• francafrique survie bibliolingus

    Françafrique, la famille recomposée
    Association Survie
    Éditions Syllepse
    2014

     

    En un mot

    L’association Survie, indépendante aux points de vue financier et intellectuel, vise à informer le public de ce qu’est la Françafrique, autrement dit le néocolonialisme dissimulé. L’ouvrage présent, rédigé par les militants de l’association, définit la Françafrique et les mécanismes qui ont laissé prospérer ce système. Un livre instructif et dense sur un sujet passé sous silence par les médias et, bien sûr, par les gouvernements français complices depuis un demi-siècle.

    « On veut aider les Africains mais il faut que cela nous rapporte1. » (Alain Joyandet)

    « Françafrique », terme qui aurait été forgé par François-Xavier Verschave, ancien président de l’association Survie, désigne le colonialisme qui perdure sous diverses formes :

    • par l’institutionnalisation d’un rapport de forces entre les dirigeants français et les dirigeants des différents pays africains (ingérence, corruption, élections frauduleuses et mise au pouvoir de dictateurs) ;
    • par le maintien d’une armée française sur les territoires africains en dépit des accords internationaux (guerre au Mali) ;
    • par la domination économique des entreprises d’origine françaises (Areva, Total), la perduration du CFA, de la dette abyssale et des pactes économiques abusifs.

    Selon les auteurs de ce livre, les différents gouvernements ont répété à l’envi que la Françafrique était morte et enterrée, mais c’est pour mieux endormir les esprits et continuer en sous-main les opérations de pilotage sur l’Afrique. Les compromissions des dirigeants et des médias sont nombreuses, tandis que l’Union européenne garde le silence sur les abus de pouvoir de la France envers ses anciens pays colonisés.

    Rencontre avec le livre

    Depuis plusieurs siècles, l’Afrique est l’arrière-cour de la France qui y a pris ses aises, mais cela reste toujours un sujet de second ordre dans les médias et l’opinion publique. Même à Nuit Debout sur la place de la République à Paris, j’ai trouvé que le stand était moins visité que les autres, comme s’il intimidait les gens.

    C’est pourtant un sujet important et brûlant que je vais m’efforcer d’apprivoiser au fil du temps. Cet ouvrage, rédigé par les militants de l’association Survie en toute indépendance intellectuelle et financière, et édité par les éditions indé Syllepse, a été instructif, quoique difficile à digérer, et riche d’exemples de dirigeants français qui ont tissé leurs réseaux d’amitiés en Afrique. Toutefois, le livre a le défaut d’être littéralement difficile à ouvrir : j’en ai eu tellement marre à la fin que j’ai cassé le dos pour pouvoir l’étaler, ce qui a un peu gâché mon plaisir de lecture. Un petit mot aux éditions Syllepse : changez de papier !

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    Françafrique, la famille recomposée
    Thomas Noirot et Fabrice Tarrit (coord.)
    Thomas Deltombe, Alain Deneault, Raphaël Granvaud, Benoît Orval, Odile Tobner
    Association Survie
    Éditions Syllepse
    2014
    224 pages
    12 euros

    Bibliolingus

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  • Finir totalitarisme Martelli Bibliolingus

    Pour en finir avec le totalitarisme
    Roger Martelli
    La Ville brûle
    2012

     

    Qu’est-ce que le totalitarisme ? En quoi le nazisme allemand, le fascisme italien et le stalinisme russe se ressemblent-ils et diffèrent-ils, et peut-on les qualifier de régimes totalitaires ? Roger Martelli cherche à en finir avec les peurs injectées par les partisans du libéralisme : et si toute sortie du libéralisme versait dans « le totalitarisme » ?

     

    « Tous les totalitaires ne se valent pas1»

    L’ouvrage de Roger Martelli, historien du communisme et militant, examine de façon critique la pertinence du concept historique et idéologique du « totalitarisme » qui a gagné en importance dans les années 1970 pendant la guerre froide, et pour cause. Utilisé comme un épouvantail, le terme est une arme idéologique du bloc de l’Ouest pour l’opposer au libéralisme, le « monde libre ».

    L’auteur distingue deux termes : le « totalitaire » qui peut se rapporter à une période historique précise (1933-1945), et le « totalitarisme » qui désigne un concept idéologique. Le totalitarisme est souvent utilisé pour définir le régime contemporain lorsqu’il est « globalitaire », ce vers quoi on tend si on n’y prête pas garde (le Big brother de George Orwell). Mais ce concept est à manipuler avec précaution car en provoquant la peur, il empêche de penser la possibilité même d’un système alternatif au capitalisme.

    Roger Martelli explique à la fois la genèse du concept et compare les trois régimes qualifiés de totalitaires dans les manuels d’histoire : le nazisme allemand, le fascisme italien et le stalinisme russe. Chaque régime, né dans des conditions sociales, économiques et politiques différentes, est à la fois le fruit de la volonté subversive et du poids des circonstances qui a forcé la tragédie (impérialisme et colonialisme, nationalisme et racisme, chômage et ressentiment du peuple). Roger Martelli oppose également les fascismes européens (Hitler et Mussolini) au stalinisme russe, lequel est le résultat malheureux d’une révolution populaire qui a dérivé suite à la rupture entre Lénine et Staline.

    Mais surtout, l’auteur soulève un point important : dans la lutte contre les régimes totalitaires, ce n’est pas le courant libéral, qui faisait peu de poids par rapport au socialisme européen et au nationalisme, qui s’est opposé aux totalitaires, mais les forces de gauche, celles-là même qui étaient soupçonnées de totalitarisme, et c’est pourtant le libéralisme qui s’est imposé comme vainqueur des totalitarismes.

    « Ce n’est pas par accident que, pendant les années d’apogée des fascismes européens (1933-1945), l’URSS totalitaire a été presque continûment du côté des démocraties occidentales, alors même que ces démocraties la tenaient à l’écart. Si l’on s’en tenait à la simplicité du couple démocratie/totalitarisme, on pourrait ainsi se trouver devant des raisonnements confinant à l’absurde. Au cœur de la longue conflictualité impulsée par le choix de 1914, il faudrait rendre compte d’un paradoxe tout aussi heureux que surprenant : on aurait, d’un côté, des totalitarismes qui s’allient malgré des différences réputées fondamentales (le fascismes italien et le nazisme allemand) ; de l’autre côté, des totalitarismes qui s’affrontent, en dépit de ressemblances tenues pour tout aussi essentielles (le nazisme allemand et le stalinisme soviétique). Mais si le paradoxe est à ce point intellectuellement ingérable, à quoi bon prétendre rassembler, dans une essence commune, des phénomènes structurellement polarisés, jusqu’à se vouer la plus inextinguible des haines2 ? »

    Pour finir

    Voilà un sujet délicat et particulièrement passionnant. Roger Martelli prend certaines positions provocantes, à rebours de l’histoire officielle, qui méritent de s’accrocher à la lecture. Car oui, il faut le reconnaître, l’ouvrage est difficile à lire parce qu’il manipule des morceaux d’histoire et de concepts historiques et économiques sans les expliciter. Mieux vaut donc avoir revu récemment l’histoire du XXe siècle et compléter ensuite avec d’autres sources pour se faire sa propre opinion.

    Les éditions indé La Ville brûle ont réussi un tour de force : avec son petit format carré, ses 160 pages et son prix modique, elles sont parvenues à rendre le contenu moins intimidant. La couverture attirante, la typo assez grosse, les chapitres divisés en sous-parties et la bibliographie très fournie invitent à se plonger dans ce sujet ô combien difficile. C’est là la force de l’ouvrage, mais aussi sa faiblesse, car le propos est ramassé dans un argumentaire bien articulé, et j’aurais aimé que certains points soient davantage développés.

    Roger Martelli termine sur un point : toute révolution est-elle destinée à l’évolution dramatique que connut la révolution d’Octobre en 1917 ? Martelli n’a pas la réponse à cette question, mais il invite à « comprendre le ferment du dérapage totalitaire3 » et montre à quel point il est essentiel de comprendre le passé pour savoir comment agir maintenant.

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    Chris Harman
       

    1. Page 157. - 2. Page 153. - 3. Page 159.



    Pour en finir avec le totalitarisme
    Roger Martelli
    La Ville brûle
    Hors collection
    2012
    160 pages
    10 euros

    Bibliolingus

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