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    Les Dessous de la politique de l’Oncle Sam

    Noam Chomsky
    Écosociété, EPO,
    Le Temps des cerises
    1996

     

     

    Seigneur, vassaux et serfs

    Avec 50 % des richesses mondiales pour 6 % de la population mondiale, les États-Unis sont la plus grande force économique et politique à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Noam Chomsky, linguiste et auteur engagé en faveur de la justice, explique en cent pages et avec des mots très simples la politique extérieure des États-Unis de 1945 à 1996, date à laquelle l’ouvrage a été publié.

    Première puissance mondiale en 1945 et prête à tout pour le rester, les États-Unis ont planifié la protection de leur territoire en construisant un monde subordonné à leurs besoins. Il s’agit de faire des pays européens un soutien à l’économie libérale et de l’autre, de faire du tiers-monde des ateliers dédiés à l’exploitation d’énergies premières.

    Les planificateurs de la politique états-unienne ont prévu d’écraser le nationalisme indépendantiste du tiers-monde en supprimant le développement économique et social de chacun des pays pauvres. Une réussite démocratique donnerait l’exemple à suivre aux autres pays et mettrait en danger la politique d’assujettissement du monde. 

    Les planificateurs états-uniens luttent aussi contre le communisme, idée selon laquelle « le gouvernement est directement responsable du bien-être du peuple1 ». In extenso, le communisme, ce sont « les pauvres qui cherchent à dépouiller les riches2 ».

    La répression est leur seule arme

    Après avoir injecté des milliards de dollars à l’Europe par le biais du plan Marshall, les politiques états-uniens ont fabriqué un ennemi − l’URSS au temps de la guerre froide – et suscité la terreur au peuple pour légitimer les moyens employés. Sans jamais passer par la voie diplomatique, les velléités démocratiques ont été éradiquées ou soumises.

    − Le trucage des votes, comme en Italie en 1948 pour contrer le parti communiste, et l’envoi des espions comme Klaus Barbie en France qui a été chargé de sonder le mouvement communiste, sont les méthodes les moins agressives.

    − Les forces armées de l’ONU (les « casques bleus ») ont été envoyées, avant toute négociation, dans les pays insoumis.

    − Le FMI a soutenu la politique des États-Unis en mettant en place un système libéral propice à leurs investissements.

    − Les États-Unis ont entraîné sur leur territoire des « escadrons de la mort », des militaires des pays envahis, pour qu’ils suppriment toute velléité démocratique. Au Salvador, les militaires ont décapité, découpé des parties du corps, arraché les peaux, violé…

    « Si possible, il est conseillé de confier la destruction de ce virus aux militaires locaux. S’ils n’y parviennent pas, vous devez le faire en amenant vos propres forces. C’est extrêmement coûteux et c’est inélégant, mais parfois vous devez vous y résoudre3. »

    La répression a été identique au Nicaragua, au Guatemala, au Brésil, au Costa Rica, au Vietnam, en Indonésie, aux Philippines, en Corée du Sud, en Thaïlande… En tout, au moins 77 pays ont subi ces atrocités.

    − Après la répression, les planificateurs états-uniens ont mis en place des dictateurs fascistes, lesquels favorisent les investissements privés des capitaux américains.

    − Les États-Unis envoient des armes aux militaires à ces gouvernements fascistes, comme au Chili et en Indonésie, dans le but de consolider la corruption.

     Les aides humanitaires venues de tous les pays du monde ont été bloquées dans les pays qui résistaient à l’oppression états-unienne.

    Ce que vous pouvez faire

    « Une des choses que [les détenteurs du pouvoir] souhaitent, c’est une population passive, tranquille. Par conséquent, l’une des choses que vous pouvez faire pour rendre leur existence inconfortable, c’est de n’être ni passif ni tranquille. Il y a des tas de façons d’y arriver. Même le simple fait de poser des questions peut avoir un effet important.

    Manifestations, lettres écrites et votes, tout cela peut être utile ; cela dépend de la situation. Mais il y a un point d’une importance capitale : il faut une action soutenue et organisée.

    Si vous participez à une manifestation et qu’ensuite, vous rentrez chez vous, c’est quelque chose ; mais les gens au pouvoir peuvent très bien s’en accommoder. Ce qu’ils ne peuvent supporter, ce sont les organisations qui poursuivent leurs actions, ce sont les gens qui tirent toujours des leçons de la dernière fois et qui s’arrangent pour faire mieux la prochaine fois.

    Aucun système de pouvoir, même s’il s’agit d’une dictature fasciste, n’est indifférent à la dissidence publique4. »

    Pour finir

    « Quand un pays s’engage dans de telles voies politiques, il doit d’une manière ou d’une autre trouver une façon de distraire la population, de l’empêcher de voir ce qui se passe autour. Il n’y a pas trente-six façons de procéder. Les plus courantes consistent à susciter partout la crainte d’ennemis terribles sur le point de nous écraser, en même temps qu’un respect craintif envers nos formidables dirigeants qui nous sauveront du désastre juste à temps5. » 

    Après les attentats de 2001 l’ennemi a été tout trouvé : l’islamisme. Désormais, la propagande vise à faire peur aux États-Uniens pour justifier de nouvelles violences. Attention, les politiques français, vassaux depuis 1945, font pareil…

    Cette violence extrême ne pourrait se faire sans une immense propagande, laquelle est mise en place par la corruption des médias − la corruption française est expliquée par Serge Halimi dans Les Nouveaux Chiens de garde – dont les intérêts sont communs à ceux de la classe politique.

    La propagande passe aussi par la suprématie de la culture : tous les pays du monde sont envahis par le cinéma, la littérature, l’alimentation, les modes de vie et les entreprises états-uniennes… Hollywood, McDonald’s, Apple, Lewis… La propagation de la culture crée une clientèle mondiale qui ferme les yeux sur la terreur qu’ils font régner depuis soixante ans.

    « La véritable recherche est toujours une activité collective, et ses résultats peuvent contribuer de façon importante à transformer les consciences, à augmenter la perspicacité et la compréhension, et à frayer la voie à une action constructive6. »

    Si l’ouvrage et ancien, il donne toutefois les clés pour mieux comprendre les relations internationales. Dans une langue simple, celles des conférences que donne Noam Chomsky, l’auteur vivant le plus cité au monde, Les Dessous de la politique de l’Oncle Sam est tout à fait accessible au plus grand nombre ; vraiment, il n’y a aucune appréhension à avoir en l’ouvrant ! N’hésitez pas à réagir sur le blog et à discuter autour de vous.

    Prolongez la lecture avec l'article de They lie we die.

     

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    Les Dessous de la politique de l’Oncle Sam
    What Uncle Sam really wants
    (titre original)
    Traduit de l’anglais par J.-M. Flémal
    Noam Chomsky
    Co édition : Écosociété (Québec), EPO (Belgique), Le Temps des cerises (France)
    1996
    144 pages
    11,80 € 

    Bibliolingus

     

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