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    Agriculture biologique : espoir ou chimère ? Collectif

    Agriculture biologique :
    espoir ou chimère ?

    Marc Dufumier
    Gil Rivière-Wekstein
    Thierry Doré
    Le Muscadier
    2013

     

     

    Nourrir 14 milliards d’habitants en 2050...

    L’enjeu alimentaire est de taille, puisque la population mondiale devrait doubler d’ici à 2050. L’agriculture biologique est-elle capable de relever un tel défit ? Selon Marc Dufumier, l’agriculture biologique, qui représente actuellement 3 % des surfaces cultivables en France, permettrait aux pays développés de se placer sur la concurrence mondiale en valorisant la haute qualité de leurs productions. Elle permettrait également aux pays pauvres de gagner leur indépendance alimentaire vis-à-vis des pays riches, et de ne plus dépendre des multinationales comme Monsanto, lesquelles cherchent à s’arroger un droit sur les graines.

    L’agriculture biologique associée à l’agroforesterie, loin de prôner un retour à la charrue et aux bœufs, mêle savoir-faire ancien et connaissances nouvelles. Elle vise à maintenir la biodiversité et la fertilité des sols naturellement, sans avoir recours à des engrais synthétiques et à des pesticides, en associant par exemple plusieurs cultures (incluant des légumineuses) avec des élevages, des arbres, arbustes et haies, afin de recréer un environnement équilibré et adapté au climat local. Elle vise également à neutraliser les parasites et encourager les insectes pollinisateurs qui sont en voie de disparition, comme les abeilles.

     

    … mais sans engrais de synthèse, sans pesticides et sans OGM

    Cependant, toutes les promesses de l’agriculture biologique, concernant les performances écologiques, économiques, sociales et alimentaires, ne sont pas viables. L’agriculture biologique aurait un rendement de 20 % inférieur à celui de l’agriculture dite conventionnelle. Si ça ne pose pas de problème pour les pays comme la France qui surproduisent, en revanche, les pays en pleine expansion devraient adopter un modèle à la fois respectueux de l’éthique, de l’environnement et qualitatif mais aussi quantitatif.

    D’autres difficultés relèvent de l’aspect législatif : la liste des produits utilisables ou non pour l’agriculture biologique varie d’un pays à l’autre. D’autre part, la PAC (Politique agricole commune) privilégie les aides à l’agriculture conventionnelle alors que la reconversion (de plus en plus souhaitée par les agriculteurs eux-mêmes) est lente et coûteuse. Les crédits accordés aux agriculteurs sont difficiles à obtenir et la concurrence sur le marché mondial est rude.

    Enfin, la zone d’ombre réside dans les « sans ». Sans engrais ? Et pourtant, selon le détracteur Gil Rivière-Wekstein, jusqu’à l’arrivée des engrais de synthèse au début du XXe siècle, les sols n’étaient quasiment plus fertiles depuis un siècle. Si les agriculteurs bio les refusent, ils dispersent néanmoins dans le sol du cuivre qui est toxique et non biodégradable. Sans pesticides ? Et pourtant, l’agriculture biologique utiliserait le Spinosad, un pesticide toxique pour les abeilles. Sans compter, au final, que les champs biologiques, cernés par les champs conventionnels, subissent l’assaut des parasites repoussés par des quantités de pesticides.

     

    « Manger est un acte éminemment politique1 »

    Au-delà de la question alimentaire, au-delà de la volonté de se relier à la nature, l’agriculture biologique porte un message politique, économique et écologique : manger des produits issus de l’agriculture bio, c’est vouloir réduire les effets néfastes de l’empreinte humaine pour préserver les générations futures. C’est aussi dire non à la mondialisation et à la dictature de la grande distribution qui impose des prix bas aux producteurs et encourager les circuits courts et le commerce local qui réduit les temps de transport.

    Manger bio est une manière d’encourager une autre vision de la société, une vision où la rentabilité ne se ferait pas au détriment de notre propre santé ; c’est imposer l’éthique que l’agriculture conventionnelle n’a visiblement pas.

    Pourtant, changer le système est difficile. Les Biocoop adoptent de plus en plus les mesures des grandes distributions ; les Naturalia ont été absorbés en 2008 par Monoprix (qui appartient à Casino). Quant aux Amap, si elles correspondent à toutes nos attentes, elles sont contraignantes parce qu’il faut s’engager à acheter le panier de fruits et légumes toutes les semaines.

     

    Pour finir

    Viande aux antibiotiques, lait aux hormones, légumes aromatisés aux pesticides, déforestation, pollution des eaux, de l’air et des terres, agriculteurs malades… Derrière le mot « progrès » — avec la mécanisation, l’artificialisation, la standardisation des cultures et l’abus de produits chimiques — se cache en réalité une rupture consommée avec la nature et ce qu’elle nous a donné.

    Même s’il n’existe pas d’agriculture qui respecte totalement les équilibres naturels, nous ne pourrons pas continuer à forcer les lois de la nature sans nous porter sévèrement préjudice. Devrions-nous nous évertuer à remplir suffisamment nos assiettes d’aliments pauvres sur le plan nutritif et qui contribuent même à nous rendre malades ? Par ailleurs, nous ne pouvons pas accepter de pervertir la nature même des plantes jusqu’à les modifier génétiquement, c’est une question de principe. Mais comment nourrir 14 milliards d’individus en 2050 ?

    Agriculture biologique : espoir ou chimère ? est le cinquième débat lancé par les éditions du Muscadier dans la collection Le choc des idées. Le principe est de donner les arguments qui fondent les débats sur des questions d’actualité ; les débats sont habilement rédigés par deux contradicteurs et introduits par un médiateur, ce qui permet par la suite de conforter ou de réviser sa propre opinion, ou bien de se la forger.

    Concernant l’agriculture biologique, si la solution n’est pas évidente, nous pouvons quand même, en tant que consommateurs, faire entendre aux industries et aux producteurs que le bio correspond à un besoin réel de revenir à quelque chose de plus naturel et d’essentiel.

     

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    De Marc Dufumier

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    Altergouvernement Collectif Altergouvernement (ministre de l’agriculture)

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    1. Page 84, formule de Philippe Desbrosses, l’initiateur d’Objectif Bio, un collectif qui prône l’idée d’une « agriculture 100 % biologique sur l’ensemble du territoire français ».

     

    Agriculture biologique : espoir ou chimère ?
    Marc Dufumier
    Gil Rivière-Wekstein
    Thierry Doré
    Éditions Le Muscadier
    Collection Le choc des idées
    2013
    128 pages
    9,90 euros 

    Bibliolingus

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