’un livre à part entière !

    Enfin, je suis agréablement étonnée de trouver cette forme de radicalité d’une personne ayant été à la télé. N’ayant pas de télé, je ne connais pas trop le personnage, mais je découvre avec plaisir ses références anarchistes à Pierre Kropotkine et Élisée Reclus et son appel à la désobéissance civile. Comment a-t-il pu évoluer dans ce milieu médiatique à l’idéologie si cloisonnée ?

    Au final, Antispécisme, publié par les éditions Don Quichotte, est un texte didactique et édifiant. La lutte pour les animaux, qui ne peuvent s’exprimer par eux-mêmes, fait cause commune avec toutes les autres formes d'oppression et de discrimination. Nous pouvons mettre fin à toutes les injustices, notamment en faisant de notre vie une révolution quotidienne.

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    1. Page 457. -2. Page 67. -3. Page 458. 

     

    Antispéciste
    Réconcilier l’humain, l’animal, la nature
    Aymeric Caron

    Éditions Don Quichotte
    2016
    496 pages
    20,90 euros

    Bibliolingus

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