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    Dix-neuf secondes

    Pierre Charras
    Éditions Mercure de France
    2003

     

     

     

    Un blouson jaune et noir réversible

    Dix-neuf secondes, c’est le temps qu’il faut pour bouleverser des dizaines de vies. Cent quarante pages, c’est l’espace qui suffit à Pierre Charras pour entremêler les histoires de Gabriel, Sandrine, Sophie, Ludo, Christelle, Francis, Emmanuel, Gilbert… qui ont en commun d’avoir pris la rame de RER à Nation.

    Gabriel et Sandrine se séparent lors d’un dernier rendez-vous ; Sophie retrouve son premier amour, Ludo ; quant à Christelle, elle ne sait plus où se trouve son amour : au début ou à la fin ?

    Et si c’était la fin ?

    Dix-neuf chapitres pour sauter d’une histoire à l’autre, le pied dans la rame de Sophie, l’autre sur le quai où Gabriel attend. On entre et sort dans les pensées de chacun, on aperçoit du coin de l’œil celui qu’on vient de quitter. Les points de vue se recoupent, et progressivement tous les éléments de mettent en place autour d’un blouson jaune et noir réversible, que certains ont vu, d’autres pas. Les dix-neuf secondes sont bientôt écoulées…

    Pour finir

    Véritable prouesse, Dix-neuf secondes capte les esprits de nombreux personnages, à la fois des intimes et des inconnus des transports en commun. Comme dans un fait divers, on se trouve au mauvais endroit, au mauvais moment. Mais pas pour tous. Le hasard arrache la chance aux individus ; les bonnes étoiles s’assoupissent un instant, et tout bascule pour toujours. N’importe où, n’importe quand ; une incertitude qui dure une vie entière. Et pas seulement : si Pierre Charras raconte ce hasard, il raconte aussi les choix qui, aussi infimes soient-ils, influent sur notre avenir.

    Une lecture courte mais puissante !

    Du même auteur

    Quelques ombres Pierre Charras Quelques ombres     

     

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    Olivier Bordaçarre

       

    Dix-neuf secondes

    Pierre Charras

    Éditions Gallimard

    Collection Folio n°4209

    2005

    160 pages 

     5,95 € 

    Bibliolingus

     

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  •  le-club-des-cameleons-milan-dargent.jpg

     

    Le Club des caméléons

    Milan Dargent
    Éditions Le Dilettante
    2010

     

     

    Le one man show sur l’enfance

    « Mon parrain, qui avait le sens de la formule, m’a un jour dit ceci : “C’est simple, tu n’es responsable que d’une chose dans l’existence. Tes actes.” Et il s’y connaissait, mon parrain, lui dont les actes – nommés whisky, pastis et pinard – le menaient vaillamment là où personne ne voudrait aller : au fond du trou1. »

    Plutôt que de se définir soi-même, démarche habituellement adoptée, le narrateur raconte son enfance à travers les portraits de ses amis, copains et idoles. Au début, les premières amitiés sont le chien de la famille et les petits camarades de maternelle, mais l’engouement du garçon le pousse, dans les années soixante-dix, vers David Bowie, Lou Reed et le rock’n’roll underground, sans compter sur sa période casse-cou durant laquelle il fonde un club, le Club des caméléons…

    « Belmondo n’abandonne jamais le combat, même blessé. Une teigne, Belmondo. Une teigne au cœur d’or. Un super-pote. Pas de danger auprès d’un Belmondo. Vous pouvez compter sur lui ; il s’interposera entre vous et les fêlons, comme un bouclier en peau d’homme. Ce Belmondo, quel type. On n’en voit plus guère, des boula-mataris comme lui. Les costauds comme Belmondo se font rares. Viva Belmondo. God save Belmondo. In Belmondo we trust. Bebel président. Belmondo, je t’aime. Pas touche à Belmondo. C’est lui le meileur. Le plus grand, simplement2. »

    Le narrateur nous entraîne dans les méandres de l’enfance, passant des émerveillements aux crises de l’âge adulte. Avec une maîtrise parfaite de l’ironie, Milan Dargent a produit une sorte de one man show écrit, dans lequel se compose le portrait d’un jeune homme au parcours normal : un peu délinquant, paumé, loufoque et idéaliste, il repousse les limites sans jamais se séparer du ton caustique.

    « Je me rappelle très bien ce petit matin où, après une fête d’où nous revenions dans un état lamentable, imbibés de A à Z, il m’avait demandé de me garer devant une boulangerie afin de satisfaire son envie irrépressible  d’“avaler au moins trois pains au chocolat”. Il quitta la voiture et entra dans la boulangerie pour en ressortir aussitôt, sous le regard courroucé de la boulangère. “Passe-moi l’autoradio”, me dit-il en cognant à la vitre. Je lui donnai mon vieil autoradio extractible sans poser de question, sachant qu’il ne faut surtout pas contrarier les fous. “Comme ça, j’aurai l’air plus normal”, fit-il en me lançant un clin d’œil, avant de repartir vers la boulangerie. En effet, je ne crois pas avoir jamais vu quelqu’un qui ait un air plus normal que Fred entrant de nouveau dans cette boulangerie mais cette fois de manière totalement décontracté, dans le style “homme normal avec autoradio en bandoulière”. On ne pouvait pas confondre. Un entonnoir sur la tête aurait sans doute ajouté une petite touche de normalité à notre ami Fred, mais il avait préféré se contenter de son tee-shirt troué Rock’n’Roll Heart, de son célèbre bermuda en peau de singe, dont la braguette ne fermait plus depuis longtemps, et de son béret basque, rouge vermillon. Sans l’autoradio, c’est sûr, il était cuit, la boulangère appelait la police3… »

    Pour finir

    Si l’enfance qu’il raconte n’est pas palpitante en soi, elle donne l’impression d’être sincère et réaliste ; et c’est surtout la construction du roman qui en fait son originalité. À partir de textes épars, composés de quelques pages seulement, le fil rouge sur l’identité et la naissance du goût se forme et donne une unité à l’ensemble. En même temps que les amitiés se nouent, ou au contraire, se dénouent, la personnalité du narrateur émerge de l’enfance, anonyme et trop nourrie des choix parentaux.

    Les caméléons, ce sont chacune des personnes présentées, lesquelles incarnent un peu le narrateur, un peu le lecteur. C’est à double tranchant, puisque tous caméléons qu’ils sont, ils n’ont de cessent de changer d’aspect, pour ne plus avoir de consistance.

    Milan Dargent, maître de la langue française, propose un roman, passe-partout mais coloré, varié mais cohérent, drôle et plaisant mais pas exceptionnel. Et publié chez Le Dilettante, une maison qui a fait de l’objet-livre une expérience toujours renouvelée par des maquettes originales.

    « Cette affligeante compagnie se retrouvait vers minuit, pour de grandes cérémonies de “taste-drogue”, où les spécialistes vous vantaient toujours quelque cru mythique, cueilli sur les hauts de plateaux colombiens ou dans la jungle birmane. La drogue réunissait ce beau monde, mais ne créait aucun véritable lien entre des individus qui ne recherchaient rien d’autre que “s’éclater la tête”. C’était avant tout du chacun pour soi, et du moi d’abord. Un rail de poudre me reliait à Roger – que souffle le vent et cette poudre irait se perdre, à jamais, dans l’atmosphère4. »

    Du même éditeur

    Quelques ombres Pierre Charras

    Quelques ombres

    Pierre Charras

    dans Éphémères

    On s'habitue aux fins du monde Martin Page

    On s'habitue aux fins du monde

    Martin Page

    dans Oubliettes

     

    1. Page 50. -2. Page 32. -3. Page 103. -4. Page 145.

    Le Club des caméléons

    Milan Dargent

    Le Dilettante

    2010

    160 pages 

    15 €  

    Bibliolingus

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