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     Un bourgeois
    tout petit petit

    Vincenzo Cerami
    Le Serpent à plumes
    2006

     

     

    « Tu débuteras juste
    où moi je suis arrivé»

    Après trente ans de labeur, Giovanni Vivaldi a quitté sa famille pour vivre à Rome. Il est propriétaire d’un appartement, marié à une femme qu’il traite en bon macho italien qu’il est, et occupe une certaine position sociale au sein du département des retraites du ministère. Soucieux de la réussite professionnelle, Giovanni n’a qu’un souhait : que son fils commence sa carrière là où lui va bientôt la terminer : au ministère. 

    « Que pouvons-nous désirer de plus ?... Nous sommes vieux, maintenant. Tout ce que nous voulons, c’est mourir en paix, la conscience tranquille2. »  

    Giovanni, en fonctionnaire arrivé, vit d’ambition et de petitesse. Prêt à tout pour favoriser son fils au concours d’entrée du ministère, il fait jouer ses relations d’importance pour obtenir le sujet avant le jour des examens… Homme de peu ou homme de rien, les ambitions de Giovanni vont se briser.

    C’est ainsi que Vincenzo Cerami nous embarque de surprises en rebondissements dans ce petit roman – par la forme, par le prix, par le destin de son bourgeois décidément petit petit – débordant d’ironie et de situations cocasses.

    De la comédie qui singe le petit bourgeois suffisant et mesquin, on dérape sur l’histoire dramatique de l’homme bercé d’ambitions dont Vincenzo Cerami pointe la vacuité.

    Pour finir

    Il est de ces livres qu’on n’ose pas trop raconter. Quand d’autres travaillent davantage la forme et le style, Vincenzo Cerami fait un tour de force en rassemblant en moins de deux cents pages le suspense, l’humour, le cynisme et la cruauté aussi.

    Quant à la collection de poche Motifs du Serpent à plumes, c’est un bijou du livre. En plus d’une ligne éditoriale cohérente et de qualité, les ouvrages sont esthétiques, portés par une forte identité visuelle et un confort de lecture maîtrisé, le tout pour le prix modique du livre de poche.

    N’oubliez pas, le prix du livre est le même dans tous les points de vente, alors autant acheter le vôtre chez un libraire indépendant qui vous guidera dans vos choix de lecture.

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    1. Page 10.  -2. Idem.

     Un bourgeois tout petit petit

    Un borghese piccolo, piccolo (titre original)

    Vincenzo Cerami

    Traduit de l’italien par Gérard Hug

    Éditions Le Serpent à plumes

    Collection Motifs n°249

    2006

    208 pages 

    7,50 €  

    Bibliolingus

     

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    Un coupable

    Jean-Denis Bredin

    Éditions Gallimard

    1985

     

     

     

     

    « Je suis innocent1 »

    Entraîné dans une manifestation qui a dégénéré, Ali-François Caillou se retrouve devant les tribunaux, jugé pour l’agression d’un policier. Un coupable, qui retrace avec un grand réalisme la procédure judiciaire (l’auteur est lui-même avocat), s’achève sur la sentence des juges.

    Ali-François, âgé de dix-huit ans, était au mauvais endroit, au mauvais moment ; le jeune homme solitaire, qui avait huit ans quand sa mère, algérienne, a quitté la France, et douze quand son père breton est mort, s’est réfugié dans ses études de droit qu’il réussit avec succès. Issu d’un « douloureux mélange2 », sans attache, il est victime de sa propre histoire. Accusé d’agression, il est en prison en attendant la parution devant le tribunal.

    « Dix ans de prison derrière lui, pensa Ali, Monsieur Fiore était sûr d’en prendre, cette fois-ci, dix ou quinze, il était tout voûté, son dos lui faisait mal, chaque année le vieil homme devait recommencer cette fête, ce pâté, ce bordeaux, avec d’autres, des passants, des ombres, un jour il crèverait en cellule, entre deux anniversaires, sans rien déranger. Ali aurait voulu l’embrasser et l’inviter dehors à une fête fantastique, mais c’était idiot. Pour Monsieur Fiore la vie et la prison ne se séparaient plus, rien que ses petits plaisirs inventés, arrachés, ses astuces, et aussi les objets et les lieux familiers, sa manière de repos. Depuis longtemps personne n’embrassait plus Monsieur Fiore, des fêtes fantastiques dehors il n’y en aurait plus, dehors, dedans, pour lui c’était pareil, les fêtes autant les faire ici que les rêver ailleurs3. »

    « La justice [...], c'est comme la vie...
    il faut plaire4 »

    La procédure commence, la tension monte ; chacune des parties toise l’autre du haut de ses préjugés ; l’avocat arrange au mieux le dossier, le juge veille à sa carrière. L’avocat guide Ali : tantôt la situation paraît favorable à l’acquittement, tantôt Ali semble condamné la prison… Sa gueule et ses origines le désignent comme le coupable. Le procès, c’est une sorte de spirale où les éléments se mettent en place progressivement pour engouffrer, inéluctablement, l’homme.

    Le décalage est immense, entre Ali, renfermé mais poli et souriant, et une machine judiciaire réglée pour entraîner les criminels (et parfois les innocents) sous son poids. Les questions sont biaisées, les préjugés sous-jacents, la moindre faiblesse coupable. Ceux qui incarnent la justice ont les cheveux et la peau blancs, et l’habitude de la joute verbale ; alors qu’Ali, seul contre tous, bafouille, ne trouve pas ses mots, finit par se taire, et surtout il ne paraît pas français.

     

    « La justice c’est la loterie…
    sauf qu’on est toujours perdant5 »

    Le thème de l’erreur judiciaire, assez couru, prend ici une force certaine : en chacun de nous, la possibilité du mauvais hasard bouscule la tranquillité de l’esprit. Le rythme est rompu par un usage particulier de la ponctuation ; préférant la virgule au point, Jean-Denis Bredin donne au récit un ton inhabituel, qui gagne en intensité en mêlant le discours indirect et la narration, les songes et la réalité.

    « Ils étaient au bout du repas. Ils n’avaient pas échangé vingt mots. Ils étaient pris dans le silence, comme dans un drap, le silence et le repas c’est tout ce qu’ils avaient ensemble. Ils savaient qu’ils n’auraient rien d’autre à partager, ce partage leur suffisait6. »

     

    Pour finir

    Jusqu’au bout, on est au cœur de la question : va-t-il être acquitté ? La fin, grave et surprenante, sert au mieux l’intention de l’auteur : la justice, déconnectée de la réalité, commet aussi des erreurs et ne répare pas la culpabilité fabriquée par la vie elle-même. Ce roman court, fort, renvoie à Nous sommes tous des assassins, de Jean Meckert qui prend pour cible la pratique de la peine de mort.

     

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    1. Page 15. -2. Page 100. -3. Page 50. -4. Page 53. -5. Page 72. -6. Page 51.

    Un coupable 

    Jean-Denis Bredin 

    Éditions Gallimard 

    Collection Folio n°1784 

    2010 

    160 pages 

    4,2 €
     

    Bibliolingus

     

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